Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Le blog d'Ariane Beth - Page 378

  • Les insomnies de Papé

     

    Décidément j'ai du mal à dormir. Et quand je dors mal, que je suis resté les trois quarts de la nuit éveillé, au bout du bout je gamberge. Et alors, ce qui me tourne dans la tête, inutile de faire un dessin, c'est rarement folichon.

    La nuit : un moment où je vois la vie en rose ? Oh que non ! Normal, vu que tous les chats y sont gris … Euh, voilà du hors sujet. Je déraille. Le début de la fin.

    Tiens au fait, maintenant qu'on s'en cause, va savoir combien d'années j'ai encore devant moi ? Combien de mois ? Non, vaut mieux éviter d'y songer. Un truc est sûr, des années j'en ai un stock nettement rabougri devant, direction horizon, alors que derrière dans le rétroviseur, y a de quoi faire …

    Normal, la vie ça marche que dans un sens. La détricoter, hors de question, même quand on a raté une maille et que ça fait un trou. « Irrémédiable trouage … » s'attriste Ariane, ma sœur, quand elle s'embrouille avec ses tricotages.

    Bref, ou on arrête tout, ou on garde le gilet avec son trou. En attendant le dernier. Des ans irrémédiable outrage.

    Alors quand je dors mal, je me retourne vers toutes ces années, vers la durée de ma vie écoulée. C'est si vaste, c'est comme une mer, ma mer intérieure.

    Avec ses ressacs, ses houles, avec tous ses animaux à nageoires (ou non), avec, balayant à certains endroits sa surface, des reflets de ciel embrasé.

    Avec des îlots déserts, avec des récifs hérissés, menaçants toujours, même égarés là-bas au loin dans les années.

    C'est vertigineux, je me sens ballotté dans tant de nostalgie, mi-regret mi-remords, et voilà que je tangue comme un vieux rafiot. Normal, que suis-je d'autre ?

    Le mot tangage, ça m'évoque en outre la maladie qui donne la tremblote, qui décoordonne les neurones et le reste. Genre que le vieux rafiot, cerise sur le gâteux (oui elle est facile, mais si tentante), se la jouerait bateau ivre.

    By the way, un texte déconseillé à lire la nuit, Le bateau ivre. La mer à Rimbaud c'est tristounet et effroyable à la fois. Des cadavres de noyés tout ça, vous vous souvenez ?

    Rimbaud à minuit, suicide au bout de la nuit. C'est moi qui vous le dis.

    Au fait, maintenant qu'on s'en cause, jusqu'ici j'avais trouvé bizarre que des vieux aient l'idée de se suicider. Carrément gag. Genre « des fois que la mort m'oublierait, traverserait tout droit sans me calculer, hein ? Résultat je resterais là comme un con à squatter le monde ad vitam aeternam. Alors autant faire le boulot (on n'est jamais si bien servi etc.) et me tirer tout seul de ce merdier. »

    Ça me semblait si cocasse. Aujourd'hui ...

    Disons ça me fait légèrement moins rigoler.

    Mais allez j'arrête. Allez on vire de bord, moussaillons, on vise la direction de la joie. En avant toute ! …

    Quelle direction c'est ? Eh bien euh ...

    Est-ce que quelqu'un sait où est la boussole ?

     

  • Othello

     

    Allez je le dis : Verdi m'ennuie.

    Je me demande bien par quelle lubie je suis venue assister à ce spectacle. La mise en scène se défend, je l'admets. Mais la musique décidément, ça ne passe pas.

    Même ici à Milan. Cela dit la Scala c'est une belle salle. Une autre pièce que du Verdi, ce serait le pied.

    À la vérité, le lyrique à mes yeux (si je puis dire parce qu'un autre sens est davantage en jeu) n'est pas servi par les musiciens italiens. En particulier au XIX° siècle. Avant, je ne dis pas.

    Mais clairement les réussites lyriques magistrales & insurpassables, c'est en Autriche avec l'ami de Schikaneder, m'est avis. Ça je peux l'entendre des heures durant. Sans bâiller. Ni même envie de faire pipi (en m'étant abstenue de liquide auparavant c'est vrai).

    Mais avec Verdi j'ai immédiatement les yeux qui s'appesantissent, des insectes dans les jambes, envie de me lever et d'échapper à la diva victimisée, ainsi qu'à la basse traîtresse qui la persécute (et le public avec).

    Et puis ce que je déteste vraiment dans ces lyriques italiens, c'est le timbre des chanteurs, j'entends ici les autres que les basses, ceux qui chantent plus haut.

    (Cet exercice d'évitement d'une lettre interdite a tendance à devenir pesamment périphrastique, mais quelle alternative ?)

    Un timbre m'as-tu vu, c'est ça. D'ailleurs leurs vedettes, genre le mec qui pesait à peu près cent mille grammes c'est des m'as-tu vu pareil.

    Il se peut que ce jugement manque d'impartialité, je veux bien l'admettre. Mais y en a-t-il, de l'impartialité, en matière d'esthétique, je le demande ? Pas de répartie à ça, hein ?

    "Ah je ris de les aviser si muets en leur psyché", entends-je d'ici mugir Madame Castafleur.

    Plus largement la musique en général (pas seulement le lyrique j'entends) en Italie, après Vivaldi ? Plus rien. Ça s'est déplacé vers les pays d'en haut de la carte, germains par exemple. Les grands dans leur ensemble naissent là-bas à partir de la fin du XVIII° siècle.

    Le malentendant de génie, au premier chef. Et puis l'auteur de ces lieder magiques … ah mais je suis bête, celui-là je peux le dire : le grand Schubert. (Ah ! Ça fait du bien).

    Je m'avise, à la faveur de cet écrit, qu'un paquet de musiciens incluaient dans leur signature la lettre interdite (en plus bien sûr de l'auteur enchanteur de la Flûte).

    Le pianiste magicien amant de Madame Sand, le DJ en chef avec sa marche nuptiale, le Français fantastique. Ah certes : Wagner, Haendel, Bach. Ça va ça va j'admets.

    Ce que j'en disais c'était juste afin de passer le temps de cet interminable spectacle.

    Parce que je ne sais pas si j'y ai assez insisté, mais Verdi m'ennuie.

     

     

     

     

     

  • Sans haine

    Léa, elle est pas du tout comme Théo.

    Léa, elle perd pas du temps à reprocher des choses aux autres.

    Léa, elle rêve pas d'autres comme elle.

    Léa elle est pragmatique, elle réclame pas l'impossible.

    Léa, elle reçoit juste ce qui est.

    Léa, au bout du compte elle perd jamais.

     

    Léa, elle aime la terre les arbres l'air et l'eau.

    Léa, elle aime les fourmis comme les cétacés majestueux ou les héritiers actuels des mammouths.

    Léa elle aime les bêtes apprivoisables et les féroces.

    Léa, elle est pas géomètre, elle est pas géographe non plus.

    Léa, elle a pas pour métier les bêtes ou la terre.

    Léa, elle est juste amoureuse de ce qui vit.

    Léa, au bout du compte elle perd jamais.

     

    Léa, faut pas croire, elle est comme vous, comme moi.

    Léa, la vie lui fait pas que des cadeaux. Mais elle sait voir ceux qu'elle lui fait.

    Léa, elle aime le jour qui se lève.

    Léa, elle aime le soir qui tombe.

    Léa, s'il fait froid elle aime le froid. Même si elle préfère qu'il fasse chaud.

    Léa, c'est pas qu'elle a pas mal, mais elle ajoute pas du mal au mal.

    Léa, au bout du compte elle perd jamais.

     

    Léa supporte, Léa résiste.

    Léa, elle est forte. Même si ça se voit pas toujours, pas du premier coup.

    Léa, elle a la force modeste.

    Léa, elle est pas frimeuse.

    Léa, elle sait ce qui compte, ce qui importe.

    Léa, le reste, elle le laisse tomber.

    Léa, elle laisse à Théo la tristesse.

    Léa elle laisse les morts avec leur mort.

    Léa, au bout du compte elle perd jamais.

     

    Léa, elle a pas lu le philosophe d'Amsterdam.

    Léa elle sait pas nommer tous ses affects.

    Léa, elle sait pas beaucoup de choses.

    Léa, elle se fout de tout ce qu'elle sait pas.

    Léa, elle sait la seule chose qui compte.

    Léa, elle aime.

    Léa au bout du compte elle perd jamais.