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04/04/2013

Horizon démocratique ?

 

Je trouve que les premiers sièges sont communément saisis par les hommes les moins capables, et que les grandeurs de fortune ne se trouvent guère mêlées à la suffisance (à la capacité).

Essais I,23 De l'institution des enfants.

 

C'est clair. Bien vu. Bien envoyé. On pense d'emblée aux vulgaires vaniteux cyniques et âpres au gain qui nous gouvernent depuis quelques décennies, tous partis confondus. Mais non ce n'est pas du populisme, c'est de la lucidité.

Quand Montaigne écrit cela, c'est au coeur du système C comme castes, aristocratie, monarchie de droit divin et autres errements encore très en forme à son époque. Il pouvait l'écrire, lui, avec un certain optimisme, en se disant qu'on finirait par mettre au point un meilleur système.

L'ennui, c'est que nous qui en sommes au système D comme démocratie, nous pouvons entièrement souscrire encore à cette phrase. D comme décourageant. Tout ça pour ça. La gangrène démagogique qui prolifère dans le corps démocratique. Le cynisme de tant de « responsables » (sic) politiques qui, comme ceux cités plus haut, vivent tels de gros rats sur le fromage en prêchant l'abstinence à la masse des petits rongeurs plus faibles. La fatuité des prétendus savants ou soi disant penseurs qui édictent les cadres du conformisme à l'usage de « l'opinion publique ». Le sourire grimacier des fils de pub ou des ravis du divertissement qui décervèlent en se prenant la tête. Le conformisme béat du consommateur marqué au logo de Panurge. L'effrayante résignation des perdants à leur défaite.

Le plus terrible, c'est que le le pouvoir n'est pas, à proprement parler, pris par les dominants, il leur est abandonné par le citoyen conditionné à s'identifier à eux. Cela ressemble, comment dire, oui c'est ça, à une servitude volontaire. C'est terrible, mais c'est logique. Le Marché disqualifie nécessairement deux ou trois broutilles du genre vérité, sens du bien commun, justice, dignité. Donc le pouvoir est nécessairement pris par les menteurs, les tricheurs, les rameneurs de couverture à soi, les piétineurs d'autrui plus faible que soi, les après moi le Déluge.

Oui bon, ça sert trop à rien de dire ça, vaudrait mieux agir. Mais enfin ça fait quand même du bien de le dire. Agir comment ? That is the question.

J'ai lu l'opuscule de Dany Cohn-Bendit intitulé Pour supprimer les partis politiques !? (la double ponctuation, du Dany tout craché …) et sous-titré Réflexions d'un apatride sans parti. (Editions Indigène fév.2013). Analyse parfaite, vision très claire des axes d'action à privilégier, ce qui est déjà important, certes. Mais la question du comment reste entière. Inefficience, voire nuisance du fonctionnement politique actuel confisqué par une caste de partidaires professionnels : oui, c'est vrai. Mais alors comment et avec qui créer le rapport de forces pour que le système démocratique se refasse une santé ? Sur quels ressorts agir dans les structures comme dans les individus ?

 

12:34 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

02/04/2013

Autres chinoiseries

 

La joie est en tout ; il faut savoir l'extraire. (Confucius)

 

L'extraire ? Pour en faire quoi ? Une joie d'alambic bien distillée, à siroter tranquille ? Isoler une essence de joie dont on parfumera son petit home ou sa grande âme (ou l'inverse) loin du monde laid et de ses puanteurs ? Une sagesse version Harpagon ? Si la joie est en tout, eh bien y aller voir, en tout. Voir si la joie y est, voir à y être joyeux.

Moralité : extraire, non, exister, oui.

 

C'est être bien riche que de n'avoir rien à perdre. (Proverbe)

 

Sauf qu'on a quand même toujours au moins une chose à perdre, que l'on sait fatalement devoir perdre, oh rien, une broutille : la vie. L'angoisse de perte, et par conséquent l'aspiration à s'enrichir, à se faire un petit ou grand pécule, une assurance de quoi que ce soit (argent bien sûr, richesses matérielles, mais aussi richesses symboliques telles que pouvoir, considération, ou même connaissance et culture) reposent en dernière instance sur l'angoisse de cette perte ultime et inéluctable. Avec cette perte en ligne de mire, on n'en aura jamais assez, on manquera toujours.

Comment être riche alors ? En prenant la question par l'autre bout, en considérant qu'on a rien à gagner. Rien de spécial j'entends, rien dont on se dise « c'est ça ou rien ». A ce moment-là, on peut prendre tout ce qui vient en se disant : de toutes façons c'est du bonus.

Objection : oui, oui, mais n'est-ce pas une parole, non d'or, mais de vermeil, comme la carte du même nom ? Une sagesse bonne pour les mémères dans ton genre ? Quoique. Il y a paraît-il des pépères qui veulent gagner plein de choses encore, comme des élections, des guerres contre le terrorisme ou le chômage ... Mais surtout n'est-ce pas démobilisateur quand on est jeune ou seulement « encore jeune » de se dire qu'on n'a rien à gagner ?

Objection retenue. Ce que j'en dis, c'est pour moi qui suis dans la dernière ligne droite. Quant à vous les jeunes, profitez que vous n'avez pas encore d'arthrose, et mettez-vous la barre plus haut.

 

Vous n'avez rien à perdre.

 

 

15:43 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2013

Pas capital (3)

 

 

Le chapitre 20 du livre I des Essais a pour titre Que philosopher c'est apprendre à mourir

 

Pas franchement vendeur. Encore un qui n'aurait pas été foutu d'avoir sa Rolex à 40 ans, dirait le grand philosophe Séguéla.

Quoique. Pas vendeur, faut voir. C'est un titre qui se prête partiuclièrement au jeu de Belle Marquise vos beaux yeux : Que mourir c'est apprendre à philosopher, qu'apprendre c'est mourir de philosopher …

Qu'est-ce qu'on s'amuse. Pas sans rapport avec la différence entre l'optimiste et le pessimiste, vous connaissez ? L'optimiste trouve que la situation est grave, mais pas désespérée. Le pessimiste trouve que la situation est désespérée, mais pas grave. Montaigne est-il pessimiste ou optimiste ? (Pour un débat entre Alphonse Allais et Archibald Haddock)

 

Bref, je voulais vous citer ces phrases du chapitre, où Monsieur des Essais formule un non-capitalisme version existentielle.

 

Où que votre vie finisse, elle y est toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace, elle est en l'usage : tel a vécu longtemps, qui a peu vécu ; attendez-vous y (allez-y à fond) pendant que vous y êtes. (…) Un petit homme est un homme entier, comme un grand. Ni les hommes ni leur vie ne se mesurent à l'aune.

 

D'où la devise à opposer au totalitarisme marchand qui règne sur nous corps et biens (et états d'âme pour ceux qui en ont) : l'aune y soit, mal on pense.

 

Dans la peinture chinoise (encore la Chine ...), il y a le concept de l'unique trait de pinceau. Ce concept ne considère pas la valeur particulière du trait, couleur, forme etc. Il vaut en tant que matérialisation de la fonction « peindre ». Ainsi, d'une certaine manière, chaque trait est homogène à tout le tableau, et tous les traits, pour différents qu'ils soient, sont l'unique trait. Peu importe alors la quantité de traits de pinceau, ni sans doute leur qualité, ni leur agencement plus ou moins réussi. Dès le premier trait, l'art de peindre est là, absolu, unique.

 

Du côté de chez Spinoza (encore le Spin ...) ça donne :

Perfection et imperfection ne sont donc, en vérité, que des manières de penser, à savoir, des notions que nous forgeons habituellement du fait que nous comparons entre eux des individus de même espèce ou de même genre : et c'est pour cette raison que j'ai dit plus haut que quant à moi, par réalité et par perfection j'entends la même chose.

(Ethique, Préface de la partie IV)

A suivre

17:42 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)