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28/08/2016

Sans Cupidon

Il a dit 16h30, métro Denfert, devant l'entrée des catacombes. Il veut tout de même pas aller balader dans les catacombes ? Pour un premier rendez-vous, ce serait moyen comme ambiance. Mais bon il m'a pas demandé mon avis.

J'ai pas essayé de le donner non plus faut dire. C'est vrai j'aurais pu suggérer autre chose, faire une contre-proposition. Les copines vont encore me seriner : ça part mal, tu sais pas t'imposer et après tu te demandes la raison de tes échecs avec les mecs.

Je voudrais les y voir. L'exigence c'est pas un plan pour moi. Depuis mon inscription sur le site de rencontres, c'est le premier rendez-vous pas annulé au dernier moment. Je suis pas idiote je m'illusionne pas. C'est au moment où ils voient la photo. 

Comme me dit Maman : si tu étais Vénus ça se saurait. Maman, elle, elle a été Miss Guinguette 1967. Moi je tire plutôt du côté de mon père, elle m'a toujours dit. Je peux pas savoir je l'ai pas connu. 

Y a des gens, comme certains profs, par exemple Madame Minerve, elle était si gentille, ils me disaient : tu sais la beauté c'est très relatif, subjectif, y a des tas de façons d'être beau.

Le charme ça fait tout et ça n'a pas forcément à voir avec la régularité des traits du visage, ou l'harmonie de la silhouette. Et en plus l'amour c'est encore autre chose, une affaire d'atomes crochus, de correspondance des caractères, de centres d'intérêts communs, tout ça.

L'amour. Tout ça. 

Enfin bref je vais bien voir. On sait jamais ça peut marcher avec celui-là. Marcher, je veux pas dire seulement sortir ensemble, un plan cul si vous voulez. Il me faut aussi un truc un peu sympa.

Pas comme avec mon dernier flirt. Avec lui c'était pas drôle. Je l'ai vu tout de suite. Mais après c'était pas facile de partir. Il était violent. Pas tout le temps, d'accord, juste après avoir bu.

Il buvait souvent. Au bureau je gardais mes lunettes de soleil. Les collègues me disaient : oh là là cette frime ! Pas toutes, y en a elles comprenaient, j'ai bien vu.

Là si c'est ce genre je me barre tout de suite. Au fait y aura un peu de monde dans les catacombes avec nous j'espère. Oui y a toujours des touristes.

Bon alors il devrait pas tarder, c'est l'heure … Ah là, oui, ça doit être lui. Il a déplié un plan du métro, c'est le signe pour se reconnaître. Voyons le genre. Il a pas l'air commode, en même temps il a pas de raison de sourire il m'a pas vue encore, je vais sortir mon plan.

Il a pas l'air commode et en plus il est un peu vieux non ? Il a dit trente-huit, il fait dix de plus, à vue de nez. Encore un coup Cupidon s'en est foutu on dirait. C'est pas Apollon le gars. Un bon ventre, une vague bosse. Et cette moustache : vraiment pas terrible ...

Bon allez, une moustache ça se rase. C'est pas Apollon OK. Mais si j'étais Vénus ça se saurait.

Comme dit Maman.

 

 

13:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

26/08/2016

Les insomnies de Papé

 

Décidément j'ai du mal à dormir. Et quand je dors mal, que je suis resté les trois quarts de la nuit éveillé, au bout du bout je gamberge. Et alors, ce qui me tourne dans la tête, inutile de faire un dessin, c'est rarement folichon.

La nuit : un moment où je vois la vie en rose ? Oh que non ! Normal, vu que tous les chats y sont gris … Euh, voilà du hors sujet. Je déraille. Le début de la fin.

Tiens au fait, maintenant qu'on s'en cause, va savoir combien d'années j'ai encore devant moi ? Combien de mois ? Non, vaut mieux éviter d'y songer. Un truc est sûr, des années j'en ai un stock nettement rabougri devant, direction horizon, alors que derrière dans le rétroviseur, y a de quoi faire …

Normal, la vie ça marche que dans un sens. La détricoter, hors de question, même quand on a raté une maille et que ça fait un trou. « Irrémédiable trouage … » s'attriste Ariane, ma sœur, quand elle s'embrouille avec ses tricotages.

Bref, ou on arrête tout, ou on garde le gilet avec son trou. En attendant le dernier. Des ans irrémédiable outrage.

Alors quand je dors mal, je me retourne vers toutes ces années, vers la durée de ma vie écoulée. C'est si vaste, c'est comme une mer, ma mer intérieure.

Avec ses ressacs, ses houles, avec tous ses animaux à nageoires (ou non), avec, balayant à certains endroits sa surface, des reflets de ciel embrasé.

Avec des îlots déserts, avec des récifs hérissés, menaçants toujours, même égarés là-bas au loin dans les années.

C'est vertigineux, je me sens ballotté dans tant de nostalgie, mi-regret mi-remords, et voilà que je tangue comme un vieux rafiot. Normal, que suis-je d'autre ?

Le mot tangage, ça m'évoque en outre la maladie qui donne la tremblote, qui décoordonne les neurones et le reste. Genre que le vieux rafiot, cerise sur le gâteux (oui elle est facile, mais si tentante), se la jouerait bateau ivre.

By the way, un texte déconseillé à lire la nuit, Le bateau ivre. La mer à Rimbaud c'est tristounet et effroyable à la fois. Des cadavres de noyés tout ça, vous vous souvenez ?

Rimbaud à minuit, suicide au bout de la nuit. C'est moi qui vous le dis.

Au fait, maintenant qu'on s'en cause, jusqu'ici j'avais trouvé bizarre que des vieux aient l'idée de se suicider. Carrément gag. Genre « des fois que la mort m'oublierait, traverserait tout droit sans me calculer, hein ? Résultat je resterais là comme un con à squatter le monde ad vitam aeternam. Alors autant faire le boulot (on n'est jamais si bien servi etc.) et me tirer tout seul de ce merdier. »

Ça me semblait si cocasse. Aujourd'hui ...

Disons ça me fait légèrement moins rigoler.

Mais allez j'arrête. Allez on vire de bord, moussaillons, on vise la direction de la joie. En avant toute ! …

Quelle direction c'est ? Eh bien euh ...

Est-ce que quelqu'un sait où est la boussole ?

 

10:11 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

24/08/2016

Othello

 

Allez je le dis : Verdi m'ennuie.

Je me demande bien par quelle lubie je suis venue assister à ce spectacle. La mise en scène se défend, je l'admets. Mais la musique décidément, ça ne passe pas.

Même ici à Milan. Cela dit la Scala c'est une belle salle. Une autre pièce que du Verdi, ce serait le pied.

À la vérité, le lyrique à mes yeux (si je puis dire parce qu'un autre sens est davantage en jeu) n'est pas servi par les musiciens italiens. En particulier au XIX° siècle. Avant, je ne dis pas.

Mais clairement les réussites lyriques magistrales & insurpassables, c'est en Autriche avec l'ami de Schikaneder, m'est avis. Ça je peux l'entendre des heures durant. Sans bâiller. Ni même envie de faire pipi (en m'étant abstenue de liquide auparavant c'est vrai).

Mais avec Verdi j'ai immédiatement les yeux qui s'appesantissent, des insectes dans les jambes, envie de me lever et d'échapper à la diva victimisée, ainsi qu'à la basse traîtresse qui la persécute (et le public avec).

Et puis ce que je déteste vraiment dans ces lyriques italiens, c'est le timbre des chanteurs, j'entends ici les autres que les basses, ceux qui chantent plus haut.

(Cet exercice d'évitement d'une lettre interdite a tendance à devenir pesamment périphrastique, mais quelle alternative ?)

Un timbre m'as-tu vu, c'est ça. D'ailleurs leurs vedettes, genre le mec qui pesait à peu près cent mille grammes c'est des m'as-tu vu pareil.

Il se peut que ce jugement manque d'impartialité, je veux bien l'admettre. Mais y en a-t-il, de l'impartialité, en matière d'esthétique, je le demande ? Pas de répartie à ça, hein ?

"Ah je ris de les aviser si muets en leur psyché", entends-je d'ici mugir Madame Castafleur.

Plus largement la musique en général (pas seulement le lyrique j'entends) en Italie, après Vivaldi ? Plus rien. Ça s'est déplacé vers les pays d'en haut de la carte, germains par exemple. Les grands dans leur ensemble naissent là-bas à partir de la fin du XVIII° siècle.

Le malentendant de génie, au premier chef. Et puis l'auteur de ces lieder magiques … ah mais je suis bête, celui-là je peux le dire : le grand Schubert. (Ah ! Ça fait du bien).

Je m'avise, à la faveur de cet écrit, qu'un paquet de musiciens incluaient dans leur signature la lettre interdite (en plus bien sûr de l'auteur enchanteur de la Flûte).

Le pianiste magicien amant de Madame Sand, le DJ en chef avec sa marche nuptiale, le Français fantastique. Ah certes : Wagner, Haendel, Bach. Ça va ça va j'admets.

Ce que j'en disais c'était juste afin de passer le temps de cet interminable spectacle.

Parce que je ne sais pas si j'y ai assez insisté, mais Verdi m'ennuie.

 

 

 

 

 

09:46 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)