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16/10/2016

ça cloche

 

« L'on demande pourquoi tous les hommes ensemble ne composent pas comme une seule nation, et n'ont point voulu parler une même langue, vivre sous les mêmes lois, convenir entre eux des mêmes usages et d'un même culte ;

et moi, pensant à la contrariété des esprits, des goûts et des sentiments, je suis étonné de voir jusqu'à sept ou huit personnes rassemblées sous un même toit, dans une même enceinte, et composer une seule famille. » La Bruyère Les Caractères (De l'homme 16)

Marseillaise de naissance, j'habite aujourd'hui un bled de l'Aude, dans la région désormais dite Occitanie. Nom simple, pas un de ces machins à rallonge, où faute d'unifier on a juxtaposé.

Quoique.

Figurez-vous que y a les Catalans eh ben y sont pas contents. Occitanie ça parlerait trop de Toulouse. Ville choisie en outre pour capitale régionale. À Montpellier j'imagine qu'ils sont pas trop contents non plus, mais j'ai pas eu vent de leurs sons de cloches.

Les Catalans, eux, y font des manifs, y saisissent le Conseil d'État. Qui n'a pas mieux à faire que gérer de pathétiques querelles de clochers, hein ?

Derrière cela, je ne suis pas naïve, sombres calculs touristico-économiques. Les régions, (et à chaque niveau les autres collectivités territoriales incluses en elles comme des poupées gigognes), sont des « marques » concurrentes sur le marché.

Y a aussi les vexations politiques. D'autant plus que la présidente de région est une femme, pensez. Mais on va pas avouer des choses si mesquines. Alors on parle d'Identité, de Tradition, de Terroir. Croyant que ça sera mieux vu.

Eh bien pas par moi. Voilà de méchants mots (dirait Labru). Je leur reproche quoi ?

De regarder dans le rétroviseur, d'être mots immobiles, mots qui assignent à résidence. Bon, la querelle de clochers entre Catalans et Occitans, ça reste folklo, ça fait juste rigoler. Mais ces histoires de Français de souche ...

Et ailleurs dans le monde, que de ravages du même narcissisme des petites différences, dit Freud dans Psychologie des foules et analyse du moi (1921)

« Presque tout rapport affectif intime de quelque durée entre deux personnes (conjugale, amicale, parentale et filiale) contient un fond de sentiments négatifs et hostiles (...) Cela est plus apparent chaque fois qu'un associé se querelle avec son collègue, qu'un subordonné grogne contre son supérieur (…)

De deux villes voisines, chacune devient la concurrente envieuse de l'autre ; le moindre petit canton jette sur l'autre un regard condescendant.

Des groupes ethniques étroitement apparentés se repoussent réciproquement, l'Allemand du Sud ne peut pas sentir l'Allemand du Nord, l'Anglais dit tout le mal possible de l'Ecossais, l'Espagnol méprise le Portugais.

Que de plus grandes différences aboutissent à une aversion plus grande à surmonter, celle du Gaulois contre le Germain, de l'Aryen contre le Sémite, du Blanc contre l'Homme de Couleur, cela a cessé de nous étonner. »

Mais pas de nous atterrer.

 

 

12:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

14/10/2016

Think different

 

« 'Il faut faire comme les autres' : maxime suspecte, qui signifie presque toujours : 'il faut mal faire', dès qu'on l'étend au-delà des choses purement extérieures, qui n'ont point de suite, qui dépendent de l'usage, de la mode ou des bienséances. » La Bruyère Les Caractères (Des jugements 10)

Bien vu. Depuis les gamins en cour de récré « c'est lui qui a commencé », jusqu'à la soumission aux régimes totalitaires « je ne suis qu'un rouage, et puis si ce n'est pas moi qui le fais, il s'en trouvera un autre pour le faire, et en y mettant moins d'humanité ». 

En passant par les plus ou moins grandes malhonnêtetés en tous genres, justifiées d'un « tout le monde prend sa part, je serais bien bête de pas faire pareil ».

La cour de récré je l'ai quittée depuis un certain temps. Le régime totalitaire pour l'instant j'ai eu la chance d'y échapper. Mais pour le reste …

Nous avons des exemples sous les yeux tous les jours. Tout en haut de la pyramide, chez les prétendues élites. Et dans la France d'en bas ?

On pourrait croire que lorsque les enjeux sont réduits et les gains escomptés somme toute négligeables, il est moins difficile d'assumer un minimum d'éthique, de développer un tant soit peu le sens du bien commun. 

Curieusement : non. Nous au village aussi on a de beaux assassinats, dit Brassens. Sans aller jusque là, on constate les mêmes accommodements avec la vérité, l'honnêteté, la parole donnée, on compte le même quota de tartuffes, de petits et gros malins, de tricheurs, dans la France d'en bas que dans celle d'en haut.

Déprimant, non ?

(Si bien que je dois l'avouer, toute vergogne bue : tant qu'à faire je préférerais avoir la chance de vivre mes agacements & indignations dans le haut de la pyramide sociale plutôt que dans le bas. Comme ce bon Labru, en fait  ...)

Mais mieux vaut en rire. C'est comme toujours la meilleure chose à faire.

(Peut être la seule ?)

Et à cette fin remarquons ceci. Quelle est la phrase qui vient généralement après Il faut faire comme les autres ?

Mais moi c'est pas pareil.

Impayable, non ?

 

 

 

 

10:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

11/10/2016

Esprit es-tu là ?

 

« Si la pauvreté est la mère des crimes, le défaut d'esprit en est le père. » La Bruyère Les Caractères (De l'homme 13)

Pauvreté mère des crimes : je veux bien, y a des exemples. Mais pour autant, la richesse, on la dédouane ? Elle a aussi une belle progéniture à faire valoir dans le genre criminesque, non ?

Les riches, pour leur chère richesse, pour l'accroître et l'embellir, empêcher les autres d'y toucher (surtout ce salaud de fisc qui les rançonne pour donner aux pauvres ou aux immigrés), pour mettre en place leurs stratégies grippe-sou, il pourrait y en avoir quelques-uns qui de temps en temps, par ci par là dans le vaste monde, risquent de faire des trucs pas jolis jolis.

Mais aussi bien je dis ça juste par défaut d'esprit, va savoir.

À propos, interrogeons-nous sur ce mot d'esprit, un mot que le XVII° siècle adorait (et encore le XVIII°).

Le bel esprit était un cocktail à savourer sans modération dans les dîners en ville ou à la Cour : finesse, sens de l'humour, aisance et inventivité de langage, politesse raffinée, ce genre d'ingrédients. En proportions variables selon les gens et les situations.

L'esprit tout court est plus largement un synonyme d'intelligence, de discernement.

Il se présente comme une qualité double face : aptitude intuitive à percevoir les enjeux d'une situation, à ressentir de l'empathie avec les gens ; aptitude rationnelle à analyser, inscrire ses observations dans un cadre logique.

Et puis il suffira de combiner les deux pour adapter au mieux sa conduite à la situation donnée. Or c'est pas gagné.

« Après l'esprit de discernement, ce qu'il y a au monde de plus rare, ce sont les diamants et les perles. » (Des jugements 57)

(Tout s'explique pour les riches : ils ont choisi)

La Bruyère met régulièrement en regard de l'homme (ou femme) d'esprit deux repoussoirs, le sot et le fat. Autrement dit le bourrin et le frimeur.

Ce qui donne de jolies formules lucides-acidulées :

« Un sot est celui qui n'a même pas ce qu'il faut d'esprit pour être fat. » (Des jugements 44)

Le genre « qui voudrait bien avoir l'air, mais qu'a pas l'air du tout » comme dit la chanson de Brel. Le fat est certes par définition un adepte du conformisme (c'est le principe pour être admiré), mais il le fait avec habileté, alors que le sot y va avec ses gros sabots.

Corollaire : « Un fat est celui que les sots croient un homme de mérite. » (45)

Forcément, un bourrin est facile à abuser selon le principe « plus c'est gros plus ça passe ». Or l'homme de mérite est par définition discret, ne cherche pas à jeter de la poudre aux yeux : il n'a rien à (se) prouver (cf Orgueil rampant).

 

09:51 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)