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30/11/2017

La fin justifie les moyens

Il ne faut pas prendre les moyens de la civilisation pour sa fin. La valeur de la machine à vapeur et du téléphone dépend uniquement de l'usage qu'on en fait.

Oscar Wilde (Dans la conversation)

 

Bien dit. Il faut savoir faire bon usage de toutes les technologies dont nous disposons. Aller grâce à elles à la fin de la civilisation par le plus court chemin.

 

Ainsi n'hésitons pas à nous concentrer sur notre tablette ou notre portable quand nous sommes au volant. C'est notre doudou, notre objet transitionnel, notre porte-bonheur mieux que St Christophe.

Grâce à lui, et avec un peu de chance, nous offrirons une occasion de se bouger aux feignasses du service d'Urgences le plus proche.

De même un nécessaire progrès dans la civilisation consiste à actualiser certaines formules ringardes.

Au lieu du gnangnan « l'amour n'est pas se regarder l'un l'autre mais regarder ensemble dans la même direction », nous oserons le branché « l'amour c'est être assis au restau à pianoter chacun sur son machin sans échanger un mot ni un regard » (sauf naturellement pour l'indispensable « c'est toi qui as ma carte bleue ? » « c'est pas donné quand même ici pour ce qu'on a bouffé » « oui c'est vrai moi je me rappelle même plus ce qu'y avait dans mon assiette »).

 

Le lecteur trouvera que je caricature ? Soit.

Retour à plus d'objectivité : je ne méconnais pas que le prurit de pianotage qui peut nous saisir au volant, avec les amis, au théâtre, au cinéma, répond à la légitime urgence de relire Proust sans plus perdre de temps, de terminer illico notre visite virtuelle du Louvre.

Il offre aussi d'autres suppléments d'âme, comme inonder les marigots de la Toile de boueux propos racistes, antiféministes, antisémites, ou délivrer au monde, pour en changer la face, la dernière photo de son nombril en gros plan.

 

Le lecteur, sans perdre patience devant mes exagérations réitérées, me représentera qu'il n'y a pas là que gadget, addiction ou défouloir, mais potentiel gain démocratique, élargissement du village mondial et ainsi de suite.

ll me dira d'arrêter avec mon pathétique scrogneugnisme. Il est temps de vivre avec mon temps, genre y a pas que les mots croisés pour patienter dans la salle d'attente du dentiste, elle le sait, la mémère ?

 

Je ne peux qu'admettre le bien fondé de ces propos. Le lecteur a raison. Je suis sur la mauvaise pente.

Faut que je fasse gafa pas virer complètement hasbeen.

16:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

26/11/2017

La musique adoucit les moeurs

Je préfère la musique de Wagner à celle de quiconque. Elle fait tant de bruit qu'on peut parler d'un bout à l'autre du morceau sans que les gens entendent ce qu'on est en train de dire.

Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray)

 

Je me souviens avoir assisté à une représentation de L'Or du Rhin durant laquelle mon voisin de fauteuil passait le temps en mangeant des bonbons. Il les extrayait l'un après l'autre du papier cellophane ou je ne sais quoi, produisant force crissements.

Avait-il lu Wilde et en déduisait-il que son geste ne nuisait pas à l'audition du maître de Bayreuth ? Ou était-ce juste un gros beauf ?

À l'époque, encore pleine de patience, j'ai attendu un bon moment avant de l'informer qu'il me gênait (apparemment il ne gênait pas les autres) (ils ne parlaient pas pourtant, sans doute dormaient-ils malgré le volume sonore).

En homme courtois il s'est arrêté aussitôt ma remarque.

Pour reprendre son manège cinq minutes après (comme le gros beauf qu'il était, donc) (et tout ça sans m'offrir un bonbon) (je les aime pas mais quand même) (sauf les caramels) (à petites doses bien sûr).

Bref vous savez quoi c'est bien tombé pour lui que je ne sois pas fan absolue de Wagner. Au lieu de L'Or du Rhin c'était La Flûte enchantée, faites-moi confiance le mec se prenait deux tartes dans la gueule au premier bonbon.

 

En fait dans Wagner ce que je préfère, c'est la réplique d'un personnage de Woody Allen : Quand j'entends du Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne.

Non je plaisante il y a des choses fort belles.

Et puis comment ne pas évoquer l'immortelle séquence d'Apocalyse now au son de la Walkyrie. Séquence fascinante, jouant avec les troubles affects (et la pulsion de mort) que peuvent révéler en nous certaines sensations musicales.

Indépendamment de ses accrochages avec Wagner, il est clair que c'est cette perception qui a conduit Nietzsche à honnir sa musique, à en faire un tabou, après l'avoir idolâtrée.

Bon l'ennui c'est qu'il a déclaré dans la foulée que le nec plus ultra musical c'était Carmen de Bizet, justement parce que d'après lui ça exaltait la libido. Ça laisse songeur, aussi bien sur son esthétique que sur sa conception de la libido (mais ceci ne nous regarde pas).

Enfin bref c'est pas pour cafter mais y en a qui ont l'oreille plus sûre. Je ne parle pas de moi (enfin oui aussi). Mais dans la catégorie des philosophes, par exemple, on peut penser à la réflexion de Kierkegaard sur la musique de Don Giovanni.

 

 

 

 

09:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

23/11/2017

Simplement élégant

Quand nous sommes heureux, nous sommes toujours vertueux, mais quand nous sommes vertueux, nous ne sommes pas toujours heureux.

Oscar Wilde (Dans la conversation)

 

La béatitude n'est pas la récompense de la vertu, c'est la vertu même.

Spinoza (Éthique Part.5 prop. finale)

 

Une similitude bien improbable, je l'admets. Et pourtant indéniable, non ?

Naturellement, il ne faut pas s'emballer et son flegme garder. Cette paraphrase de l'Éthique n'est certainement ni voulue ni consciente.

Quoi de commun entre le dandy dublinois-londonien se pavanant dans les salons et le philosophe cloîtré dans sa chambre à Amsterdam ? N'ont-ils pas vécu comme sur deux planètes distantes de milliers d'années-lumière ?

Quoique ?

En tous cas (contrairement à Spinoza, ou pas) il donne sans doute à la notion de bonheur, et par là de vertu, une connotation plus sensuelle que sentimentale ou morale.

Une connotation esthétique au sens propre. (aisthêsis = sensation)

Car si quelque de chose ressort de la vie et des paroles d'Oscar Wilde, c'est la conviction que l'esthétique est un des meilleurs chemin vers l'éthique. Peut être le seul.

Le secret de la vie, c'est de ne jamais éprouver une émotion qui ne soit pas seyante. (Une femme sans importance)

 

On peut voir là un comportement superficiel de privilégié. C'est vrai. Mais rappelons-nous aussi que lorsque Wilde se trouva accusé d'immoralité et menacé de prison, il assuma avec panache d'affronter son sort, et refusa de fuir comme ses amis le lui proposaient.

La fin de sa vie a ainsi prouvé que l'élégance tapageuse du dandy poseur n'était pas incompatible avec le sobre courage de l'homme. Bien plus, confronté au mépris et à la haine, il se révéla tout naturellement capable d'échapper à la laideur du ressentiment.

Ce fut sa suprême élégance.

 

La vie n'est pas complexe. C'est nous qui le sommes. La vie est simple et une chose simple est une chose juste.

Oscar Wilde (lettre à Robert Ross, écrite dans la prison de Reading)

 

 

 

09:15 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)