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Le blog d'Ariane Beth - Page 348

  • En même temps

     

    Pourquoi est un mot double face.

    Il y a le pourquoi face ténèbres.

    Un pourquoi désespéré, désenchanté, révolté.

    Un pourquoi qui sait en réalité ne pas obtenir de réponse, qui est seulement une plainte devant l'injustice du sort, la souffrance, le non-sens.

    Plainte tantôt violente et ulcérée, tantôt infiniment lasse. Le pourquoi qui crie et le pourquoi qui exhale un soupir, parfois le dernier.

    Le pourquoi de ténèbres est une parole sans auditeur, lancée dans le vide.

    Le pourquoi de ténèbres est une parole dont le locuteur lui-même tend peut être vers le vide.

    Le pourquoi de ténèbres trouve une de ses plus radicales formulations dans le livre de Job : « Pourquoi donne-t-il la vie aux êtres amers ? »

     

    Et puis il y a l'autre face du pourquoi, la face de lumière.

    La face de Lumières faudrait-il plutôt dire.

    Le pourquoi des sens ouverts, de l'intelligence aux aguets.

    Le pourquoi des enfants qui découvrent le monde.

    Le pourquoi des scientifiques et des philosophes, qui se déplie en hypothèses, se complexifiant au fur et à mesure des vérifications ou invalidations.

    Le pourquoi qui creuse les fondations pour l'édifice du savoir. Et le savoir posera ensuite patiemment une à une toutes les pierres des "comment". 

     

    Le pourquoi aussi des utopistes, des traceurs de route qui osent l'écrire en deux mots.

     

    Quant aux sages qui savent comme dit Montaigne vivre à propos, ils n'en manqueront pas, d'à propos, pour compléter tout pourquoi d'un pourquoi pas.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Je pense donc je quoique

     

    J'aime le mot quoique. Mais pourquoi que ?

    Quand on dit quoique c'est qu'y a un couac.

    Que se signale une dissonance subtile. Ou pas. Mais subtile c'est plus intéressant.

    Quoique : peut-on, en rigueur de termes, dire qu'une dissonance est subtile ou pas subtile ? Une dissonance dissone, c'est tout. 0/1.

    La musique est une science dure, comme la cybernétique. Un art dont la beauté et la séduction reposent sur la rigueur. Paradoxal, non ?

    Quoique ?

    Bref ce qui peut être subtil est la manière de rendre compte de la dissonance, de l'interpréter.

    Quoique : n'est-ce pas la perception-même de la dissonance qui est nécessairement associée à la subtilité ?

    Car s'il y a une chose que l'exposition à une dose non négligeable de bourrinitude au quotidien (limite létale parfois) peut nous apprendre, c'est que le bourrin n'a pas l'oreille absolue côté perception de la dissonance.

    Le test en est l'aptitude à décoder l'humour.

    Voire la déconnade.

    Le bourrin, dit Montaigne, croira que je die à droit ce que je dis à feinte.

    Une des choses caractérisant le plus sûrement l'humour, c'est d'être un système à quoique intégré.

    Que le quoique soit explicité comme savait si bien le faire le grand Desproges (ou le gros Devos), ou qu'il reste implicite (et d'autant plus inaccessible à la bourrinitude ordinaire).

    Quoique est un bon outil de décalage humoristique.

     

    Et par là de déplacement intellectuel.

    Un quoique, outre perturber l'oreille éprise d'harmonie, vient déboussoler le partisan de la ligne droite, inquiéter l'assoiffé d'unanimité.

    Et par là réveiller le conformiste assoupi, l'auditeur passif.

    Le quoique est éveilleur de conscience.

    Le quoique accompagne le chercheur de vérité.

    Le crible du quoique est un solide adjuvant de vérification scientifique, logique, éthique.

     

    Je pense donc je quoique.

    Et ça ne s'arrête jamais, un quoique en appelant un autre, dans un mouvement pendulaire.

    Et ainsi il faut imaginer Sisyphe heureux certes, mais surtout quoiquant.

    Heureux de quoiquer peut être ?

     

     

  • Welcome

     

    J'aime la réponse en langue anglaise à quelqu'un qui dit merci : You're welcome.

     

    Voilà un truc que j'aimerais qu'on me dise tout le temps à tout propos. 

    You're welcome : bienvenue dans le monde. Bien content que tu y aies une place. Si t'étais pas là faudrait t'inventer.

    Le genre de chose qu'on dirait aussi bien au soleil du petit jour, aux premières fleurs du printemps. À l'annonciateur d'une bonne nouvelle.

    Et au Messie pourquoi pas s'il finissait par se pointer.

    À condition naturellement que ce soit pour nous dire à nous you're welcome.

    Voilà j'y songe qui bouclerait parfaitement avec le chapitre 1 de la Genèse, ce grand moment de verbalisation créatrice et jubilatoire.

    « Dieu dit que cela soit et cela fut, et Dieu vit que cela était bon. »

    « You're welcome, toi la lumière, toi l'alternance jour/nuit, toi l'eau, toi la terre, vous les plantes et vous les animaux. Et surtout vous Adam, Ève, vous l'être humain, de quelque horizon terrestre que vous veniez : you're welcome. »

    Et voilà hop tout était dit, inutile de rajouter le reste entre le welcome du début et celui de la fin.

    Ça ferait une bible moins lourde, à tous points de vue.

    Et je parle même pas des autres textes du rayon religieux.

    Ni de tant d'autres textes de plein d'autres rayons qui gagneraient tout autant à s'alléger.

     

    Bref revenons au mot de merci lui-même.

    Parfois en se retournant sur certains moments de son passé, on constate qu'il y a des mots qu'il aurait été mieux de ne pas avoir dit.

    On pense plus rarement aux mots qu'il aurait vraiment fallu dire et qu'on n'a pas su, pas pu dire.

    Merci est de ceux-là. À combien de gens il est dommage de ne pas l'avoir dit. Des proches disparus à qui je n'ai pas su formuler mon amour.

    Mais aussi beaucoup de quasi inconnus, de gens à peine croisés.

    Cependant curieusement, tous ces mercis informulés ne me pèsent pas comme des regrets ou des remords. Ils ne me restent pas sur le cœur.

    Je les imagine plutôt voletant doucement autour de moi, nuée de papillons légers et colorés.