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09/11/2019

Flottement d'âme

La suite complexifie encore le schéma arachnéen qui se met en place depuis la proposition 14. Encore ? (diras-tu lectrice-teur). Oui et c'est pas fini. Mais je te rassure on tient le bon bout.

Je récapitule quand même ?

Fil 1 une circonstance réelle produit un affect.

Fil 2 l'imagination de la circonstance implique l'affect.

Fil 3 des objets pas vraiment semblables, mais assimilables, impliquent des affects semblables.

 

Et voici maintenant le nouage entre le 2 et le 3, l'imagination, non de la circonstance ou de l'objet, mais de la ressemblance.

« Si nous imaginons qu'une chose qui nous affecte habituellement d'un affect de tristesse a quelque ressemblance avec une autre qui nous affecte habituellement de joie de grandeur égale, nous aurons cette chose en haine et en même temps nous l'aimerons. »

(Spinoza Éthique part.3 prop.17)

 

Le scolie qui suit commente :

« Cet état de l'esprit qui naît de deux affects contraires s'appelle 'flottement d'âme', lequel, partant, est à l'affect ce qu'est le doute à l'imagination ».

Lien nécessaire de l'imagination au doute, à cause de ses deux valeurs de re-présentation et de « fictionalisation » : ai-je vraiment joué dans ce film, (ou simplement l'ai-je vraiment vu), ou encore ce scénario est-il réaliste, ou bien suis-je en train de me faire mon cinéma ?

 

Nous aurons en haine et en même temps nous aimerons.

Le récurrent en même temps renvoie ici les lecteurs post-freudiens que nous sommes à la coexistence (et co-action) de l'inconscient et du conscient*.

On a toutes les raisons de haïr (ou aimer) un objet, alors pourquoi le rapprocher d'un objet aimé (ou inversement) ? Y a forcément un truc qu'on sait pas et c'est lui qui nous fait imaginer la ressemblance.

 

*Un nouage encore, que Lacan rend sensible en reformulant par le mot hainamoration le concept freudien d'ambivalence.

 

08:31 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

07/11/2019

De cela seul

« De cela seul que nous imaginons qu'une chose a une ressemblance avec un objet qui affecte habituellement l'esprit de joie ou bien de tristesse, et quoique ce en quoi la chose ressemble à l'objet ne soit pas la cause efficiente de ces affects, pourtant nous aimerons cette chose ou nous l'aurons en haine. »

(Spinoza Éthique part.3 prop.16)

 

Avec cette proposition l'effet double affect (note précédente) se complexifie. On voit se multiplier l'entrelacement des différents fils, tel un tissu neuronal qui se densifierait peu à peu.

Après l'association d'affects résultant de la concomitance de perception, entrent maintenant dans le schéma :

 

1) l'imagination de cette concomitance, autrement dit le fait de se la figurer comme présente, de l'actualiser. Pas nécessairement de façon volontaire, où l'on peut supposer le choix des éléments joyeux/actifs (conatus oblige).

Le problème sera l'imagination fortuite qui risque de charrier de la tristesse.

 

2) la ressemblance entre deux choses, qui (à la complexité comme à la complexité) ne porte pas nécessairement sur un aspect déterminant dans la provocation de l'affect (n'en est pas cause efficiente).

 

Tous ces fils t'embrouillent un brin, lecteur-trice ? C'est un peu normal, alors n'hésite pas à suivre le conseil géométrique de Spinoza : revenir en arrière (dans ces notes, ou mieux, dans l'Éthique) et relire autant de fois qu'il le faudra pour raccorder tous les fils. En principe ça marche, parole d'Ariane.

 

J'ajoute (tant qu'on y est) que l'efficacité inattendue d'une ressemblance apparemment anodine m'évoque le « trait unaire » freudien.

C'est quoi encore ça ?

Le sujet relève chez l'objet de son intérêt libidinal un trait (einzige Zug écrit Freud, un certain trait, Lacan traduira trait unaire) : comportement, langage, apparence.

Ce trait devient pour lui la marque caractéristique de l'objet, si bien que tout autre objet le présentant sera quasi automatiquement gratifié du même intérêt.

Exemple bien connu on tombera amoureux-se selon un « type » comportant un ou plusieurs traits (tel accent, les yeux de telle couleur, il-elle aimera la soupe au chou ou l'astronomie, Platon mais pas Spinoza, ou l'inverse, etc.)

 

08:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

05/11/2019

Deux en un

« Si l'esprit a une fois été affecté par deux affects à la fois, lorsqu'ensuite l'un des deux l'affectera, l'autre l'affectera aussi. »

(Spinoza Éthique Part.3 prop.14)

 

« N'importe quelle chose peut être par accident cause de joie, de tristesse ou de désir. » (Prop.15)

 

« Du seul fait d'avoir contemplé une chose avec un affect de joie ou de tristesse dont elle n'est pas elle-même la cause efficiente, nous pouvons l'aimer ou l'avoir en haine. » (Corollaire prop.15)

 

Cette séquence est simple, facile à vérifier en effet. Un exemple ?

J'ouvre pour la première fois l'Éthique confortablement installée dans un transat (mer, piscine, forêt, jardin, au choix) il fait doux, pas trop chaud, il fait calme, juste bruissements et/ou clapotis.

Que me dis-je en mon for intérieur ? (Voire m'exclame-je, tirant ainsi mon voisin de transat d'une bienheureuse sieste) : « Super livre, il fait un bien fou, Spinoza tu sais quoi je t'aime !! »

 

J'ouvre l'Éthique disons un jour d'hiver quand le ciel bas et lourd etc. en plus le chauffage est en panne, et cerise sur gâteau le voisin s'est mis à enfoncer des clous ce matin à 6 h et il s'arrête pas, de quoi vous rendre marteau.

Du coup c'est moins zen en mon for intérieur : « Nul ce bouquin, du blabla qui sert trop à rien, Spinoza franchement tu commences à me gaver grave ... »

 

Il est clair que ni Spinoza ni son Éthique ne sont causes efficientes de ces différents affects, mais voilà : désormais la mention de Spinoza ou la vue du livre suffiront à me remettre dans le feeling transat ou journée de merde.

Et par voie de conséquence m'inciteront à deux actions opposées : fréquenter toujours plus ce trésor philosophique, ou inversement m'en débarrasser une bonne fois à la déchetterie (ou non tiens plutôt l'offrir au voisin) (eh eh).

 

Bref oui « nous comprenons par là comment il se peut faire que nous aimions ou ayons en haine certaines choses sans nulle raison connue de nous mais seulement par sympathie (comme on dit) et par antipathie. » (Scolie prop.15)

Sans nulle raison connue de nous : une in-connue qui ne peut manquer d'évoquer l'in-conscient freudien.

 

15:38 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)