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22/07/2017

L'avarice ou le vif argent (9/13)

La parole est d'argent et le silence est d'or. D'où le secret bancaire, d'où l'extrême discrétion des vrais riches sur leur fortune (et pas seulement auprès du fisc).

À propos d'argent, il faut cependant dire une chose : il n'est pas seulement négatif. Du point de vue éthique je veux dire.

Car certes de tous les autres points de vue sa positivité saute aux yeux. Par exemple si on met en perspective le solde de son compte en banque et la somme des factures que l'on a à acquitter.

L'argent fut positif au plan éthique car

1) sa création fut libération pour l'humanité. Finie l'obligation de rester attaché à une terre pour subsister.

2) en tant qu'équivalent universel il détacha du fétichisme de la chose pour la chose. Arracha au tangible et à l'immédiat, ouvrit le monde symbolique.

3) son fonctionnement ne pouvait reposer que sur la confiance.

L'ennui c'est que tout ça c'est fini.

 

L'argent lui-même est fétichisé, a cessé d'être un moyen d'équivalence pour devenir une fin.

Quant à la confiance, pour quelqu'un de sain d'esprit, elle est incompatible avec le fonctionnement bancaire et boursier actuels, arnaqueurs par structure. (Je ne m'étends pas voir les crises les plus récentes, disons depuis 2008).

Notre système actuel, la religion du capitalisme financier, a ainsi tué son dieu à force de l'honorer. Le vif-argent est mort.

Quoi qu'on en dise, quelque discours qu'on tienne sur la circulation des capitaux. Les capitaux circulent, mais pas la richesse. Au contraire ils ne circulent que pour se concentrer. Telle est la vérité de la mondialisation.

Et tel est le visage difforme, vraiment disgracieux, de l'avarice contemporaine.

De nos jours l'avare capitaliste-financier se prétend en outre créateur de richesse. Harpagon, lui au moins, se contentait d'accaparer les richesses et ne prétendait pas les créer.

 

Ajoutons que l'avarice concerne l'argent et les possessions matérielles mais pas seulement.

L'Avare Harpagon est un vieux. Un vieux salaud qui jouit du pouvoir que lui donne l'argent sur les jeunes. Au lieu de partager avec ses enfants, il les réduit à attendre sa mort pour vivre.

Entre autres il vend sa fille à un vieux pour économiser la dot, tout en s'achetant une jeunette pour son propre compte. (À relire, ô lecteurs, Molière y est au top de son génie).

L'avarice de soi existe aussi : s'économiser comme on dit, ne pas donner son temps, son attention, son amour.

Une avarice qui est avarie de communication, intempérie de partage.

 

 

11:46 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

18/07/2017

Trois en une (8/13)

 

Le corps de la pyramide est constitué de disgrâces jumelles : envie et orgueil.

Et tout en haut, à la tête, pierre d'angle, âme du système des disgrâces, l'avarice. Telle est la trinité qui mène le monde.

De nos jours, elle organise les sociétés selon un mode de vie publicitaire, autopromotion et débinage de la concurrence.

Ici l'homothétie entre la macrostructure et la microstructure est évidente.

Quand règne le Tout-Marché, multinationales, états, secteurs d'activité, ne connaissent que la logique commerciale de la plus-value.

Dans le processus de vente-achat impliquant nécessairement un gagnant et un perdant, il faut être celui qui gagne. Et n'être rien d'autre.

Côté microstructure on est ici à l'étage du Moi sans doute, comme avec gourmandise etc. on était à l'étage du Ça.

Ou encore, plutôt que le concept du Moi freudien, je me demande si l'Imaginaire lacanien ne serait pas plus pertinent.

Car il arrive même à Lacan d'être lumineux. Réconfortant, non ?

L’Imaginaire désigne le fonctionnement du Moi sur le mode spéculaire = en fonction d'un miroir (dont le parangon est à jamais la mare à Narcisse), conduisant à un rapport de rivalité mimétique à autrui.

La réalité se voit et se vit alors sur le mode défensif et projectif. « Le moi est paranoïaque ».

 

Toute la disgrâce, fondamentalement, est là : vivre dans une perpétuelle comparaison à l'autre. Et ainsi

1) ne pas pouvoir savourer le bonheur d'exister. Purement et simplement.

« Perfection et imperfection ne sont donc, en vérité, que des manières de penser, à savoir, des notions que nous forgeons habituellement du fait que nous comparons entre eux des individus de même espèce ou de même genre : et c'est pour cette raison que j'ai dit plus haut (Défin 6 partie 2) que quant à moi, par réalité et par perfection j'entends la même chose. »

Spinoza : Éthique (Préface partie 4)

2) risquer perpétuellement d'être perdant devant l'autre, d'être moins que lui.

 

C'est ce double mécanisme qui noue l'alliance infernale entre envie et orgueil. Pour être sûr de n'être pas perdant au jeu de la comparaison, on fait son auto-promotion, on frime, on brille, on exhibe ses atouts. Ou on feint d'en avoir.

Prompt à envier, l'autre n'y voit que du feu. Et se lance à son tour dans la surenchère. C'est cela aussi qui fait l'avarice : le plus sûr, dans le doute d'être, est d'appuyer son être sur un avoir.

Envie/orgueil/avarice, avarice/orgueil/envie : le cercle vicieux ne cesse de se resserrer, jusqu'à nous couper le souffle.

 

Tel est le tableau global. À partir de la prochaine fois, on zoomera sur quelques points.

 

09:09 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

15/07/2017

Le bataillon des primaires (7/13)

Établissons l'organigramme de la holding DUC.

En gardant en tête que la même logique est à l'œuvre dans la pyramide globale des sociétés ou la pyramide locale de nos fors intérieurs. On peut passer de l'une à l'autre par homothétie.

Tout en bas du système celles des disgrâces qui forment le bataillon disons le plus primaire : gourmandise, luxure, colère. Au plus près de la chair à pulsion.

Elles ont en commun de s'inscrire sous le signe du trop, de l'excès, de l'absence de régulation, du débordement. Un aveu de faiblesse d'un Moi colonisé par le Ça. (Ach Ich allais le sagen).

Précisons en ce sens les termes :

1) la gourmandise n'est pas le plaisir du gourmet à savourer de bonnes nourritures, généralement dans la convivialité. Mais bien la goinfrerie, le fait de s'empiffrer, parfois seul, ou en tous cas sans goûter le sel du partage.

Scolie 1 : Dieu me gourmande, il ne s'agit pas de porter sur ce comportement un regard étroitement moralisateur. Nous savons tous qu'il est avant tout un symptôme qui vient révéler une souffrance.

Scolie 2 : En ce sens disgrâce n'est pas si mal trouvé, finalement, bravo Ariane.

(Ben oui je me le sers moi-même avec assez de verve, et tout de suite, parce qu'aussi bien quand j'en serai à orgueil j'aurai pas le feeling).

2) la luxure n'est pas davantage la jouissance (sexuelle ou autre) en tant que telle, mais bien le fait de la vivre comme une consommation effrénée de sensations et/ou de partenaires, sur le mode là encore du toujours plus. (Jusqu'à mille e tre qui sait).

Scolie : toutes les deux, gourmandise et luxure, apparaissent comme une hyper-consommation en réponse à l'obsolescence programmée du désir.

3) je mets la colère dans ce groupe pour le côté pulsionnel. Un débordement, un manque de maîtrise de soi, qui peut déboucher sur toutes sortes de brutalités. Elle n'est pas forcément « méchante » en soi, elle peut être juste une expression dévoyée de l'indignation, une expression récupérée par la violence.

Or l'indignation a souvent partie liée au désir de justice et de dignité, ainsi que l'a rappelé naguère Stéphane Hessel.

Scolie : L'occasion de noter un point essentiel que ne nous contesterait pas Monsieur de la Palice. Qui dit disgrâce dit négatif de grâce.

Autrement dit en chacune de nos disgrâces capitales on pourrait chercher s'il n'y a pas quelque chose de récupérable dans la perspective d'une dynamique positive.

On le fera à la fin de notre parcours.

Si on n'a pas la flemme, bien sûr.

 

 

 

 

09:11 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)