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08/01/2017

Danse avec les loups

 

« Particulièrement vers son terme, la vie rappelle la fin d'un bal masqué, quand on retire les masques. On voit à ce moment quels étaient réellement ceux avec lesquels on a été en contact pendant la vie. En effet, les caractères se sont montrés au jour, les actions ont porté leurs fruits, leurs œuvres ont trouvé leur juste appréciation et toutes les fantasmagories se sont évanouies. Car il a fallu du temps pour tout cela. »

Schopenhauer (Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

 

C'est marrant avec Schopenhauer, on est toujours devant le fameux verre à moitié vide ou à moitié plein. Si j'étais taquine, je dirais qu'il avait peut être des côtés plus hégéliens qu'il ne voulait le dire ou le croire.

Parce que bon, le principe de la dialectique hégélienne c'est quoi sinon :

a)ce verre est vide. Globalement. Plutôt.

b)bon OK il est quand même un peu plein. Si on veut.

c)vous savez quoi ? On va dire qu'il est plein de vide et/ou vide de plein, ce foutu verre. Ouais. Voilà.

 

Exemple. Que penser de la proposition : La vie est un bal masqué ?

1ère partie (verre à moitié vide)

La vie est un jeu de dupes où tout le monde fait semblant a)pour se croire quelqu'un de bien b)pour manipuler les autres c)pour les deux.

Le mieux qu'on ait à y faire, c'est d'avoir à la main une coupe de champagne, à remplir dès qu'elle se vide.

Il est conseillé de bien choisir son masque, parce qu'à mon humble avis (différent de celui de Schopenhauer, sans me vanter) au bout d'un certain temps, on finit toujours par lui ressembler.

Le sentiment qui dominera à la fin sera le ressentiment sous la forme de a)remords b)regret c)les deux.

2ème partie (verre à moitié plein)

La vie est une fête sympa où on peut s'éclater à danser, où l'on se divertit à regarder les masques, à deviner ce qu'il y a dessous. Sous les beaux, les qui font peur, les moches ou ridicules, les tristes et les rigolos.

Et quand on les enlève, le divertissement finit en beauté, c'est une apothéose de surprises.

Bref la vie c'est cool. On a bien brisé quelques verres, mais comme un éclat de rire. Et de toutes façons il en reste assez pour finir le champagne.

3ème partie (plénitude vide et vacuité pleine)

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. L'habit ne fait pas le moine. Mais le masque fait-il la personne ? Que dirons-nous d'un moine masqué ?

Qui se déguise en renard portera-t-il un loup ?

Conclusion (on va pas y réveillonner, parlons d'autre chose)

Schopenhauer évoque ici (volontairement ou pas?) le Don Giovanni de Mozart. Masques et faux semblants, vérité et mensonge, amour et trahison. À la fin le Commandeur.

Mais tout le temps du bal une musique plus vivante que la vie elle-même.

 

 

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02/01/2017

Conseil d'amie

 

« Les amis se disent sincères ; ce sont les ennemis qui le sont. Aussi devrait-on, pour apprendre à se connaître soi-même, prendre leur blâme comme on prendrait une médecine amère. »

Schopenhauer (Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

 

Mmouais … T'es sûr, Arthur ? Je sais bien que t'as pas eu trop d'amis dans ta vie, mais quand même sur ce coup-là, je me demande si tu te goures pas un peu.

Implicitement cette affirmation laisse en effet entendre que la haine serait plus clairvoyante que l'amour, l'antipathie que la sympathie.

Certes il y a des amis prétendus (ou même sincères) qui à force de flagorneries stupides (et intéressées souvent, par exemple dans le cas des courtisans en politique) ont un effet débilitant sur la lucidité.

Mais cela confère-t-il pour autant certificat de sincérité aux ennemis ? Hein ?

Euh bon, je vois pas pourquoi je me lance là-dedans, je suis pas là pour faire une dissert thèse antithèse synthèse. En plus vu le mépris de Schopenhauer pour Hegel, il le prendrait mal.

Et j'ai pas envie de m'en faire un ennemi.

En fait ce qui ressort de plus clair de cette pensée, c'est le masochisme de notre pauvre ami Arthur, son amertume.

Amer : oui, voilà un mot qui lui convient. D'où lui vient donc cette défiance affirmée envers son prochain ? En général pour déceler l'origine de l'amer faut la chercher, la mère (ou le père). Est-ce le cas, j'en sais trop rien.

Mais à le lire on ressent qu'il a vécu dans le sentiment d'une sorte de disgrâce. Peut être aurait-il bien voulu, tel le Jacky de Brel, être une heure, une heure seulement, être une heure rien qu'une heure durant, beau ...

Beau et con à la fois ? Pas jusque là quand même. Il avait conscience du charme de l'intelligence, de l'éblouissement produit par l'art de libérer le rayonnement d'une pensée comme on lance la fusée d'un feu d'artifice.

Cette histoire de médicament amer m'évoque surtout quelqu'un de moins cynique avec ses amis. Sauf quand ils étaient médecins.

« Au demeurant j'honore les médecins. Ce n'est pas à eux que j'en veux, c'est à leur art, et ne leur donne pas grand blâme de faire profit de notre sottise, car la plupart du monde fait ainsi.

Je donne grande autorité à mes désirs et propensions. Je n'aime point à guérir le mal par le mal ; je hais les remèdes qui importunent plus que la maladie. Puisqu'on est au hasard de se tromper, hasardons-nous plutôt à la suite du plaisir. »

Essais II,37 (De la ressemblance des enfants aux pères).

Prescription conclusive : si votre dose de Schopenhauer passe mal, y ajouter une lichette de Montaigne.

 

10:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

29/12/2016

La politesse du porc-épic

 

« Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils étaient ballottés de çà et de là, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les belles manières.

Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n'est, à la vérité, satisfait qu'à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants. Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre, préfère rester en dehors de la société pour n'éprouver ni ne causer de peine. »

Schopenhauer. (Parerga et paralipomena)

 

L'homme est un animal politique et le porc-épic a le sens civique. Il pratique la politesse de l'élastique. Mais si le porc-épic est mélancolique, là y a un hic.

Car ce loustic illogique ne recherche l'autre porc-épic que s'il n'est pas trop mal dans sa peau qui pique.

Mais que la glaciation vienne à nouveau le saisir, il s'éloigne et s'isole.

Autre différence avec un porc-épic typique : des piquants, le mélancolique en porte aussi et surtout à l'intérieur. Il est hypersensible à la moindre piqûre venue de l'autre qui vient raviver la blessure des piquants internes.

Un écorché vif (sic).

Quand la réalité se fait polémique, chacun se replie instinctivement. Mais si à l'intérieur ça pique aussi, la situation du porc-épic devient fort épique.

Dans ce cas pas de panique, y a un truc qui tombe à pic. A défaut de chauffage électrique, c'est le calorique propre qui évite de transir de froid dans sa solitude.

Il arrive parfois que le calorique produise un rayonnement mirifique, capable de réchauffer des colonies entières de porcs-épics.

Le calorique héroïque et poétique d'un porc-épic fort chic type nommé Friedric.

« Dans le coin ensoleillé de mon mont des oliviers je chante et me moque de toute compassion. Ainsi chantait Zarathoustra.»

 

 

 

 

 

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