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13/08/2014

Phrases (2) Pas sérieux

« J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse. »

 

D'un auteur à peine plus vieux que le précédent, une phrase du poème Phrases (dans Illuminations).Titre parfait. Au fond tous les romans devraient s'appeler Romans, les essais Essais, d'une manière générale tous les écrits Écrits. Le reste est interprétation du lecteur. Le titre n'est pourtant pas de Rimbaud lui-même. Après s'être investi à fond 3 ou 4 ans dans sa création, avoir cru à mort à la nécessité de la poésie en général et la sienne en particulier, il s'en alla faire autre chose, de préférence n'importe quoi, laissant derrière lui les feuilles de ses poèmes que Verlaine, Germain Nouveau et quelques autres ramassèrent à la pelle.

 

Mais Illuminations est son titre c'est sûr. D'après Verlaine, il travailla ces poèmes comme des enluminures. L'enluminure donne écho visuel à la lettre, explore sa forme, ouvrant ainsi ses potentialités sémantiques dormantes. Comme un atome rompt sa liaison moléculaire lors d'une réaction chimique, la lettre enluminée défait sa liaison avec les autres lettres du mot, se délie du signifié. Comme dans la réaction nucléaire se dégage alors une énergie, un éclair de lumière, une illumination. Un des modes de l'alchimie du verbe.

 

Mais je bavarde je bavarde. Parlons peu parlons bien

1° Rimbaud ne craignait pas le vertige, il avait le cœur bien accroché, la preuve il n'hésitait pas à prendre le bateau bourré.

Pour tendre les cordes de clocher à clocher il a dû demander l'aide de Quasimodo. Du coup il a vu Esméralda qui dansait en bas sur le parvis. Voilà qui explique les tenants et aboutissants de ce poème.

3° Les guirlandes n'étaient pas en papier crépon sinon Rimbaud serait mort d'un accident de funambulisme, ou se serait au moins cassé la jambe. Ah oui c'est vrai qu'il est quand même mort après l'amputation de sa jambe. Mais c'était longtemps après renoncé au funambulisme poético-cosmique et s'être reconverti dans le commerce, après être devenu un homme sérieux.

4° Là-haut au milieu des étoiles la pesanteur ne joue plus, pour y faire le funambule faut vraiment s'accrocher.

5° En plus avec ces satellites dans tous les sens …

Nuit étoilée de Van Gogh, même danse, même illumination.

7° Et aussi :

Une chanson à danser qui raille l'esprit de pesanteur, mon diable très haut et très puissant dont ils disent qu'il est le « maître du monde ».

Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra

 

 

 

09:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

08/08/2014

Phrases (1) A l'élève inconnu

« Je lui ai appris ce que je savais, et nous avons appris ensemble ce que je ne savais pas. »

 

Petite devinette : de qui est cette phrase ? Auteur français, traduction ? Texte de quelle époque ? Phrase d'un personnage dans une œuvre de fiction ? Quel contexte événementiel, âge, sexe des protagonistes, ce je ce nous ? Et si c'était plutôt extrait d'un apologue philosophique ? D'un journal, d'une autobiographie ? Phrase d'un vieux sage au crépuscule de sa vie, se livrant à un bilan paisible. Ou désenchanté ?

Cette phrase je l'ai trouvée il y a quelques années dans une copie de brevet. J'ouvre ici une parenthèse pour souligner l'utilité absolue du Brevet des Collèges. Un des Fleurons Incontestés d'un système d'enseignement que la galaxie entière nous envie : créativité des sujets, rigueur subtile du barème de correction, suspense insoutenable des résultats, tant de joies exaltantes à vivre par correcteurs et candidats unis dans la même sueur pédagogique.

L'épreuve de français propose un texte-support, sorte de couteau-suisse qui sert à tout, qui supporte à la fois des questions de compréhension et de langue et un sujet d'écriture. Lequel ce jour-là, à partir d'un extrait de Le Clézio, demandait au futurbreveté de s'identifier à un vieux SDF recueillant un gamin paumé ou l'inverse je ne sais plus. (Ce qui console de n'être pas écrivain nobélisé ni zable, c'est la certitude qu'aucun de ses textes ne deviendra texte-support. Non allez je suis sincère, en échange du Nobel ou à la rigueur du Fémina je supporterais toutes les épreuves qu'on voudrait).

En fait d'épreuve ce fut celle de me plonger, par 30°C et raboudinée sur une chaise bancale, dans les copies empilées devant moi sur le bureau tagué. Tags au demeurant pas plus inspirés que les copies, ce qui ne laissa pas de m'interroger, dans la mesure où contrairement à elles, ils ne pouvaient qu'être le fruit libre d'une création libre.

Or donc, dépliant dans une mornitude assoupie une énième copie double pattemouchée de propos convenus dans une orthographe et une syntaxe résolument libertaires elles, voici que je tombai sur la phrase-support de cette note. L'auteur accordant sans exception ses participes au masculin, j'admis que c'était un garçon. Par quel miracle un garçon de 15 ans portait-il déjà en lui comme une évidence le secret d'être parent, le secret de l'amour en général ? Et aussi, Dieu me maïeutise, le secret de la pédagogie, si bien que cette phrase pleine de sens me consola de l'absurdité de mon occupation correctrice. Oui là, à même la table taguée, tout comme Claudel fut saisi par la foi derrière un pilier de Notre-Dame, et Proust par une blonde madeleine au fond de sa tasse de thé à la Bergotte euh bergamote.

Probablement l'élève inconnu, inconscient de la sagesse inscrite en lui, livra-t-il sa phrase simplement comme au printemps l'arbre forme sa fleur.

J'espère que dans sa vie les fruits passeront la promesse des fleurs.

 

Quant à moi le parfum de ses mots m'extasie encore.

12:51 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

05/08/2014

Parce que (2)

Le moyen de transport

Chérubin, bon d'accord c'est téléphoné. Mozart-Chérubin, Mozart-Papageno, évidences tartalacrémesques. Mais si justes. Sans doute se trouvait-il embarqué sur les ailes du vent, dans ses grands moments d'inspiration, mais ce qui est sûr c'est qu'en l'écoutant on plane.

 

Trois

Pas besoin de grandes explications, là encore. Juste évoquer le trio de grâce, de magie, le trio fragile et puissant comme la vie elle-même, celui de Trois Enfants/Anges/Génies ou quoi que ce soit dans La Flûte. Ben oui la Flûte encore, j'y peux rien, au chef d'oeuvre comme au chef d'oeuvre. Et encore, tiens, Papageno qui compte ein zwei drei ...

 

L'instrument de musique

Outre les trois cités, j'aurais pu en choisir un autre, le plus accordé à notre vibration intime, à chacun de ses moments, de ses nuances : la voix. Les voix de Mozart, où le souffle se fait chair, où la chair laisse affleurer son âme. Hystérie somptueusement surjouée de la Reine de la Nuit orgueilleuse et blessée, vertige vertigineux de Don Giovanni dans sa danse au bord de l'abîme, désir palpitant et soyeux de Chérubin. Et le bouleversant Incarnatus est de la Messe en ut mineur, se déployant comme une rose ouvre ses pétales ...

 

L'arbre

Il s'agit du bosquet de pins au 4°acte des Noces de Figaro. Suzanne y donne rdv au comte selon un plan de la comtesse. Le but est de confondre l'infidèle, qui la délaisse pour draguer précisément Suzanne. Pour préparer le billet doux, à la fois faux et vrai, c'est le duo Sotto i pini, sous les pins. Duo si doux lui aussi, malicieux, nostalgique, sensuel, dans lequel la comtesse fait à son volage une déclaration d'amour par personne interposée et sous couvert de ruse lui livre un pur chant d'abandon.

Sous les pins chacun viendra chercher sa chacune, la vérité des cœurs et du désir se dira dans la nuit, à l'aveuglette, en hommage au petit dieu Eros. Sous les pins, Suzanne attendant son rdv chante une lumineuse aria deh vieni o gioa bella. Un des plus suaves parmi ces chants où les personnages de Mozart, hommes et femmes, se laissent habiter par la grâce d'aimer, fût-elle déchirement ou angoisse. Sous les pins, Suzanne, contemplant le ciel de nuit où palpitent les étoiles, exhale en écho cet air de lumière nocturne. Sous les pins Suzanne la soubrette, qui a revêtu l'habit de la comtesse, lui prête sa voix propre où s'unissent la plainte lancinante du porgi amor qui inaugure le 2° acte et la nostalgie d'amoureuse brisée du dove sono au 3°acte.

 

Là sous les pins dans la nuit d'été, Mozart a donné à son personnage la voix-même de l'amour. Une voix fragile, qu'un rien peut briser dans la nuit, une voix immortelle pourtant. 

19:51 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)