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06/04/2017

Un point partout

« Tout vient à point à qui sait attendre. »

 

On sait que l'humanité se divise en deux catégories : ceux qui sont toujours en avance et ceux qui sont toujours en retard.

Mais peut-on affirmer avec certitude lesquels sont les plus patients ? Il faut sur ce point éviter les conclusions hâtives.

 

On aurait spontanément tendance à dire : les avançards sont nécessairement plus patients.

À force de passer leur temps à attendre, la fonction finit par créer l'organe en quelque sorte. Plus tu es en avance, plus tu accumules de temps d'attente, plus tu pratiques la patience. Vu que tu n'as pas le choix.

Et ainsi à force de pratiquer la patience, elle devient partie intégrante de ton être.

C'est le propos bien connu de Pascal : faites comme si vous aviez la foi, eh bien au bout d'un moment vous verrez vous serez croyants. Miraculeux, non ?

 

Mais on peut tout aussi bien argumenter à l'inverse.

Qui est systématiquement en avance, c'est que sa nature le porte à aller plus vite que la musique. Le genre qui anticipe le retour au moment du départ, qui envisage toujours le coup d'après. Bref il est par excellence d'une nature impatiente.

L'avançard est donc un être paradoxal, patient et impatient à la fois.

 

Le retardataire ce sont les autres qui l'attendent.

Par définition il n'attend jamais, n'a donc jamais à faire preuve de patience. Ni d'impatience. Quel est-il donc réellement ?

Pour en décider, tentons une expérience de pensée.

Imaginons un rendez-vous entre avançard (A) et retardataire (R) où les rôles pour une fois s'inversent.

 

R attend. Depuis une bonne demi-heure maintenant.

Curieux inconfort psychologique jamais éprouvé : dépendre de l'autre. Ne pas être seul maître du tempo. Être délogé de son égocentrisme.

Bref plus le temps passe plus l'agacement le gagne.

Arrive A.

R : Ah quand même ! Qu'est-ce que tu foutais ? T'as vu l'heure ?

A : Oui, enfin non justement ... Mais c'est pas si grave, on n'est pas aux pièces, si ? Faut déstresser, prendre la vie comme elle vient …

R : C'est pas marrant d'attendre.

A : Déconne ! Moi j'adore figure-toi, et je te remercie de m'en avoir si souvent donné l'opportunité.

R : Tu te fous de moi ?

A : Ben oui. Chacun son tour. Ça fait un moment que j'attendais … l'occasion.

 

 

 

 

09:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

04/04/2017

Convois

 

« Les chiens aboient la caravane passe. »

 

Dit le bon sens caravanier. À quoi le bon sens canin ne manquera pas de répliquer : les chameaux blatèrent, la meute trace.

Tout dépend de quel point de vue on se place.

 

Le débat se complique si l'on poursuit : qui va à la chasse (avec ou sans son chien) perd sa place (au choix dans la caravane, la niche ou le chenil).

Bref ce qu'il y a de plus clair c'est qu'un clou chasse l'autre.

 

À propos de clou, encore un proverbe fait pour remuer le couteau dans ma plaie phobique.

Par exemple là je ne me vois ni du côté des chiens ni de celui des chameaux. Ou dromadaires je sais pas (faudrait que je travaille cette histoire de bosses).

D'ailleurs avouez qu'on dit rarement à quelqu'un qu'il est chien ou chameau dans l'intention de lui faire plaisir. On doit s'attendre à une riposte cinglante :

« Dromadaire, dromadaire, est-ce que j'ai une gueule de dromadaire ? »

 

De toutes façons pour revenir à moi (ce qui est bien l'essentiel), j'ai tendance à ressentir tout animal comme menaçant. Sauf les tout petits, mais à condition qu'ils n'aillent pas vite.

Genre l'escargot, mon favori. On voit tout de suite qu'il se sent lui aussi plus menacé que menaçant.

L'escargot limace la poule déboule.

 

Je sais je ne suis pas rationnelle sur ce point (et c'est bien le seul). Vu que le pire prédateur sur terre est l'être humain. Y compris et surtout pour lui-même.

Chose vérifiée depuis la nuit des temps, particulièrement dans les époques obscures où les lumières ont surtout brillé par leur absence.

Je ne dis pas cela pour déblatérer sur la nôtre.

 

Quoique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

01/04/2017

Rolling stone

 

« Pierre qui roule n'amasse pas mousse. »

 

Ce proverbe, dit mon dico, se veut un encouragement à la persévérance et à la cohérence.

Genre que si tu essaies trop de trucs dans trop de directions différentes, si tu s'accroches pas un temps suffisant même que les résultats sont pas là immédiatement, eh ben tu creuses pas ta carrière tout ça.

Sur le fond d'accord. Faudrait que je sois sacrément de mauvaise foi pour contester cette idée, au vu de ma propre expérience.

Cependant je ne suis pas sûre que la métaphore soit des mieux choisies.

 

En effet, peut être suis-je mal renseignée, mais quel est l'intérêt d'amasser de la mousse ? Je m'interroge. Et encore plus sur une pierre ??

Intérêt esthétique ? Faut aimer le pas net alors. OK si on évoque par là le style grunge, Kurt Cobain tout ça, mettons.

Mais globalement mousse sur pierre égale surtout moisi.

Intérêt économique ? Aucune idée de la cote en bourse de la mousse, mais ça doit rarement atteindre des sommets.

Et d'ailleurs à partir d'une certaine altitude, la mousse s'appelle lichen. Non ? Me jetez pas la pierre je n'ai étudié ni la botanique ni la géologie.

Quoique. Pierre et mousse ça peut payer sur une toile de Monet ou Cézanne. Synthèse esthétique et gros cailloux.

 

Bref à mon idée une fois de plus le proverbe ne dit pas ce qu'il veut dire. Il dit autre chose qui est au fond ce qu'il voulait vraiment dire, mais sans le savoir.

C'est comme un lapsus vous suivez ?

Ce qui est normal vu que lapsus signifie glissade.

Et qu'une pierre couverte de mousse, c'est assez casse-gueule, les pratiquants de GR ne me contrediront pas. Ils ajouteront que côté casse-gueule y a aussi la pierre polie par des myriades de promeneurs.

Heureusement qu'en général la pierre elle est ou polie ou moussue. Les deux à la fois c'est moins fréquent.

 

Bref tout ceci pour dire : ce proverbe, il me plaît de l'entendre à l'inverse du dico. Attirant l'attention sur les bienfaits du mouvement, au propre comme au figuré.

Il me plaît de l'interpréter comme un plaidoyer pour le déplacement, l'exploration, la découverte. Une mise en garde contre la sclérose.

L'invitation à se bouger au lieu de moisir dans l'immobilisme.

 

Un exemple de ce que j'avance là ? 

Mick Jagger arpentant la scène, inépuisable en ses sautillements, d'un dynamisme si contagieux. Qui n'aurait envie d'entrer dans sa danse ?

 

 

09:24 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)