Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le blog d'Ariane Beth - Page 183

  • Toute honte Ubu (sans U)

    Pas facile de comprendre, de percer le mécanisme pervers.

    Comment ce sale type grimé en clown est-il arrivé à prendre tant d'ascendant, à captiver tant de gens, dont certains ne semblaient a priori ni bêtes ni méchants ?

    Est-ce le clown, est-ce le sale type dont ils sont les béats aliénés ?

     

    Si c'est le clown, c'est triste. Ils n'ont pas grand discernement, ils ignorent le rire dans sa finesse : ce type fait le clown, certes, mais de façon si piètre. Il fait rire parfois, c'est vrai, mais involontairement.

    On ne rit pas avec, mais de ce sale type.

    Le rire dont est saisi n'est certes pas un rire libératoire, capable d'alléger, un rire vivant riant à la vie. Il est à l'inverse : pesant, mêlé de choses amères. Rire comme se venger. Disons compenser.

    Catharsis de la pire tristesse : se sentir atteint, contaminé par son indigence d'esprit, et, chose grave bien davantage, contaminé par son indigence de sentiment.

     

    Car si l'admiration concerne le sale type, alors c'est terriblement déprimant. L'admiration amène l'identification, le désir de se reconnaître dans telle l'image.

    Et à force d'idolâtrer son image de sale type, après, en miroir, ils se voient et s'aiment en sales types, semblables à cet homme.

     

    Homme ? Personne serait le mot approprié, conformément à l'étymologie. Il n'est qu'un rôle.

    Cela ramène au clown ? Non, car en fait, le personnage de clown est porté par la sincérité. Genre la Massina dans La Strada.

    Mais je m'éloigne de mon propos ? Va savoir.

     

    Bref je n'ai pas fini de m'interroger, de chercher l'origine, l'explication de l'incroyable allégeance à la bêtise et à la méchanceté dont il a été l'occasion.

    La chose certaine : de tels pervers ne connaissent pas la honte.

    Ils sont vaccinés, pire, ils semblent posséder contre elle des anticorps innés. Je parle de la honte à considérer comme positive, disons le respect de soi.

    Et, par là, respect de l'homme en vis à vis, présentant son visage.

     

    Ce type est incapable de honte, car le visage de l'homme en face il ne sait pas le voir.

     

  • Une séance au Pathé (sans T)

    Vu la longueur du film, voilà je le savais : j'ai besoin d'aller faire pipi.

    Ça m'énerve, il y a un suspense d'enfer, mais bon la vessie commande j'y peux rien. Je dis à Mimi je vais faire pipi, elle grommelle sans cesser de fixer l'écran, je la comprends.

    J'espère quand même qu'elle me fera un résumé de ce qui va m'échapper.

     

    Je me faufile dans la rangée avec force pardon madame pardon monsieur désolée, je râle en moi-même : fichue soumission aux besoins du corps qui nous ramène au réel animal.

    À quoi je me réponds ne méprise pas la face animale de la manière humaine, pour le dire avec Spinoza (oui même vessie pleine je ne peux m'empêcher de philosopher).

     

    Bref pour ne pas perdre le fil du scénario, comprendre un minimum quand je reprendrai ma place, je me dépêche. Puis, accomplie la mission d'honorer mon réel animal, je regagne la salle fissa.

    Mais quand j'arrive, le choc : plus personne, plus une seule place occupée.

     

    Sur l'écran le film n'a pas cessé de se dérouler, sauf qu'il n'y a plus personne pour le regarder. Que moi. Qui d'ailleurs ne le regarde plus.

    Le film qui se joue dans la salle, avec moi pour personnage principal (ou dois-je dire unique ? ...) m'accroche désormais bien davantage.

    Un suspense aussi réel que les besoins du corps, un suspense qui commence à me donner des sueurs froides.

     

    J'éprouve une impression bizarre. D'un coup je me vois marcher de plain pied dans un espace flou, indéfinissable (unheimlich selon l'expression de Freud, me dis-je) (oui même en pleine crise d'angoisse je ne peux m'empêcher d'analyser).

    J'essaie de crier, d'appeler Mimi, je n'y arrive pas. Le son se bloque dans ma gorge, je manque d'air. J'ai peur.

    Je suis perdue dans une dimension inconnue, jusqu'alors insoupçonnée, où quelque chose (quelqu'un ?) m'a balancée sans crier gare.

     

    Je vois bien les mêmes sièges, au même velours rouge un peu râpé, les rangées disposées en larges demi-cercles, je vois encore briller sur chaque bord de l'écran les lumières des issues de secours.

    Issues. Voilà.

    Aller dehors, m'échapper.

    Oui mais si jamais dehors il se passe la même chose ? Je ne peux imaginer survivre seule dans un monde vidé de mes semblables.

     

    Ou alors pire : si jamais dehors il y a … quelqu'un ? …

    Quelque chose ? ...

     

     

  • Hôtesse (sans S)

    J'adore recevoir. J'ai le chic pour préparer un plat de choix, créer un décor, une ambiance, où chacun trouve une place et beaucoup d'agrément.

    Et on apprécie, on me dit régulièrement : « Marie-Béatrice, on aime vraiment venir chez toi ». Ce qui me donne encore davantage de joie, j'avoue.

    J'aime tellement répandre du bonheur autour de moi.

     

    Bon y a un ou deux grincheux par ci par là qui trouvent à redire. Genre que j'aime en priorité épater la galerie. N'importe quoi.

    En fait ce qu'il y a chez eux : de l'envie. Voilà tout. Envie pour mon niveau de vie. Oui j'ai de l'argent, eh bien ?

    N'empêche le grincheux il fait la fine bouche devant le blini au caviar ? Il dit : « donne-moi plutôt un machin au pâté, Marie-B, je préfère » ?

    Rien à ajouter, hein ?

     

    Envie pareil chez la copine qui détaille ma toilette : « Joli ce fourreau, ma chérie … Bon moi je porte pas ça … Faut avoir l'audace … Parce qu'on a vite fait d'avoir l'air boudin … »

    J'en ai rien à faire de ce genre de pique. Elle croit quoi, Marie-Bérénice, qu'elle est une reine de beauté ? Pourquoi Jean-Maxence l'a larguée, du coup ?

    Non faut pas croire, je l'adore. Et en fait ce mec était un con. Je peux le dire, on a eu un petit flirt.

    Enfin, vite oublié. Marie-B étant ma meilleure amie, (entre Marie-B, normal) je lui parle de tout. Sauf que là, bon, j'ai parlé de rien. Aucune importance.

    À l'époque j'ai jugé inutile de l'embêter avec ça, et maintenant mon flirt avec Jean-M, y a péremption.

    Et cette pauvre Marie-B, genre problème elle a déjà largement à faire avec le gamin. Portrait craché du père, lui. Un con pareil, en modèle réduit. D'un côté un peu normal qu'elle m'envie.

     

    Moi ça baigne, tout baigne, je peux dire.

    Jean-Cyrille : un ange. Qui ne m'envierait un tel mari ? Et tellement fidèle.

    Quant à notre fille Capucine, elle a capté le meilleur de chacun. Ma beauté ma grâce ma facilité à répandre le bonheur autour de moi (pourquoi nier l'évidence?)

    Et avec ça l'intelligence de mon Jean-C, et l'audace, le côté entrepreneur.

    Et notre baraque, franchement : hyper agréable.

    Faut dire on a fait ce qu'il fallait, côté architecte on a trouvé un type génial. Un peu cher. Bon, faut ce qu'il faut. On voulait une baraque de rêve, on a une baraque de rêve.

    Où j'adore recevoir.