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  • Au gré du vent (14) A moyen terme

    Dans mes balades en ville je passe régulièrement devant deux boutiques de pompes funèbres. Au fait on dit boutique pour des pompes funèbres ? Non, hein ?

    Plutôt un truc du genre agence. Agence de (dernier) voyage.

    Pourquoi ne pas les nommer sur le modèle de téléphonie : pomperie, funèbrerie ?

     

    L'une de ces maisons a opté pour le classicisme.

    La vitrine présente sans surprise la stèle (ou l'urne) en marbre gris (ou rose) orné de roses en céramique rose (ou blanche).

    Le phylactère sobre et passe-partout À mon épouse (époux) chérie (bien-aimée), à ma mémé (pépé) adorée.

    Faudrait oser du plus personnalisé, peut être. Style à mon tonton tatoué, à mon toutou vacciné.

    L'autre entreprise s'est positionnée dans le créneau du marketing agressif.

    Sur un écran évoquant l'encadré du faire-part de deuil, sont présentés les forfaits tout compris.

    Parfois même une promotion. Suggestion implicite : n'hésitez plus, osez, franchissez le pas.

    Encouragement subliminal aux héritiers putatifs, non ? Si tonton Richard se décidait à partir maintenant, on aurait deux cercueils pour le prix d'un. Du coup, pour Tata Dora …

    À la place de ces pompeux entrepreneurs j'aurais peur de tomber sous le coup d'une procédure pour instigation de crime multiple en bande organisée (les avocats aussi font dans le marketing agressif).

     

    L'autre jour sur l'écran défilait l'horoscope.

    Provocant, non ? Ou philosophique ?

    En attendant qu'arrive mon signe (non mais j'y crois pas, c'est juste comme ça) je songeais à Keynes. (Carrément, Keynes ? Ben oui, c'est pas parce que je lis mon horoscope que j'arrête de penser).

    On se souvient de sa réponse so british humour aux détracteurs de ses propositions sur la régulation du libéralisme, ce qu'on appelé logiquement le keynésianisme :

    « Vous avez raison, à quoi bon se casser la tête pour envisager un bon système économique, c'est vrai qu'à moyen terme nous serons tous morts. »

    Ah voilà mon signe : « Lancez-vous, ne soyez pas timide, sous peine de regrets éternels. »

    Oui décidément comme enseigne pour la boîte : « La Funèbrerie ».

     

  • Au gré du vent (13) Baptême express

    J'ai connu une fille qui s'appelait Agathe. Son frère s'appelait Gaston. Oui et alors, dira le lecteur, OK mais quoi dira la lectrice.

    Eh bien un jour j'ai remarqué que ces prénoms se suivaient au calendrier. Ste Agathe 5 février, St Gaston 6 février.

     

    Leurs parents ont-ils conçu exprès cette séquence ? (Je parle de la séquence des prénoms, bien sûr, le reste ne me regarde pas).

    Si oui, pourquoi ? Optimiser les célébrations de fêtes familiales ? Créer un lien supplémentaire entre leurs enfants ?

     

    Si c'est le hasard, la preuve est faite qu'il a plus de suite dans les idées qu'on a coutume de le croire.

     

    N'empêche voilà une option qui peut résoudre bien des dilemmes parentaux au moment d'une seconde naissance.

    Exemple vous avez nommé votre aîné Toussaint. Pour sa petite sœur qui arrive, le choix est tout trouvé : vous lui ferez don du charmant prénom d'Halloween. Vous pourrez aussi prendre le calendrier dans l'autre sens et la nommer Défunte.

    C'est sympa aussi, quoique plus vieillot.

     

    Heureux parents de jumeaux, optez pour Sylvestre et Jourdelan. Et pour vos jumelles ce sera Gisèle et Victoire-45.

     

    Si vous avez nommé Noël votre premier-né, inutile pour sa petite sœur d'aller chercher midi à quatorze heures, elle s'appellera Sainte-Famille.

    Et si jamais, devenue ado rebelle, elle vous reproche ce choix, genre je suis dégoûtée c'est trop nul les prénoms composés, rappelez-lui que la sœur de son copain Aimé assume très bien, elle, de s'appeler Croix-Glorieuse.

     

  • Au gré du vent (12) "Objets inanimés avez-vous donc une âme"

    De temps en temps je pense à l'âpre destin de certains objets. Y en a je voudrais vraiment pas être à leur place.

    Quel sort plus crispant que celui de la pince à linge, que chaque nouvelle lessive condamne à serrer les dents sur du linge de tout acabit ? Passe encore le carré de soie, la petite culotte en coton, le torchon en lin souple, la serviette en éponge mousseuse (à ne pas mélanger au précédent) …

    Mais quand faut la fermer sur le cabas en jute rêche, le châle en gros drap de laine écrue, ou le pire de tout : la tennis que le Mistral prend un malin plaisir à balancer ... Là faut vraiment s'accrocher, faut une sacrée niaque pour faire le job.

    Et les avions ? Qui se soucie de leur supplice quand ils se retrouvent cloués au sol ?

    Qui songe à confisquer leurs aiguilles aux aiguilleurs du ciel ?

    Et les tapis qui se laissent piétiner sans mot dire ? Ils font profil bas, espérant toujours éviter, le prochain jour de ménage, d'être battus sans ménagement.

    Et les oreillers à qui l'on bourre le mou ?

    Et les smartphones, pauvres bêtes de somme abrutis d'intelligence artificielle ?

     

    Mais l'objet que je plains le plus c'est la sonnette d'alarme.

    « Il faut tirer la sonnette d'alarme » « Il est temps de tirer la sonnette d'alarme » « On n'a pas assez tiré la sonnette d'alarme » …

    Je rêve d'un monde où, au lieu de se pendre à la sonnette d'alarme à chaque nouvelle guerre, chaque nouvelle catastrophe, on s'amuserait plutôt à faire sonner des sornettes comme le fou ses grelots. Sans hargne sans drame sans larmes.

    Et si l'on pleure encore, ce ne sera que de rire..