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07/04/2014

Raboudiner

Nous sommes à l'école maternelle Saint-Robert, vendredi après-midi. Et le vendredi après-midi à Saint-Robert, c'est atelier pâte à modeler.

« Bon les enfants, vous raboudinez un peu la pâte et puis vous façonnez votre figurine … Voilààà c'est bien …

Regarde, regarde, maîtresse !

Oui Toto ? Arrgh ! C'est quoi cette hor ... C'est bien Toto, ton euh … Euh ?

Un rat, maîtresse, il est beau, j'a fait le plus beaucoup boudiné que j'a pu ! »

Vous avez un doute sur l'authenticité du sens que je prête à raboudiner dans une tranche de vie venue illustrer ce sémantisme abscons ? Je vous laisse en décider en votre âme et conscience. Juste je vous pose la question, si raboudiner n'est pas acrabouiller un morceau de pâte à modeler sur un espace plan, avant de le bloutchiquer en une forme vaguement oblongue qu'on allonge en la roulayant sur le même espace plan, c'est quoi alors raboudiner ?

 

A propos de pâte à modeler, raboudiner, j'entends le mot lui-même, se prête à merveille à un jeu que Leiris (ethnologue et écrivain français 1901-1990) a nommé Souple mantique et tics de glotte. En effet, comme Toto le raboudinage sur pâte à modeler dans la classe des moyens de l'école maternelle Saint-Robert, on peut pratiquer le raboudinage sur la pâte à mots, appelée communément langue. Pour cela prendre un mot. Ici ce sera le mot raboudiner, car on l'a sous la main autant que sur la langue, et pourquoi se compliquer la vie, elle est déjà pas si facile depuis qu'on a quitté la classe des moyens de Saint-Robert.

Décomposer le mot, puis recomposer autrement les syllabes et lettres. Exemple. Raboudiner pourra donner : rat, boudiné (mots remarquablement figurés par Toto dans son raboudinage à Saint-Robert), rab, où, dîner. Ça c'est évident. Et puis il y a aussi : rabbin, rabot, adouber, barouder, bouder, boudin, bouée, bidet, radin, radis, radiner etc.

En piochant dans la liste ainsi obtenue, écrire une « définition » pour le mot de départ. Exemple. Raboudiner : « ne pas être radin en rab au dîner, pour le besoin des bouées de gros boudins. »

 

Ici ma pointilleuse déontologie me souffle que je n'ai pas le droit de vous laisser ignorer plus longtemps le « vrai » sens, robertiquement homologué.

Raboudiner : mot de l'Ouest (Normandie) d'origine inconnue. Région.(Canada) fam. (Entre nous Robert a l'air super branché Canada cf Job)

1 Rafistoler, bricoler. 2 Bafouiller, marmonner. 3 v.pron. Se recroqueviller

 

 

Vexé, tout raboudiné sur sa table, Toto finit alors de raboudiner son rat en pâte à modeler, non sans raboudiner en son for intérieur : « Y plaît pas à la maîtresse mon rat, m'en fous je le donnerai à ma Maman, na ! »

10:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

02/04/2014

Quasar

Dans le Q de Robert … Quoi, qu'est-ce que j'ai dit ? Je dis quoi alors ? Au Q de Robert ? A la lettre Q du dictionnaire Robert (ça va comme ça, je peux continuer ?) c'est, entre autres, une sorte de festival science et poésie. Nombre de mots n'y dépareraient pas les plus subtils haïkus (prononcer a-ï-kou). Des mots qui tirent leur potentiel poétique premièrement de leurs sonorités, deuxièmement de leur hermétisme. Du moins pour les profanes dont je me flatte d'être, et arrêtez de faire les malins, je suis sûre que si on faisait un petit sondage parmi le quatrillion de lecteurs de ce blog, on ne trouverait qu'un infime pourcentage de docteurs en physique nucléaire, en astronomie ou en mathématique ...

Alors, « quatrillion », dites un chiffre ? … Ah, vous voyez, bande de frimeurs ! Comme je suis sympa je vous évite d'ouvrir Robert.

« Quatrillion (1765) 1 vx Mille trillions, soit 10 puissance 15 (je l'écris comme ça parce que je sais pas où est la fonction exposant du clavier). 2 (1948) Mod. Million de trillions, soit 10 puissance 24. »

Je ferai les remarques suivantes.a) félicitations à ceux parmi vous qui seraient allés par eux-mêmes chercher la définition, ça prouve que vous êtes curieux, donc doués d'esprit scientifique, tout non-docteurs en mathématique que vous soyez. b) l'inflation existe aussi en mathématique. De puissance 15 à 24 en environ deux siècles, j'ai du mal à évaluer si ça met en danger notre économie mais c'est comme pour le nucléaire, vaut mieux ne pas laisser l'info aux seuls experts. c) pour le nombre de lecteurs du blog quatrillion s'entend au sens de 1765, soit 10 puissance 15 vous voyez je suis pas mégalo.

 

Quant au quasar c'est clairement un « astre d'apparence stellaire, source d'ondes hertziennes dont l'émission est supérieure à celle d'une galaxie ». Et supérieure sans conteste à la plupart des autres émissions en ondes hertziennes, celles d'Arte incluses. Car franchement, côté poésie, ce mot a du génie. D'abord la rime avec hasard et tous les abolis bibelots d'inanité sonore qui ne manqueront pas d'en découler, et puis « astre d'apparence stellaire », bonne base pour tenter une expérience d'alchimie du verbe, avis aux amateurs. En tous cas,

 

Les quasars vont chantant dans l'espace stellaire

Quanta par quatrillions vers l'étoile polaire

Dans un éclat de quartz on compte pas les quarks

L'univers est si beau qu'on en est sur le cul

On danse le quadrille et on nique les Parques

Dans Robert le petit à la page de Q

 

 

 

 

 

 

 

15:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

29/03/2014

Pas-d'âne

La réalité des vocables dictionnairesques dépasse la fiction des délires néologiques les plus rimbaldiens. Franchement, qui d'entre vous, lecteurs philologues, eût parié qu'un tel mot existât ? Et davantage, qui d'entre vous, lecteurs de bon sens, eût envisagé que Robert notât ce mot dans ses pages ? Et pourtant il le note. En outre – et là attention on entre carrément dans le grand n'importe quoi – non content de squatter son bout de page style je suis un vrai mot moi aussi, le pas-d'âne se paye tenez-vous bien trois sens différents !

Robert commence par nous informer qu'il est entré dans la langue en 1497, (non pas Robert, le mot) ce que j'avoue je n'aurais pas soupçonné mais que je suis bien aise de savoir, car me voici libérée d'un doute récurrent : était-ce en 1496 ou 1498 que pas-d'âne s'est pointé sur ses gros sabots à la porte de notre belle langue française ? Tel est je l'avoue, du moins était jusqu'à ce jour béni, le leitmotiv obsessionnel de mes interrogations insomniaques. Vous ne pouvez imaginer de quel poids je me sens soulagée !

En 1497, puisque 1497 il y a, le mot est synonyme de « mors ». Pourquoi vient-il ainsi faire concurrence à un mot qui faisait correctement le job (la job?) depuis plus d'un siècle, le mot mors étant entré dans la langue en 1386 (attention pas 1387 ni 1385, pas de blague, hein?). Et surtout, pourquoi pas-d'âne plutôt que pas-de-mule ou pas-de-cheval, voire pas-de-boeuf ? Abîmes étymologiques ! Cheminements sociologiques ! Labyrinthes psychologiques ! Et le pire c'est que « mors » n'est même pas répertorié dans les 3 sens de Robert, va savoir pourquoi.

1 (1538) : Tussilage (aucun rapport c'est une plante – entre nous Robert a dû en fumer une autre la nuit d'insomnie où il régla son compte à pas-d'âne).

2 (1769) : Instrument servant à maintenir ouverte la bouche d'un cheval (on dit pas la gueule ? Non ? J'y connais rien aux canassons) quand on l'examine. Je réitère alors ma question : pourquoi pas « pas-de-cheval » ?

3 (vx) : Garde d'une épée qui protège la main.

C'est pas pour foutre encore plus la pagaille, mais questions : qu'a fait le mot entre 1497 et 1538 ? La phrase buissonnière sans doute pour se retrouver avec ce sens botanique. Mais plus troublant, qu'a-t-il fait entre 1497 et 1769 ? Aurait-on cessé subrepticement durant près de 300 ans de passer des rênes aux ânes et/ou chevaux sans que nous le sussions jusqu'à ce jour de 2014 où enfin nous ouvrîmes Robert à sa page 1819 ? Quant au sens 3, vx, c'est à dire vieux, soit. Pas plus vieux que 1497 ça c'est carrément impossible, mais sinon, plutôt 1538 ou 1769 ? Et que vient faire l'épée dans cette galère ?

 

Je crois avoir la réponse. Moi, si au jeu du dictionnaire j'avais pondu une définition aussi insensée, alors telle Vatel désespérant de l'arrivée de la marée, folle de honte, je me serais jetée sur l'épée.

 

Pas d'âne m'a tuer.

12:53 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)