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Le blog d'Ariane Beth - Page 355

  • Saison nouvelle

    « Une hirondelle ne fait pas le printemps. »

     

    Encore un auteur de proverbe qui ne brille pas par sa gaieté de pinson. Un ours mal léché immergeant à peine de l'hibernation.

    Un vieux porc-épic qui fait rien qu'à se rouler en boule.

    C'est vrai quoi : il pouvait énoncer la même idée de façon bien plus positive.

    Un flocon de neige ne fait pas l'hiver. Un petit crachin ne fait pas l'automne.

     

    Sans compter qu'en plus cette idée est fausse.

    Une hirondelle ne fait pas le printemps ? Ah bon ?

    Et pourquoi qu'elle le ferait pas ?

    Bon d'accord soyons réalistes, il faudra qu'elle échappe à la grippe aviaire, ainsi qu'à quelques prédateurs.

    En particulier espérons qu'elle se sera envolée du nid avant qu'un cuisinier chinois passe par là.

     

    En réalité, toute hirondelle peut faire le printemps.

    Et peut être qu'une plume d'hirondelle y suffit.

     

    Peut être qu'y suffit l'audace du premier amandier, ses fleurs fragiles bravant les bourrasques encore hivernales.

    La naïveté simplette de quelques pâquerettes au bord d'un champ.

    Le rose extasié d'un arbre de Judée, le parfum du premier lilas.

    L'espoir vert tendre de chaque feuille sur chaque branche.

     

    Le printemps n'a pas besoin de grand chose pour se pointer et s'épanouir.

    Juste une hirondelle qui ose lui faire confiance, et s'envole à travers l'hiver jusqu'à lui.

    Et si jamais le printemps est assez grincheux pour snober la première hirondelle, pourra-t-il résister à l'appel de la suivante ?

     

    Une hirondelle ne fait pas le printemps. Mettons. Mais deux ?

     

     

     

     

     

     

     

  • Plat du jour

     

    « On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs. »

     

    Avec ce proverbe on voit clairement que le bon sens et les bons sentiments ça fait deux. Bienvenue dans la sale arrière-cuisine de la realpolitik, du machiavélisme sans nuances.

     

    Mais quittons la métaphore pour la réalité. Car, disons-le sans tortiller, s'il est une fin qui justifie les moyens, c'est bien la faim. C'est même une des moins regardantes.

    Songeons aux hyènes et autres charognards.

     

    Après vous me direz pourquoi une omelette ? Pourquoi pas plutôt une tartine de confiture ou des pâtes à la florentine en l'honneur de Machiavel ?

    Une tarte tatin ? Des bretzels ? Des lentilles contre son droit d'aînesse ?

    La logique nous souffle que ce proverbe a tout simplement été pondu par un éleveur de volaille. Et cela devrait suffire à nous clouer le bec.

    Mais je parie qu'il s'en trouvera pour ergoter : où est la poule où est l'œuf, et patati et patata.

    Aussi bien y en a qui vont mettre sur la table le débat sur le végétarisme. Non sans l'assaisonner de questions aussi pimentées que : est-il légitime de manger des œufs cochés ?

    Je ferais mieux de rester dans ma coquille, en savourant peinarde ma poire et mon fromage. Car je l'avoue, je n'ai à vous servir sur la question que du réchauffé bien fadasse.

    Genre que l'omelette (et tout ce qu'elle peut métaphoriser) c'est juste le cycle mort/vie.

    Même que la destruction créatrice y a rien de meilleur pour la croissance (oui, ça c'est pour me faire des copains au MEDEF car on sait jamais, en cas de vaches maigres ...)

    Genre aussi que bon c'est vrai avec l'élevage en batterie ou les abattoirs immondes nous ne faisons pas honneur à notre humanité.

    Que si nous donnions sur le sujet de l'alimentation la parole aux veaux vaches cochons couvées, parions que nos points de vue seraient sensiblement divergents.

     

    Bref, pour mettre mon grain de sel en guise de point final au débat sachez que moi les œufs en fait je les préfère à la coque.

    Mais sans sel. Avec beaucoup de poivre.

    Et des mouillettes. Sans beurre. Juste du pain bon comme du bon pain.

    Oui mais vous me direz : on ne fait pas de pain sans écraser de blé.

     

    Décidément on n'est pas sorti de l'auberge.

     

     

     

  • Binômes

     

    Il est des proverbes qu'on peut faire aller par deux. Tellement on dirait qu'ils se donnent la réplique : 

     

    « Aux grands maux les grands remèdes. »

    « Mieux vaut prévenir que guérir. »

     

    - Alors, Docteur, comment ça va ?

    - Très bien merci.

    - Non, je voulais dire : comment ça va, moi ?

    - Eh bien Monsieur Machin puisque vous me posez la question : votre état s'est sérieusement dégradé, va falloir envisager un traitement sérieux itou. Comme on dit : aux grands maux les grands remèdes.

    - Mais, Docteur, je ne comprends pas ! La dernière fois vous m'avez dit vos examens sont parfaits, vous nous enterrerez tous allez ! Et là vous parlez de me fourguer un remède de cheval ?

    - C'est normal que vous regimbiez, mais j'y peux rien moi. Faut croire que votre état a opté pour la politique du pire.

    - Comme ça ? D'un coup ? Vous avez rien vu venir ? Et le principe de précaution alors ? Mieux vaut prévenir que guérir, vous savez ça ? Vous avez rien prévenu du tout.

    - Il n'est pas dit qu'on puisse vous guérir non plus. Mais rassurez-vous j'appliquerai au moins la devise d'Hippocrate : d'abord ne pas nuire.

     

    Et en rapprochant ces deux-là :

     

    « Qui vole un œuf vole un bœuf. »

    « Qui peut le plus peut le moins. »

     

    Ça a plus ou moins l'air de dire qu'il est plus difficile de voler un œuf qu'un bœuf. Et c'est pas faux. Ça dépend quel œuf et quel bœuf. Tout est là.

    Personnellement il me semble que je pourrais me débrouiller de voler un bœuf.

    Naturellement il faudrait que je prenne mon courage à deux mains parce que ça fait partie des animaux qui me font peur. Faudrait un bœuf pas trop gros, surtout les cornes.

    Cela dit un bœuf est moins menaçant qu'un taureau. Heureusement que le proverbe ne dit pas qui vole un pruneau vole un taureau, là on était mal.

    Faudrait encore sauter par dessus la barrière électrifiée qui délimite le pré. Bref c'est pas gagné. Mais ça reste jouable.

     

    Quant à voler un œuf ?

    Dans une crèmerie, sur un marché, je dis pas : yes I cane. Car en général j'inspire confiance aux commerçants (curieusement la réciproque n'est pas vraie).

    Mais je ne pense pas que voler un œuf de Fabergé soit dans mes compétences. 

    D'ailleurs je vois pas pourquoi je le ferais : je trouve ça très très moche.

    Et pour voler un oeuf de dinosaure, faudrait que j'aie vraiment très très faim.