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Le blog d'Ariane Beth - Page 357

  • A bout de souffle

     

    « Qui sème le vent récolte la tempête. »

     

    Là je n'ai qu'un mot : respect. Proverbeuses, proverbeurs, en vérité je vous le dis, rarement vous avez atteint à un telle poésie.

    Quelle métaphore épique. Digne des meilleures envolées hugoliennes. De Rimbaud l'homme aux semelles de vent.

    Vent de tempête.

    Non pas zéphyr printanier caressant le blé en herbe,

    ni légère brise venant alléger la touffeur estivale,

    mais bise hivernale aigre et radoteuse, dans son procès incessant avec les volets,

    en rafales rageuses, tramontane hystérique,

    à vous rendre fada, mistral délirant.

     

    Oui, ce proverbe a un immense pouvoir poétique.

    « Le vent qui souffle à travers la montagne m'a rendu fou. »

    Mais a-t-il raison ? (Le proverbe, parce que pour Hugo c'est sûr, un poète a toujours raison).

     

    Hors accro du cerf-volant, passionné de voile ou chargé du secteur éolien pour la transition vers les énergies renouvelables, peut être suis-je paranoïaque, mais je ne vois pas quelqu'un s'employer à semer le vent avec des intentions totalement pures.

    Sachant que tout vent est tempête potentielle (comme l'incendie est dans la flamme, l'inondation dans l'eau, le séisme dans la terre), nul semeur de vent ne peut ignorer les dégâts éventuels de son acte.

    À moins qu'il ne soit totalement stupide.

    Ou vraiment cynique.

    En tous cas aprèsmoiledélugiste.

    Car il sème le vent, mais est-il pour autant prêt à assumer la tempête ? Ben non.

    Eh oh, y a pas écrit kamikaze, hein ? Une fois son vent semé, il courra aussi sec se planquer à l'abri.

    De façon à ce que ce soient les autres et pas lui qui se prennent en pleine poire les tuiles et les pots de géranium.

    Autrement dit qui sème le vent (hors accro du cerf-volant etc.) est un méchant hypocrite, trouillard et irresponsable.

     

    Qui sème le vent, autant dire que c'est pas l'esprit de générosité spinoziste qui l'étouffe.

     

     

     

     

     

  • "Vérité en deçà"

     

    « Toute vérité n'est pas bonne à dire. »

     Je m'inscris en faux. Toute vérité est bonne à dire. Mais pas à n'importe qui ni n'importe comment.

    Oui c'est exactement comme l'humour. D'ailleurs ...

     

    « Faudrait pas d'abord répondre à la question qu'est-ce que la vérité ? » demandera le lecteur avide de philosopher.

    Réponse : non.

    « Et pourquoi pas ? »

    Un proverbe ne se pose pas ce genre de questions. Ni aucune question à vrai dire. Le proverbe ignore superbement la forme interrogative. Il fait dans l'assertion sans nuances, l'affirmation massive autant que gratuite.

    Alors pourquoi être plus royaliste que le roi ? Comme on dit.

    « Oui mais » ergotera le lecteur toujours autant de philosopher avide « maintenant qu'on est en démocratie ? »

    OK. Rien à redire . Philosophons donc à vide, puisque c'est notre droit de l'homme.

     

    « Toute vérité n'est pas bonne à dire » ne se complète pas nécessairement de « alors on ferme sa gueule », comme si ...

    « Ah quand même ! » s'immiscera encore le lecteur avec un brin de satisfaction.

    Comme s'il n'y avait qu'une vérité. Mais si on dit « Toute vérité n'est pas bonne à dire. Mais y en a des que si », on développe l'idée implicite que la vérité est multiforme, plurielle, relative.

    Il y a des vérités. Quatre parfois, souvent bien plus.

     

    Et du coup, (pense ce proverbe) on peut hésiter à les balancer. Vu que la vérité de l'un ne sera pas celle de l'autre.

    Celui à qui je dis ce que je pense être une vérité ne l'entendra pas toujours, de même que je resterai souvent sourde à sa vérité à lui. Car la vérité est dans le mi-dire (dixit Lacan).

    Traduction : hors d'un rancard des interlocuteurs en terrain symbolique neutre, aucune vérité se pointera non plus.

     

    Depuis ce no man's land, donc, je m'inscris en faux contre ce proverbe. Toute vérité est bonne à dire. Voilà.

    1) Pas forcément toute au sens d'entièrement. Ni toute d'un coup. On peut laisser du temps au temps. Laisser du mou, du flou pourquoi pas. Laisser entendre, suggérer, plutôt qu'asséner.

    2) Toute réponse ou réaction doit être entendue comme une autre vérité potentielle. Ce qui n'empêche pas de poursuivre le débat. Au contraire.

    3) Même si elle est difficile à dire, même si elle a du mal à passer (dans la bouche qui la dit, l'oreille qui l'entend), une vérité ne fera jamais autant de dégâts que le non-dit.

     

  • Ceinture et bretelles

    « Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée »

     

    Mais un peu de doré évite de se serrer la ceinture, non ?

     

    Sans compter que la bonne renommée accompagne plus souvent le doré que le désargenté.

    Car la renommée, comme tant de choses en ce bas monde, ça s'achète. Moyennant des conseillers en renommée.

    Vous savez, ces gens qui associent la réussite d'une vie à une montre dorée.

    « Montre dorée vaut ceinture de sécurité », répètent-ils à l'envi.

     

    Brillance de la renommée, doré de la ceinture : n'est-ce pas la même logique de l'apparence, deux façons pas si différentes d'en mettre plein la vue ?

    Oui d'accord, j'imagine que le proverbe entend sans doute bonne renommée dans un sens éthique.

    Il ne s'agirait pas d'impressionner, mais juste d'être respecté.

     

    Sauf que les proverbes après tout sont des paroles comme les autres : ils ne disent pas toujours (ou pas seulement) ce qu'ils pensent dire.

    Comme dit un vieux dicton en Lacanie « l'inconscient est structuré comme un langage ».

     

    Tiens, puisqu'on en parle, savez-vous que Lacan ne portait pas de ceinture, mais des bretelles ? La preuve :

    « Je-Moi-Même Jacques a dit : Dans le cadre doré du Stade du Miroir, bonne renommée vaut mieux que bretelles remontées. » (Séminaire XXL)