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26/01/2016

Question piège

 

« Si le chef d'une place assiégée doit sortir pour parlementer »

(titre de Essais I,5)

1) Il serait exagéré de dire que j'ai une opinion arrêtée sur la question. Ça tombe bien qu'on ne me l'ait pas posée jusqu'à présent. Mais puisque m'y voici réduite, je ne me déroberai pas à l'affronter.

2) Une chose est sûre, j'aimerais pas trop être à la place du chef d'une place assiégée.

3) Et pas plus à n'importe quelle autre place dans la place assiégée, en fait. Vu que déjà le chef a pas beaucoup de marge de manœuvre, c'est pas difficile de deviner que les pas-chefs ont une marge carrément nulle.

4) Finalement OK je vais me mettre à la place du chef pour envisager la situation.

Donc je viens de recevoir un pigeon voyageur avec un message :

Sors de ta place et viens parlementer si t'es un homme.

Bon : négliger de monter sur mes grands chevaux en faisant remarquer à ces bourrins d'ennemis ce que leur texte a de machiste, comme si le courage était une qualité virile. Résister à l'envie d'ironiser sur leur manque d'imagination paritaire induisant leur impossibilité de penser l'identité « chef d'une place assiégée » = « femme ».

Contentons-nous d'analyser sereinement la situation. Deux cas :

1) L'ennemi veut vraiment parlementer.

2) L'ennemi feint perversement de vouloir parlementer pour m'attirer dehors, me faire prisonnière et/ou me zigouiller, et ainsi déstabiliser mes co-assiégés et néanmoins subordonnés, et ainsi gagner vite fait bien fait la bataille ou la guerre ou quoi que ce soit.

Remarquons que dans le cas 2, l'ennemi en plus d'être un ennemi et un macho est donc un vrai pourri. Il a l'intention de tous nous zigouiller et me fait sortir, moi Chef, pour éviter que je galvanise de mes charisme & courage mes co-assiégés. Charisme & courage qui les inciteraient à la résistance et rendraient plus difficile l'exécution du projet ennemi qui est la nôtre, d'exécution.

Avec un ennemi pareil on n'a rien à perdre, je sortirai donc pour lui faire croire que je le crois quand il feint de vouloir parlementer. On sait jamais avec des calculateurs au nième degré, l'absence de calcul peut être payante.

Et puis ce sera toujours du temps gagné on sait jamais la cavalerie arrivera peut être entre temps. Ou bien mes co-assiégés trouveront un truc pour s'en sortir du temps que l'ennemi essaie de comprendre pourquoi je suis venue me jeter dans sa gueule de loup.

Et dans le cas 1 il est évident qu'il faut sortir et parlementer.

La réponse est donc clairement : oui. Le chef d'une place assiégée doit sortir pour parlementer.

Entre nous j'aurais pas cru arriver si vite à une réponse si convaincante.

Comme quoi tout ça n'est pas si compliqué ...

 

 

08:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

22/01/2016

A mot battant

 

Dieu m'apostrophe, les titres sont des choses merveilleuses. Sacs à malice, catalyseurs de connotations, embrayeurs de raisonnement logique (ou pas), incitateurs aux jeux de mots.

Mon plus grand plaisir, lors de flâneries en bibliothèque ou librairie, est de me laisser effleurer par les titres, leurs lettres virevoltant sur les présentoirs telles des colonies de papillons.

Il est rare que j'aille plus loin dans mon propre papillonnage, pas même jusqu'à la 4° de couverture. Un bon titre suffit à produire l'effet énergétique si bien exprimé par la réflexion (de qui au fait ?) devant un tableau (de qui au fait ?) : « Et moi aussi je suis peintre ».

Et lorsque moi aussi je passe à l'acte d'écrire ou ce qui s'en approche, rien ne me réjouit tant que de trouver « mon » titre, dans un certain type de rapport à l'écrit qu'il désigne (un rapport que je ne sais définir, je le sens c'est tout).

Cela fait, je me dis souvent que le reste n'a aucune importance, le titre suffit, le texte a quelque chose de superflu. (Comment ça vous êtes d'accord ?)

Il y a, miraculeusement, des livres qui tout entiers, en chaque page et phrase, détiennent ce pouvoir créateur du titre. Ce sont les plus grands, les made in 100% pur génie. Ainsi les Essais.

Montaigne* a su laisser en tout lieu de son livre, pourtant si personnel et d'une écriture si achevée, quelque chose que je ne sais mieux nommer qu'un principe d'ouverture. Il y a toujours un passage possible vers autre chose, et vers autrement.

Il le dit souvent. La formulation qui me parle le plus est celle-ci :

« Il s'en trouvera toujours en quelque coin quelque mot qui ne laisse pas d'être battant, quoiqu'il soit serré (= bien rangé) » (Essais III, 8 De l'art de conférer)

Battant, comme une porte mal fermée que le courant d'air ne cesse de faire aller et venir. Comme les ailes du papillon dans sa danse.

Cette formulation fondamentale, le cœur du cœur de la magie des Essais, est amenée par une petite remarque sur devinez quoi ses titres.

« Les noms de mes chapitres n'en embrassent pas toujours la matière ; souvent ils la dénotent seulement par quelque marque (…) j'aime l'allure poétique, à sauts et à gambades. »

Oui, ça gambade et ça sautille : d'une phrase à l'autre, dans l'écart entre les propos d'un chapitre et son titre. Et aussi d'un titre à l'autre.

Le premier titre du premier livre « Par divers moyens on arrive à pareille fin » trouve très vite un écho (ou nommons plutôt cette symétrie inversée un reflet, une réplique en chiasme) dans le titre 24 « Divers événements (= résultats de l'action) de même conseil (= réflexion)».

Avec ce couple de propositions en chassé-croisé, le paradoxe ouvre le livre comme on ouvre un bal.

C'est que, tout comme Nietzsche* qui lui en saura gré, Montaigne pratique une philosophie « qui s'entend à danser. »

 

* Encore eux ? Ben oui j'y peux rien à l'admiration comme à l'admiration.

 

 

 

09:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

19/01/2016

Ou bien

Résolution n°9 : Arrêter de prendre des résolutions.

Car de deux choses l'une. Ou bien vous tenez facilement une résolution, ou pas. Si vous la tenez sans vous contraindre, c'est qu'il ne tient qu'à vous de la tenir, il ne tient qu'à vous d'être et d'agir selon elle. Ce qui veut dire qu'elle correspond à votre tempérament profond. Et par conséquent vous l'auriez tenue sans même avoir à la prendre. Vous saisissez CQFD ?

Mais si vous avez trop de mal à tenir une résolution, toute fondée et justifiée qu'elle vous apparaisse, s'il vous faut entrer en lutte avec vous-mêmes, renier vos mouvements spontanés, ou encore que vous passez votre temps à l'oublier, c'est signe d'un truc pas vraiment arrêté, genre tricot qui se démaille, ourlet qui se découd. Alors le mieux est de couper court à vos velléités de réforme. On ne met pas une pièce nouvelle à un vieux vêtement.

Dans ce cas-là faut carrément changer de tailleur, de patron, de tissu peut être. Imageons le propos à l'aide d'un exemple pris au hasard. Dire lampion ne dénote-t-il pas l'effort artificiel d'afficher un esprit de fête ? Dans un cas désespéré, la véritable réforme ne consisterait-elle pas à devenir lampion, à laisser son être tout entier se lampionniser ?

Un peu comme se faire ver luisant si vous voulez (amoureux d'une étoile si possible). Ce qui permettrait d'ailleurs de satisfaire de façon plus essentielle à une autre résolution : au lieu de s'échiner à en écrire, se faire vers soi-même. Une résolution bien concrète, bien terre à terre : l'idéal.

Tiens c'est vrai, Dieu me rimaille je ferais un octosyllabe fort présentable j'en suis sûre cf note Huit du 19 septembre dernier … Euh. Bon. Cesser d'être légèrement obsessionnelle en fait de classement, cesser d'être un tout petit peu phobique : des résolutions que je ne risque pas de me risquer à prendre.

Pour réactiver ma compulsion à l'échec ? Non merci trop peu pour moi. (Je dis pas qu'il ne m'arrive jamais de tendre au ratage ou à la rature. Mais c'est à la marge).

D'un autre côté, comment ne pas voir qu'en toute logique il est absurde d'imaginer que la résolution « arrêter de prendre des résolutions » connaisse un autre sort que les autres. Illusoire de croire que la pulsion résolutionnaire ne reprendra jamais le dessus, nous contraignant à arrêter d'arrêter. Décidément tout ça est mal barré. Quoique.

Sans me vanter étant presque aussi habile dans l'art de la synthèse que qui vous savez (je parle de Hegel who else?), j'entrevois une possible solution à ce problème de résolutions.

Il suffira d'opter pour l'option « prendre une irrésolution » de façon à gagner sur les deux tableaux. En faisant brillamment preuve d'esprit décisionnaire sans pour autant s'interdire de changer d'avis.

Un mouvement aussi alternatif que perpétuel. Le paradis du scepticisme. Exactement ce qu'il me faut.

 

 

 

18:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)