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Le blog d'Ariane Beth - Page 332

  • Exegi monumentum ...

    À ceux d'entre vous, lecteurs, qui par le plus grand des hasards seraient de ces hypersensibles écorchés-vifs semblables au pot de terre, voici de quoi penser et vous panser avec la fable intitulée Parole de Socrate (livre IV,17).

    Socrate un jour faisant bâtir,

    Chacun censurait son ouvrage.

    Ce dernier mot suggère le propos réel de La Fontaine derrière le récit. La baraque à Socrate il en a rien à cirer.

    Pour Phèdre chez qui il a trouvé l'histoire je sais pas, mais pour lui l'ouvrage en question c'est son oeuvre, ses écrits, en butte à toutes sortes de remarques plus ou moins pertinentes (cf Le bénéfice du doute)

    C'est logique : les critiques qui vous atteignent ne peuvent être que celles qui portent sur vos lieux d'investissement. Je ne parle pas d'investissement immobilier (quoique) mais bien d'investissement psychique.

    En l'occurrence les critiques sur la maison de Socrate sont ambiguës. "Chacun" le débine, certes, mais avec un argument béton possiblement positif : dans tous ses aspects la maison est indigne d'un tel personnage.

    Ambiguïté = verre à moitié vide ou à moitié plein.

    Socrate a alors le choix de son interprétation.

    Verre à moitié vide : ta maison est un trou à rat, mon pauvre Socrate !

    Verre à moitié plein : une maison si petite ne correspond pas à ton standing. N'oublie pas que t'es en première place dans le who's who des philosophes.

    Philosophe, oui, et pas moins psychologue, habile on le sait à accoucher la vérité, Socrate détecte derrière le compliment de façade un vice caché. Lequel ? Jalousie, bêtise, conformisme ? Peu importe à vrai dire.

    La maison est petite, c'est exact. C'est qu'elle est destinée à recevoir des vrais amis.

    Et vous savez quoi ? Côté petitesse et étroitesse, la maison elle est pas la seule, chers amis. Du coup pour des gens comme vous elle est encore bien trop grande.

    (Quand il s'y met Socrate il a pas peur de balancer).

     

    Le bon Socrate avec raison

    De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.

    Chacun se dit ami ; mais fou qui s'y repose :

    Rien n'est plus commun que ce nom,

    Rien n'est plus rare que la chose.

     

    Y a des jours où La Fontaine est un peu amer.

    Et y a des jours on n'est pas si loin de le comprendre.

     

    PS : mon titre vient d'une phrase d'Horace (euh, je crois, en tous cas d'un grand poète latin) exegi monumentum aere perennius = j'ai construit un monument plus durable que l'airain. 

     

     

     

     

  • Les pots potes

    Relisant Le pot de terre et le pot de fer (livre V,2) je m'aperçois (comment l'avais-je oublié?) que les deux pots en question ne sont pas ennemis, ni en quelconque rivalité, mais au contraire bien copains.

    Il est vrai que je ne suis pas la seule à me méprendre.

    C'est le pot de terre contre le pot de fer : le genre de choses qu'on dit par exemple à propos du combat inégal d'une association de consommateurs contre telle malversation commerciale.

    (Le genre de choses que l'on dit souvent, donc).

     

    Cependant le fait que les pots soient amis déplace l'intérêt de la sociologie à la psychologie, et éclaire cette fable d'un jour bien plus tragique au fond.

    Après avoir ramené Nietzsche la dernière fois, je m'en vais récidiver dans le radotage avec Schopenhauer. (Mais qu'y puis-je si JLF et moi nous avons décidément les mêmes références ?)

    Cette fable c'est l'apologue des porcs-épics (cf ce blog 29-12-2016), mais en plus brutal.

    Étonnant, non ? La Fontaine perruque grand siècle, légèreté, élégance, brillance et ironie. Schopenhauer cheveu gras romantique, spleen, mine blafarde, noir bon teint …

    Et voilà que le plus pessimiste des deux n'est pas celui qu'on croit.

    Bref, comme les porcs-épics, les pots cherchent à se rapprocher. Mais pas de bol, contrairement à deux porcs-épics qui ont des défenses semblables, nos deux pots sont inégaux sur le plan de la sensibilité.

    Le pot de fer n'est pas méchant, mais il est d'un métal qui lui permet de tenir le choc en maintes circonstances. Si bien qu'il ne peut même pas concevoir que le pot de terre :

    Il lui fallait si peu,/Si peu, que la moindre chose/De son débris serait cause.

    Pot de terre/Mon cher ami/Et mon frère/Je t'ai compris (que je dirais si j'avais une perruque).

    Le pot de terre se laisse cependant entraîner dans un voyage avec l'autre, malgré son appréhension.

    Si quelque matière dure/Vous menace d'aventure,/Entre deux je passerai,/Et du coup vous sauverai,

    qu'il dit le pot de fer. Oui mais voilà

    L'un contre l'autre jetés/Au moindre hoquet (cahot) qu'ils treuvent, ils n'arrêtent pas de se heurter. Et crac ce qui devait arriver arriva.

    En cette affaire/Et d'aventure/Le pot de fer/Fut le coup dur (que je conclurais sous ma perruque).

     

    Moralité ? Dans les rapports humains, et d'autant plus qu'ils sont proches, c'est toujours le plus sensible qui paye les pots cassés.

    Moralité bis : à sa phobie le pot de terre aurait dû ajouter la paranoïa.

    Là il était blindé.

  • Bien mouchée

    «Ce n'est pas ta destinée d'être un chasse-mouches. »

    Ainsi parle à Zarathoustra je ne sais plus qui. Mais ce que je sais, c'est qu'il a vachement raison.

     

    La mouche est un animal qui suscite peu de sympathie (sauf peut être chez les araignées) (à supposer que nous parlions de sympathie pour définir nos rapports avec le steak, la quiche ou le gratin dauphinois). En général on les chasse sans état d'âme, on les écrase sans mettre de gants.

    C'est vrai : à un moment y en a marre de ces zinzins buzzant tà nos zoreilles, que les mouches nietzschéennes métaphorisent.

    Et l'on se dit : celui-là (celle-là) je te l'écraserais bien contre une vitre !

    Mais on ne le fait pas. Parce que comme Nietzsche on éprouve pour les cons et/ou méchants plus de mépris que de haine. Inutile de perdre temps et énergie avec eux.

    (Bon d'accord : et aussi parce que faire les vitres c'est fatigant).

     

    Dans La mouche et la fourmi (livre IV,3), la mouche prend la tête à la fourmi comme quoi elle est une fille de l'air et la fourmi un vil et rampant animal.

    De plus elle ne fréquente que du beau linge. La preuve ?

    La dernière main que met à sa beauté/Une femme allant en conquête,

    C'est un ajustement des mouches emprunté.

    Grande mode de l'époque en effet, du plus bel effet sur une joue rehaussée de carmin ou la peau laiteuse d'un sein.

     

    La fourmi ne se laisse pas impressionner : Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit. Et d'un.

    Et de deux : la mouche des coquettes, OK. Mais

    Ne nomme-t-on pas aussi mouches les parasites ? (…)

    Les mouchards sont pendus.

    (Le lecteur ne manquera pas de noter qu'avec cet argumentaire joueur de mots la fourmi rejoint ma référence à Nietzsche le philosophe philologue).

    Troizio elle lui parle comme à la cigale : vas-y, fais ta belle. M'en fous je bosse pour gagner ma croûte, j'investis dans l'avenir, je mise sur le principe de réalité, moi madame.

    Résultat tu sais quoi l'hiver prochain

    Je vivrai sans mélancolie./Le soin que j'aurai pris de soin m'exemptera.

    Je vous enseignerai par là

    Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire (et toc)

    Bref je vois pas pourquoi je continue à te parler :

    Ni mon grenier ni mon armoire/ Ne se remplit à babiller.

    Ce n'est pas ma destinée d'être un chasse-mouches : voilà, c'est dit. 

    Et dépêche-toi maintenant, tu vas rater le coche.