Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/09/2014

Bob. My name is Bob.

Voici que je me découvre une aptitude inattendue à la politique : car que dire de ma relation pour le moins lâche à mes promesses et décisions, voire à mon intégrité morale ? A peine en effet m'étais-je engagée à faire un parcours aléatoire à travers mes étagères, que je suis allée, reniant mon allégeance au hasard, vagabonder du côté de chez Nietzsche, Guillevic et même Freud, par pure lubie je dois l'avouer.

Mais j'ai décidé de me ranger. Étagères nous revoici. Et pour ne pas faire dans la demi-sérieusitude, rejoignons donc l'Etagère des Essentiels. Dans toute bibliothèque en état de marche, il y a une étagère des essentiels. Elle doit être très accessible, car on y revient sans cesse, pour la raison qu'elle soutient les quelques bouquins vraiment indispensables à nourrir votre pensée. La mienne n'est pas grande ni haute, je parle de mon étagère pas de ma pensée (on ne se méfie jamais assez de l'esprit critique du lecteur). Mais elle suffit à accueillir, ils ne sont pas si nombreux, les livres qu'en bon français je nommerai mes musts.

D'abord, à propos de bon français, Petit Robert. A tout seigneur tout honneur. Robert avec qui nous dialoguâmes en un Abécédaire s'il vous en souvient (cf février 2014). Robert qui est deux, celui des communs et celui des propres. Avec la particularité pour ceux de mon étagère qu'ils ne sont pas jumeaux comme il se devrait. Au contraire pas loin de deux générations les séparent. Ce qui donne à mon Robert des noms propres datant de 1977 (antédiluvien autant dire) un charmant petit air de tomber d'une autre planète. Par exemple pour lui Duras est encore vivante. Guillevic n'existe pas. Franchement pour un dico à prétention littéraire ça la fout mal, vu que le mec à l'époque n'était déjà pas total inconnu dans les dîners en ville option je me la pète poète. Je sais bien qu'un dico a ses limites, que par définition il n'est pas aux avant-postes de la branchitude. Mais y a des limites aux limites. Or Euclidiennes a beau avoir été publié en 1967 eh bien dix ans après page 804 entre Guillet Léon ingénieur métallurgiste et Guillot-Gorju (Bertrand Hardouin de Saint-Jacques dit) farceur français (sic), pas plus de Guillevic que de beurre en broche. Décevant, non ?

L'avantage soyons positifs c'est que Robert millésime 1977 ignore tout par exemple au hasard de Sarkozy, ce qui n'est pas un mince plaisir dans la vie. (Pour la littérature j'en cause même pas). Dans le même ordre d'idées (si l'on peut dire) il ne connaît personne du nom de Le Pen. Mentionnons néanmoins pour être exhaustif son entrée Hollande notant tout à fait normalement qu'il s'agit de la désignation impropre donnée aux Pays Bas. Au fait vous diriez ça vous, désignation donnée à ? Bêtement j'aurais dit désignation de. Mais ce que j'en dis après tout c'est lui le dico. N'empêche : l'absence de Guillevic, cette tournure contournée, deux indices pour soupçonner que l'entente entre les deux Robert n'était pas au top en 1977. Divergences de programme, d'idéologie, rivalités personnelles ? Après tout les auteurs de dico ne sont que des hommes comme vous et moi. A propos c'est le moment de signaler que je propose à Robert disons 2050 de m'admettre parmi ses élus. Quoi, n'aurais-je pas le droit de revendiquer mon quart d'heure de mégalomanie depuis ma basse étagère ? (NB Robert 77 ignore aussi Andy Warhol).

Et puis réfléchissez : en 2050 donc mon nom sera inscrit au sein de Robert avec celui de Duras et Guillevic, certes. Mais aussi, sauf accident de gomme qui les effacerait d'ici là, avec les autres que j'ai cités plus haut.

Et ça, ça rend nettement plus modeste.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

08:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

24/09/2014

Désolée, Sigmund ...

Freud n'en reste pas à la phrase qui clôt ma note précédente, phrase aussi magistrale que tragique. Il poursuit le cours de sa petite bonne femme de pensée. Le maintien de la civilisation, même sur une base aussi discutable, permet d'espérer que chaque génération nouvelle fraiera la voie à un remaniement pulsionnel continu, porteur d'une civilisation meilleure.

Quand je pense qu'il y a (eu) des gens pour le traiter d'affreux pessimiste, ce pauvre cher Sigmund ! De telles phrases révèlent au contraire sa foi ô combien naïve, mais respectable au demeurant, en l'idée de progrès héritée des Lumières et du scientisme. Ou au moins sa foi dans la méthode Coué ce qui en pratique revient peut être au même.

Je voudrais bien lui faire plaisir, à Vati Sigmund, et m'extasier sur le progrès moral des générations qui aura permis depuis le moment où il écrit ces lignes :

1° la résistance victorieuse aux idées nazies et en particulier à l'antisémitisme

2° l'instauration ici ou là d'un communisme digne de ce nom, ou a minima la recherche résolue de rapports humains et économiques plus partageux, plus sport-co pour tout dire

3° la fin du fanatisme religieux en pensée en parole en action, voire dans la foulée la fin de toutes les superstitions qui auraient fait criser Spinoza s'il n'avait pas trouvé le truc pour gérer les passions

5° la ringardisation définitive des angoissés de la virilité qui réduisent les femmes en esclavage par la force ou l'aliénation

6° l'impossibilité de concevoir le moindre argument pour le racisme

7°l'abandon du fétichisme du bout de terre, et ou de l'appartenance tribale, ethnique, fétichisme remplacé par l'aptitude, où et avec qui que ce soit, de se promener dans la Présence sur la terre du vivant (Ps 116 v.9)

8° et toute autre occasion d'être plus heureux et moins insensés

 

Mais non. Désolée, Sigmund. Y a comme un problème dans la continuité du remaniement pusionnel que tu espérais. Y a des moments ça remanie moins, les forces remaniementives s'épuisent ou se lassent faut croire, ou alors elles repartent en sens inverse et défont en quelques mois les efforts patients et si laborieux de plusieurs décennies.

 

La question est pourquoi échouons-nous à passer des seuils décisifs en éthique ? Quels mécanismes pervers nous assignent à l'inéducabilité ? Répétition ininterrompue, ou quasiment, des mêmes erreurs et des tragédies qui vont avec : ça ne vous incite pas, vous, à voir à voir comment changer notre fusil d'épaule ? (Si la métaphore vous gêne no stress mes mots sont inoffensifs c'est pour ça que je ne leur mets pas de muselière). Comment enfin tirer parti des intelligences et bonnes volontés qui ont résisté comme elles ont pu à leur pente vers l'inhumain ? Allez, qu'est-ce qu'on risque ? 

19:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

22/09/2014

Psychique primitif

L'explication de l'explosion guerrière de violence et d'irrationalité, Freud va la chercher chez son fournisseur habituel Inconscient & Refoulement Associés. Rien d'étonnant qu'à l'occasion des guerres les hommes s'en donnent à cœur joie dans la barbarie. C'est juste une petite régression vu que sous de légères couches de vernis le psychique primitif est, au sens le plus plein, impérissable.

On dit primitif mais faut pas croire que sapiens sapiens ou qui que ce soit (je me fais toujours des nœuds dans les lignes brisées de nos vieilles branches) était plus con que nous. Il avait juste un peu plus de mal à gérer de fortes divergences d'intérêts dans le commerce avec ses semblables. «La meilleure part du mammouth et des femelles, le squatt dans la grotte au Sud avec vue, c'est pour moi z'êtes OK ?» était un discours très répandu chez ceux qui voulaient pouvoir exhiber une carte de visite filigranée avec marqué dessus mâle dominant (comme les traders dans American psycho si ça vous parle plus). Une réponse fréquente fut « Casse-toi pauv' con. »

Quelques morts plus tard, sapiens finit par le devenir un peu plus, et admit la nécessité de limiter dégâts collatéraux comme frontaux. Ce fut la civilisation, somme algébrique (par conséquent possiblement nulle voire négative) des interdits des pulsions destructrices et des prescriptions positives. Outre le fait qu'elle a parfois donné lieu à des trucs folklo qui servaient trop à rien mais que nonobstant on s'est transmis religieusement de mâle dominant en mâle dominant avec le concours gracieux ou pas des dominés de tout poil, la civilisation oblige tout le monde à prendre beaucoup sur soi.

Celui qui est ainsi obligé de réagir constamment dans le sens de prescriptions qui ne sont pas l'expression de ses penchants pulsionnels vit, psychologiquement parlant, au-dessus de ses moyens et mérite objectivement d'être qualifié d'hypocrite (...) Il y a ainsi incomparablement plus d'hypocrites de la civilisation que d'hommes authentiquement civilisés.

En clair depuis sapiens sapiens on ajuste sa conduite en fonction du radar mais c'est pas ce qui enlève l'envie de vrouvroumer plus vite que le copain.

Or il y a dans l'histoire des moments et des lieux où le radar affiche plus ou moins directement « allez-y les gars foncez écrasez qui vous voulez, vous bons eux méchants, on est en guerre contre eux vu que c'est des gens qui prient pas le même dieu ou pas pareil ou pas du tout, qui veulent squatter au même endroit que nous, qui ont une couleur, ou une odeur, qui mangent pas pareil, qui ont chez eux des trucs qu'on voudrait trop et on serait bien cons de leur payer vu que c'est moins cher de les flinguer parce que les armes on les a à prix cassés » (on peut cocher plusieurs cases à la fois et bien sûr compléter selon l'inspiration, ad libitum). Bref

La guerre nous dépouille des couches récentes déposées par la civilisation et fait réapparaître en nous l'homme des origines. Elle nous contraint de nouveau à être des héros qui ne peuvent croire à leur propre mort; elle nous désigne les étrangers comme des ennemis dont on doit provoquer ou souhaiter la mort ; elle nous conseille de ne pas nous arrêter à la mort des personnes aimées.

La guerre, elle, ne se laisse pas éliminer.

 

 

 

10:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)