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30/08/2014

Pour repérer les cellules

Pour repérer les cellules, on procède comme pour repérer les cases d'un jeu de dames ou d'une grille de mots-croisés : on nomme les colonnes et les rangées.

Une phrase non sans intérêt, même après celle de Duras, nonobstant son appartenance à L'Amant. J'entends par là l'appartenance de la phrase de Duras au corps du texte L'Amant prix Goncourt, et non l'appartenance de Marguerite à quelque corps que ce soit. D'accord dans L'Amant elle cache peu de choses à ce sujet, mais raison de plus pour ne pas épiloguer. Et puis le corps est une chose mais pour le reste elle était Margot libre dans sa tête. Et pour moi ça veut dire beaucoup. N'importe quoi cette association, direz-vous. Mais c'est mon blog oui ou non et qui m'empêche de l'utiliser pour une dédicace à une groupie de Michel Berger qui m'est chère ? Et si vous en déduisez qu'écrire n'importe quoi c'est la même débilité du jugement qui consiste à croire en la solution graphomane du problème personnel, je vous signale queça fait moins de dégâts qu'en politique. Un dégât esthétique n'est jamais à minimiser certes, mais globalement ça fait moins de morts.

Bref repérer les cellules, grille, croisés, colonnes, rangées : voilà un champ lexical qui interroge. Aurions-nous été, à l'insu de notre plein gré, jetés en une quelconque geôle, enrôlés dans une non moins quelconque armée ? Quoi ? Paranoïaque, moi ? Pas du tout, il faut regarder les choses en face c'est tout. Par les temps qui courent qui peut dire fontaine je ne boirai pas de ton eau … euh non qu'importe le flacon, non ah voilà l'habit ne fait pas le moine … ou alors qui m'aime me suive, alea jacta est, vae victis ? ... Bon bref laissons tomber, je voulais juste dire que ces mots ne m'inspirent qu'une confiance limitée. OK jeu de dames, mots-croisés, sont plus sympa. Mais remarquons que ces termes apparaissent en guise de comparaison, et je ne peux me défaire de l'idée qu'ils sont là pour noyer la pilule, pour faire avaler le poison, euh poisson, bref pour planquer la merde au chat, bourrer le mou si vous préférez. Mais résumons ce qui ressort de cette phrase

1° elle parle de faire un truc pas drôle, pas facile, potentiellement dangereux

2° en tous cas une atteinte probable à notre liberté

3° et pour cela présente le truc en question comme un jeu

4° et donc en plus cherche à nous infantiliser

5° soit dit sans aucun soupçon de paranoïa

6° le mot le plus intéressant de la phrase est cellule

7° je n'ai pas dit le plus agréable, mais il faut reconnaître que c'est le plus plurisémantique, ce qui est toujours bon à prendre

8° même si ça crée des ambiguïtés

9° précisément c'est ça qui est intéressant

 

Mais d'où sort donc cette phrase ?

 

 

09:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

27/08/2014

Lucidité de Mme D.

C'est la même chose, la même pitié, le même appel au secours, la même débilité du jugement, la même superstition disons, qui consiste à croire à la solution politique du problème personnel.

(Marguerite Duras L'Amant)

C'est donc le hasard et lui seul qui m'a conduite à Duras. Et non, comme je soupçonne que vous m'en soupçonniez, on ne sait quelle pulsion bas-bleu de prof de français. Bon je vais être tout à fait sincère, je savais que l'étagère que frôlait ma main était celle des autobiographies. Mais dans la catégorie tout restait ouvert, tout autant éligibles par le hasard étaient Rousseau, Saint Augustin, Cohen, Beauvoir ou tant d'autres. Et puis estimez-vous heureux, juste à côté de L'Amant sur l'étagèreil y a Souvenir de la maison des morts de Dostoïevski. Vous voyez ça aurait pu être bien pire.

Non je plaisante, d'abord Souvenir de la maison des morts ça se lit beaucoup mieux qu'on ne pourrait le craindre. Encore que je sois incapable de me rappeler pourquoi je l'ai un jour acheté, je ne pense pas avoir eu le projet de le faire lire à des élèves, je ne suis pas masochiste (ou sadique) à ce point. Peut être dans le cadre d'un travail sur la culpabilité ? Pas la mienne je vous rassure, celle de Dostoïevski et des écrivains en général (mais non pas le général Dourakine ça c'est vos souvenirs de bibliothèque rose, ne mélangez pas tout). Ce qui est sûr c'est que Marguerite n'était pas absolument nulle en culpabilité, mais dans un style moins fleuve et moins slave que celui de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski (déjà le nom ça y fait).

Je ne sais si c'est exactement la culpabilité qui marque sa phrase ci-dessus, mais au moins une certaine tristesse désabusée. C'est à des phrases de ce type qu'on voit que la mère Margot n'avait pas tous les jours un moral d'acier. Ce désabusage (désabusité ?) rejoint d'une certaine façon, délicieusement inattendue (merci Hasard), la note Phrases 3 (faut suivre z'êtes pas dans un blog de flemmards). Duras aurait aimé pouvoir, faire, agir. Mais elle ne s'est pas raconté d'histoires. Les gens qui écrivent, c'est justement parce qu'ils ne savent pas (ne peuvent ne veulent) vivre dans la vraie vie. Dit-elle. Perso je souscris, c'est pas parce qu'on n'est pas Duras qu'on peut pas penser pareil.

Bref sa phrase a pour contexte l'Occupation. Collaborateurs, les Fernandez. Et moi, deux ans après, membre du PCF. L'équivalence est absolue, définitive. Equivalence : aberrant, provocant ? C'est qu'en fait l'équivalence ne porte pas sur le choix mais sur l'enjeu psychologique qui le motive : la solution politique du problème personnel. Et là elle touche un truc, Madame Duras. Le choix politique, c'est vrai, est rarement pensé dans une dynamique collective, mais plus souvent utilisé par l'individu comme pansement à usage personnel. Pour panser des blessures matérielles ou affectives, qu'elles soient, les unes ou les autres, réelles ou imaginaires.

Attitude compréhensible je veux bien, non répréhensible en soi, mais dommageable tout de même aussi bien à la clarté des débats qu'à l'efficacité des actions. Voici donc ce que cette phrase de hasard nous a offert : l'appel à la lucidité pour ne pas confondre les états du moi et les besoins de l'état. Et c'est valable pour tout un chacun, à sa place.

 

 

16:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

26/08/2014

D'ici demain

Demain chers lecteurs vous saurez de qui est la phrase que j'ai trouvée au hasard de ma bibliothèque et que j'ai livrée à votre méditation dans la note "voilà voilà". Le suspense est à son comble, sauf pour ceux qui sont sûrs d'avoir trouvé naturellement. Et ceux-là franchement ont toute mon admiration car pour ma part je n'aurais jamais été capable de rendre cette phrase à son auteur et de la replacer dans le livre ad hoc.

En tous cas nul doute que l'indice du Goncourt soit décisif, car les femmes prix Goncourt sont en nette minorité, il faut bien le reconnaître. L'auteur dont nous laisserons parler la phrase demain a eu quant à elle ce prix en 1984. "Enfin", avaient dit d'aucuns, qui ne comprenaient pas pourquoi ses livres n'avaient jusqu'alors pas été reconnus à hauteur de leur importance.

D'autres avaient fait remarquer qu'il ne faut pas confondre prix Goncourt avec importance majeure, ni même avec talent, ni même avec écriture tout court.

A vous d'en juger à partir du panel de livres goncourtés dont vous disposez. 

Bref, je vous livre le dernier indice et non le moindre, le livre en question a été porté à l'écran par Jean-Jacques Annaud. Comme sont éliminés d'emblée La Guerre du Feu, ou encore l'Ours, dans lesquels les phrases sont faites de grognements, tout ceci devient de plus en plus transparent.

Je m'avise écrivant ces lignes qu'il eût été passionnant de trouver une phrase faite de grognements, elle eût offert tant de possibilités d'interprétation. Qui sait, le hasard nous fera peut être ce cadeau un de ces jours.

Cela dit le hasard n'a pas mal fait les choses avec cette phrase sur politique et problèmes personnels. Nos amis François ou Arnaud ou Manuel l'ont-ils assez méditée ? 

 

 

 

18:14 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)