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21/07/2014

Portrait chinois

Sans me vanter c'est l'été. Or qui dit été dit vacances. Et qui dit vacances dit jeux. Voilà qui tombe bien, car si en temps normal je saisis toute occasion de jouer, alors en temps d'été, pensez donc. D'autant plus si c'est un été pourri où il s'agit de compenser autant que faire se peut les déplaisirs de la météo. Et Dieu m'illumine il semble bien que nous soyons dans ce cas de figure.

 

Jouons donc. Mais à quoi ? Pour le bridge il faut être quatre, et vous êtes tout de même un peu plus nombreux, lecteurs. Pour les échecs j'en suis tellement spécialiste que, Dieu me raboudine, je tuerais le suspense d'emblée. Quant à tous ces jeux fort en vogue où on tue un peu plus que le suspense, style roulette russe ou autre variation du jeu de pan t'es mort c'est moi le plus fort, faut être nationaliste et/ou religieux fondamentaliste et/ou avide de pouvoir pour le pouvoir et/ou d'argent pour l'argent. Bref compenser son impuissance à être humain en étant bête et méchant. Pour nous, Dieu nous spinozise, essayons d'échapper à ces tristes abjections, et jouons pour de bon.

 

Jouons à une variante du classique jeu du portrait, que je connais pour ma part sous le nom de « portrait chinois ». Ce qu'il peut avoir de chinois est pour moi de l'hébreu je le confesse, mais il est vrai que je ne suis pas spécialiste de langues orientales. Il serait plus exact de l'appeler portrait métaphorique et je pourrais vous faire un topo sur la métaphore, figure de style s'il en est, mais on a dit que c'étaient les vacances. Bref portrait chinois veut dire qu'il se dessine à partir de différents « si c'était ... ».

 

Et maintenant lecteur « tu vas creuser » pour deviner qui se cache derrière les métaphores. L'ennui c'est que tu n'as jusqu'ici que rarement réagi dans ce blog, si bien que le jeu risque de ne guère avancer sous la forme interactive qui en est pourtant la caractéristique. Mais bon, si tu n'inter-réagis pas trop, je ferai avec (c'est à dire sans) : Dieu me soliloque, j'ai l'habitude.

By the way : dois-je interpréter ton perdurant silence comme un désintérêt ? De mon persévérant verbiage se pourrait-il que, Dieu me karchérise, tu n'eusses rien cirer ? Ou s'agit-il de la neutralité bienveillante bien connue en terre freudienne. Mais laissons Freud pour l'heure puisque, Dieu me principedeplaisirise, on a dit que c'étaient les vacances.

 

Lors donc portrait chinois : si c'était un animal, un végétal, une couleur, un paysage, un plat etc. Alors voilà, ça y est, j'ai choisi quelqu'un. A propos de qui je vais m'employer à dire absolument n'importe quoi. Donc pas Montaigne ni Spinoza, puisque pour eux c'est fait. Ni Freud on fait un break, puisqu'on a dit que c'étaient les vacances.

 

Si c'était … ?

 

 

16:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

16/07/2014

"Un court circuit"

L'autre économie psychique réalisée grâce au Witz est une économie d'effort intellectuel. Et c'est essentiellement celle-ci que réalise le mot d'esprit « non tendancieux », c'est à dire qui ne satisfait ni hostilité ni obscénité. Il fait entendre intuitivement, par le moyen d'une simple allusion, une relation entre deux éléments, deux domaines, qu'il faudrait sans cela démontrer par un raisonnement parfois long et complexe. C'est comme un court-circuit, dit Freud.

« Ce « court-circuit » est d'autant plus grand que les deux domaines de représentation mis en relation grâce au même mot sont étrangers l'un à l'autre, et que, donc, l'économie réalisée sur le cheminement de pensée grâce au moyen technique du mot d'esprit est importante. »

 

Il donne en exemple le célèbre mot italien « traduttore-traditore » (traducteur-traître). Il explique que c'est vraiment un « bon » mot d'esprit. Certes il ne provoque pas le gros rire gras, comme le ferait une vacherie, une obscénité. Mais il apporte son comptant d'hilaritas grâce à un plaisir plus fondamental.

« Nous remarquons chez l'enfant, qui, on le sait, est encore habitué à traiter les mots comme des choses, l'inclination à chercher derrière les sonorités de mots identiques ou similaires une signification identique, inclination qui est source de nombreuses erreurs dont rient les adultes. »

 

Et Freud d'émettre l'hypothèse que les jeux de mots qui nous font le plus de bien sont ceux où le raisonnement de l'adulte (lié par l'obligation sociale de signification du langage), peut légitimer la croyance enfantine que les mots sont des choses et, comme les choses, « parlent d'eux-mêmes ». Autrement dit ceux qui nous permettent de jouer sur les deux tableaux, d'être à la fois adulte et enfant : court-circuit dans le temps. Mais surtout court-circuit dans le mode de pensée, lorsque la contrainte de rationalité et la liberté de créativité cessent de s'exclure. Là se produit un certain bonheur d'unification, d'attente comblée. Freud le nomme tout simplement « plaisir de reconnaître ». Et de nouveau replace le Witz dans un contexte esthétique plus global.

« Que la rime, l'allitération, le refrain ainsi que d'autres formes littéraires de répétition de sonorités verbales similaires exploitent la même source de plaisir, à savoir le fait de retrouver du connu, voilà qui est universellement reconnu. »

 

 

Traduttore-traditore remplit toutes ces conditions. C'est du jeu de lego ou de carambolage entre syllabes, ça rime : plaisir d'enfant. Mais « le traducteur n'est pas seulement un nom similaire à celui de traître, il est aussi une sorte de traître, c'est pour ainsi dire à juste titre qu'il porte son nom », se dit l'adulte qui a compris ce que parler veut dire : substituer au silence parfait du monde des mots toujours imparfaits, toujours insuffisants, toujours discutables. Des traîtres-mots.

14:31 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

12/07/2014

"Thrift thrift Horatio"

Hamlet a ces mots cyniques alors qu'il est en train de parler de la pluie et du beau temps avec son pote Horatio (Acte1,sc2). Il est scandalisé par le sens de « l'économie » (thrift) de sa maman remariée sitôt veuve. Une économie qu'il image dans une métaphore : c'est comme si les restes de la viande froide servie à l'enterrement de Papa avaient été réutilisés pour le banquet de remariage avec Tonton.

Freud aime beaucoup Shakespeare en général et en particulier Hamlet, en qui il voit une magistrale illustration de sa théorie du complexe d'Oedipe.

« Ce n'est guère un hasard si trois des chefs d'oeuvre de la littérature de tous les temps, l'Oedipe-Roi de Sophocle, le Hamlet de Shakespeare et les Frères Karamazov de Dostoïevski, traitent tous du même thème, le meurtre du père. » (Dostoïevski et le parricide.1928)

 

Il fait cette citation thrift thrift à l'appui d'une des idées centrales de son livre sur le Witz. Si les mots d'esprit, plaisanteries et autres histoires drôles nous plaisent, c'est qu'ils nous évitent de la dépense psychique.

 

D'abord en nous permettant de relâcher un peu la répression, fort coûteuse en tension, que nous sommes obligés d'assumer envers certaines de nos tendances, inacceptables pour le fonctionnement social. Elles peuvent au contraire se donner libre cours impunément sous la forme humoristique.

« Là où le mot d'esprit ne constitue pas une fin en soi (donc dans les cas différents du pur jeu des mots entre eux, dont on causait la dernière fois et auquel on va revenir après ce détour indispensable) il se met au service de deux tendances, qui peuvent elles-mêmes être envisagées d'un point de vue unique : il s'agit soit du mot d'esprit « hostile » (celui qui sert à commettre une agression, à faire une satire, à opposer une défense), soit du mot d'esprit « obscène » (qui sert à dénuder). »

 

Les mots du prince Hamlet obéissent à ce principe d'économie psychique, laissant libre cours sous forme « plaisante » à l'hostilité/obscénité de ses relations embrouillées à Papa Maman Tonton. On peut d'ailleurs remarquer qu'Hamlet passe son temps à balancer tous azimuts un max de sarcasmes, à Polonius, au Tonton honni, à Maman chérie/détestée, et même à cette pauvre Ophélie qu'il est censé aimer. Hamlet joue avec les mots pour se jouer des gens, et aussi de lui-même, car il est doué pour l'autodérision. Une manière, dira Lacan qui en connaissait un rayon sur l'usage du sarcasme et de l'autodérision, de repousser autant que possible le moment de passer à l'acte. En l'occurrence tuer Tonton qui a tué Papa pour baiser Maman, dixit le fantôme de Papa qui a décidé de pourrir la vie de son fiston en lui faisant régler ses propres comptes. Un must dans le théâtre, comme on voit aussi avec le Cid. Et si ce n'était que dans le théâtre. Mais ne nous égarons pas.

 

 

10:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)