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03/12/2017

Avant que le ciel nous tombe sur la tête

Une fatalité pèse sur les bonnes résolutions - on les prend toujours trop tard.

Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray)

 

C'est pas faux. Et il y la deuxième fatalité : aussi tard qu'il soit, les bonnes résolutions on ne les tient pas. En réalité plus une résolution est bonne, moins on la tient.

Tout se passe comme si elle était intenable à la mesure de sa justesse, de sa validité.

Ainsi des excellentes résolutions prises au moment de la crise bancaire des subprimes. C'est loin je sais, au rythme où vont les malheurs du monde.

Mais souvenez-vous : juré craché par terre qu'on allait mettre de l'ordre dans le système. Séparer les activités de prêt destinées à l'économie réelle (enfin, plus ou moins) et les activités de spéculation pure et dure (pour pure désolée j'y peux rien c'est l'expression). En finir avec les magouilles diaboliques des paradis fiscaux.

Dieu me rembourse, ont-elles été tenues ? Je parle des résolutions. Mais ça marche aussi pour les banques, en fait.

Et que dire de la louable décision de réduire la part du nucléaire dans notre mixte énergétique (sic). J'adore trop cette phrase. C'est fou comme la langue des décideurs est parlante parfois. Réduire la part, le mixte : ça vous sent pas sa tambouille d'arrière-cuisine douteuse ?

Le moins qu'on puisse dire c'est que la réaction en chaîne des décisions a comme du mou. Les vieux machins pourris sont toujours là un peu partout, on en est encore à se demander quand on va se mettre à les démanteler, qui va payer. Je soupçonne même qu'on en soit encore à « euh en fait comment on va faire ? »

Mais OK je suis particulièrement pessimiste. Pourquoi se prendre la tête, y a bien un moment où ça pétera tout seul.

Tout ceci pour dire qu'en revanche aucune fatalité ne pèse sur les mauvaises irrésolutions. L'énergie négative est bien la seule qui soit véritablement durable, renouvelable, toujours prête à renaître, telle un super phénix.

« Ach ja. Mich perso Ich associe alles ça à ein Phenomeme von nevrotische répétition. Und Sie devinieren au fond du fond y a was ? Mein Pharekonzept von Todentrieb, of course. 

- La pulsion de mort, papa Sigmund ! Vous y allez pas un peu fort quand même ?

- L'avenir le dira, liebe Ariane. À kondizion qu'il y en ait un, natürlich. Mich perso Ich en mettrais nicht ma main zum Feuer (Nuklearfeuer, ach ach) (Faut rigolieren ...) »

 

 

09:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

30/11/2017

La fin justifie les moyens

Il ne faut pas prendre les moyens de la civilisation pour sa fin. La valeur de la machine à vapeur et du téléphone dépend uniquement de l'usage qu'on en fait.

Oscar Wilde (Dans la conversation)

 

Bien dit. Il faut savoir faire bon usage de toutes les technologies dont nous disposons. Aller grâce à elles à la fin de la civilisation par le plus court chemin.

 

Ainsi n'hésitons pas à nous concentrer sur notre tablette ou notre portable quand nous sommes au volant. C'est notre doudou, notre objet transitionnel, notre porte-bonheur mieux que St Christophe.

Grâce à lui, et avec un peu de chance, nous offrirons une occasion de se bouger aux feignasses du service d'Urgences le plus proche.

De même un nécessaire progrès dans la civilisation consiste à actualiser certaines formules ringardes.

Au lieu du gnangnan « l'amour n'est pas se regarder l'un l'autre mais regarder ensemble dans la même direction », nous oserons le branché « l'amour c'est être assis au restau à pianoter chacun sur son machin sans échanger un mot ni un regard » (sauf naturellement pour l'indispensable « c'est toi qui as ma carte bleue ? » « c'est pas donné quand même ici pour ce qu'on a bouffé » « oui c'est vrai moi je me rappelle même plus ce qu'y avait dans mon assiette »).

 

Le lecteur trouvera que je caricature ? Soit.

Retour à plus d'objectivité : je ne méconnais pas que le prurit de pianotage qui peut nous saisir au volant, avec les amis, au théâtre, au cinéma, répond à la légitime urgence de relire Proust sans plus perdre de temps, de terminer illico notre visite virtuelle du Louvre.

Il offre aussi d'autres suppléments d'âme, comme inonder les marigots de la Toile de boueux propos racistes, antiféministes, antisémites, ou délivrer au monde, pour en changer la face, la dernière photo de son nombril en gros plan.

 

Le lecteur, sans perdre patience devant mes exagérations réitérées, me représentera qu'il n'y a pas là que gadget, addiction ou défouloir, mais potentiel gain démocratique, élargissement du village mondial et ainsi de suite.

ll me dira d'arrêter avec mon pathétique scrogneugnisme. Il est temps de vivre avec mon temps, genre y a pas que les mots croisés pour patienter dans la salle d'attente du dentiste, elle le sait, la mémère ?

 

Je ne peux qu'admettre le bien fondé de ces propos. Le lecteur a raison. Je suis sur la mauvaise pente.

Faut que je fasse gafa pas virer complètement hasbeen.

16:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

26/11/2017

La musique adoucit les moeurs

Je préfère la musique de Wagner à celle de quiconque. Elle fait tant de bruit qu'on peut parler d'un bout à l'autre du morceau sans que les gens entendent ce qu'on est en train de dire.

Oscar Wilde (Le portrait de Dorian Gray)

 

Je me souviens avoir assisté à une représentation de L'Or du Rhin durant laquelle mon voisin de fauteuil passait le temps en mangeant des bonbons. Il les extrayait l'un après l'autre du papier cellophane ou je ne sais quoi, produisant force crissements.

Avait-il lu Wilde et en déduisait-il que son geste ne nuisait pas à l'audition du maître de Bayreuth ? Ou était-ce juste un gros beauf ?

À l'époque, encore pleine de patience, j'ai attendu un bon moment avant de l'informer qu'il me gênait (apparemment il ne gênait pas les autres) (ils ne parlaient pas pourtant, sans doute dormaient-ils malgré le volume sonore).

En homme courtois il s'est arrêté aussitôt ma remarque.

Pour reprendre son manège cinq minutes après (comme le gros beauf qu'il était, donc) (et tout ça sans m'offrir un bonbon) (je les aime pas mais quand même) (sauf les caramels) (à petites doses bien sûr).

Bref vous savez quoi c'est bien tombé pour lui que je ne sois pas fan absolue de Wagner. Au lieu de L'Or du Rhin c'était La Flûte enchantée, faites-moi confiance le mec se prenait deux tartes dans la gueule au premier bonbon.

 

En fait dans Wagner ce que je préfère, c'est la réplique d'un personnage de Woody Allen : Quand j'entends du Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne.

Non je plaisante il y a des choses fort belles.

Et puis comment ne pas évoquer l'immortelle séquence d'Apocalyse now au son de la Walkyrie. Séquence fascinante, jouant avec les troubles affects (et la pulsion de mort) que peuvent révéler en nous certaines sensations musicales.

Indépendamment de ses accrochages avec Wagner, il est clair que c'est cette perception qui a conduit Nietzsche à honnir sa musique, à en faire un tabou, après l'avoir idolâtrée.

Bon l'ennui c'est qu'il a déclaré dans la foulée que le nec plus ultra musical c'était Carmen de Bizet, justement parce que d'après lui ça exaltait la libido. Ça laisse songeur, aussi bien sur son esthétique que sur sa conception de la libido (mais ceci ne nous regarde pas).

Enfin bref c'est pas pour cafter mais y en a qui ont l'oreille plus sûre. Je ne parle pas de moi (enfin oui aussi). Mais dans la catégorie des philosophes, par exemple, on peut penser à la réflexion de Kierkegaard sur la musique de Don Giovanni.

 

 

 

 

09:06 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)