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21/08/2016

Sans haine

Léa, elle est pas du tout comme Théo.

Léa, elle perd pas du temps à reprocher des choses aux autres.

Léa, elle rêve pas d'autres comme elle.

Léa elle est pragmatique, elle réclame pas l'impossible.

Léa, elle reçoit juste ce qui est.

Léa, au bout du compte elle perd jamais.

 

Léa, elle aime la terre les arbres l'air et l'eau.

Léa, elle aime les fourmis comme les cétacés majestueux ou les héritiers actuels des mammouths.

Léa elle aime les bêtes apprivoisables et les féroces.

Léa, elle est pas géomètre, elle est pas géographe non plus.

Léa, elle a pas pour métier les bêtes ou la terre.

Léa, elle est juste amoureuse de ce qui vit.

Léa, au bout du compte elle perd jamais.

 

Léa, faut pas croire, elle est comme vous, comme moi.

Léa, la vie lui fait pas que des cadeaux. Mais elle sait voir ceux qu'elle lui fait.

Léa, elle aime le jour qui se lève.

Léa, elle aime le soir qui tombe.

Léa, s'il fait froid elle aime le froid. Même si elle préfère qu'il fasse chaud.

Léa, c'est pas qu'elle a pas mal, mais elle ajoute pas du mal au mal.

Léa, au bout du compte elle perd jamais.

 

Léa supporte, Léa résiste.

Léa, elle est forte. Même si ça se voit pas toujours, pas du premier coup.

Léa, elle a la force modeste.

Léa, elle est pas frimeuse.

Léa, elle sait ce qui compte, ce qui importe.

Léa, le reste, elle le laisse tomber.

Léa, elle laisse à Théo la tristesse.

Léa elle laisse les morts avec leur mort.

Léa, au bout du compte elle perd jamais.

 

Léa, elle a pas lu le philosophe d'Amsterdam.

Léa elle sait pas nommer tous ses affects.

Léa, elle sait pas beaucoup de choses.

Léa, elle se fout de tout ce qu'elle sait pas.

Léa, elle sait la seule chose qui compte.

Léa, elle aime.

Léa au bout du compte elle perd jamais.

 

 

 

 

09:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

19/08/2016

Théorème

 

Théo vit sa vie hors affect positif. Il a, sinon la haine, à coup sûr la grogne, la hargne. C'est un renfrogné chronique. Pourquoi on sait pas.

Une histoire qui traîne, un truc pas réglé depuis l'enfance, genre un oedipe qui lui reste sur le cœur, à cause d'un père sadique et d'une génitrice abusive ?

Dirait je suppose un psychanalyste freudien, ou lacanien, ou freudo-lacanien. Théo on s'en doute n'est pas du genre à consulter un psychanalyste. À l'instar de tous les chieurs, il préfère rester dans son caca.

Et en faire profiter le populo autour. Avec grand jeu d'hystérisation théâtrale si possible.

À propos : côté théâtre, outre le prince danois célèbre pour son oedipe irrésolu et son caractère itou, Théo évoque Alceste. Vous savez, le type peu porté à apprécier ses congénères.

Cependant, au contraire de Théo le grognon, ces deux-là, nonobstant leur caractère négatif, ont su préserver une certaine urbanité (sur les planches en tous cas. Pour le reste leur vie privée ne nous regarde pas).

Bref Théo a conçu pour ses congénères une indicible ... euh non une effroyable haine. C'est un effet de projection dû à son caractère paranoïaque qui lui donne une certaine niaque.

Préciserait sans doute le psychanalyste que nous avons convoqué plus haut (se révélant ici lacanien par le jeu sur les signifiants).

Théo a vite fait de classer les gens dans la catégorie raseur, voire épilateur définitif. L'ennui c'est que la vie oblige souvent à fréquenter les infréquentables, à écouter les raseurs horripilants sans trop se hérisser. C'est un principe de réalité.

C'est ce que Théo a de la difficulté à accepter. La réalité. Et c'est alors fort à propos qu'un psychanalyste de toute obédience parlerait de névrose.

Le principe de réalité est la continuation du principe de plaisir.

Ceci est un des postulats freudiens les plus utiles dans la vie courante. Un truc de bon sens et de jugeote. Un truc qui n'ingère pas de pain. Pas besoin de vivre plus de quatre-vingts ans à l'instar de Freud ou de Lacan pour en faire l'expérience.

On en déduira, à l'inverse, que si Théo est en délicatesse avec la réalité, qui lui enjoint de prendre les autres tels qu'ils viennent, c'est qu'il est avant tout en délicatesse avec le plaisir, avec la vie, avec le plaisir de vivre. 

 

 

 

08:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

17/08/2016

Présent de Noël

 

Comme ce mois de décembre était doux ! Une éternité qu'on n'avait pas vu tant de douceur en début d'hiver. C'était bon à prendre. Peut être qu'on couperait au froid, au gris, au temps pourri cette année ?

Beaucoup s'angoissaient à propos du réchauffement atmosphérique. Mais pour de vieux os, davantage de chaud, eh bien ça aidait.

On était en période de préparation des fêtes. Ce qui signifiait période de courses, d'achats, de recherche forcenée des cadeaux qu'on se sentait tenu de faire aux uns et aux autres. Tenu. Cette pression gâchait tout.

Faire des cadeaux était une joie, une façon de dire son amour, son amitié. Des cadeaux, des présents : une façon de faire attention aux autres. En cherchant pour chacun d'eux à tomber juste en matière de goûts, de besoins. Oui, chercher des présents qui marqueraient une attention, ça, c'était une bonne chose.

Mais tout se gâtait à cause du fric.

En avoir ou pas, déjà. Pour marquer une attention digne de ce nom, un minimum d'argent était nécessaire. Conséquence évidente d'un système bâti sur un paramètre unique : vendre, monnayer, chercher à fourguer. À gagner un max de pognon ou au moins à ne pas en perdre.

Ainsi, dans ce fonctionnement des sociétés, pour qui n'était pas riche ni même aisé (et c'était son cas), on ne pouvait atteindre que des choses bas de gamme. Ou des choses dont personne n'avait à vrai dire rien à faire. Très démotivant.

Car à quoi bon offrir un truc qui ne sorte pas du quotidien ? Au contraire, ce qui pouvait être désiré, (chacun, en transposant sa propre expérience, son propre ressenti, pouvait voir cette évidence), était ce que, même sans souci d'argent, on hésitait à se payer.

En se disant ce n'est pas urgent, c'est sans usage immédiat, je n'en ai pas vraiment besoin. Un truc tentant mais pas sérieux. Mais tentant.

Et même pour qui avait assez d'argent, restait qu'on pouvait contester une participation automatique au système marchand. On pouvait au contraire préférer échapper à cette servitude, qui perdurait en soi dans un vague assentiment, jamais vraiment questionné.

Cette période des fêtes incitait mieux qu'une autre à ce questionnement. Un présent de 25 décembre cette année, ce serait, ce pourrait être, se mettre à inventorier une zone inédite de non-fric.

Depuis une éternité on n'avait pas vu tant de douceur en début d'hiver. Cette année gratuité serait son nom, à Noël.

 

 

 

 

 

10:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)