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03/02/2017

Voi ch'entrate qui ...

 

« La vérité, la voici : nous devons être misérables, et nous le sommes. Et la source principale des maux les plus graves qui atteignent l'homme, c'est l'homme lui-même : homo homini lupus. Pour qui embrasse du regard cette dernière vérité, le monde apparaît comme un enfer plus terrible que celui de Dante en ce que l'on doit y être le démon de l'autre. »

Schopenhauer (Le monde comme volonté et représentation)

 

« On se récrie sur le caractère mélancolique et désespéré de ma philosophie. Cela provient simplement de ce que, au lieu d'imaginer un enfer futur comme équivalent des péchés des hommes, j'ai montré que, là où le péché existe dans le monde, il y a déjà aussi quelque chose d'infernal. » (Parerga et paralipomena)

Décidément huis-closien, non ?

 

« Comment l'homme agit avec l'homme, nous le voyons par exemple dans l'esclavage des nègres, dont le but final est de nous procurer le sucre et le café. Mais il n'est pas besoin d'aller si loin ; entrer à l'âge de cinq ans dans une filature, ou toute autre fabrique, et, depuis ce moment, rester assis là chaque jour dix heures, puis douze, enfin quatorze, à exécuter le même travail mécanique, voilà qui s'appelle acheter cher le plaisir de respirer. »

(Le monde comme ...)

Dieu me damne-de-la-terre : Marx, sors de ce porc-épic !

 

Mais on peut voir le verre à moitié plein.

Les pauvres bêtes humaines que nous sommes (du moins quand elles vivent en bêtes de somme) ont tout de même réussi à susciter la compassion de ce misanthrope de Schopenhauer. 

 

 

 

 

 

09:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

31/01/2017

Reptilien

 

« Le médecin voit l'homme dans toute sa faiblesse, le juriste dans toute sa méchanceté, le théologien dans toute sa sottise. »

Schopenhauer (Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

 

Cherchez l'intrus. Vous ne trouvez pas, vous, qu'il y a comme une dissonance dans cette énumération ?

Le médecin a affaire à la faiblesse humaine, à sa fragilité plutôt, somatique et psychique. Mais tout son effort est d'y remédier.

Je parle, naturellement, pour les médecins fidèles au serment d'Hippocrate. Et par conséquent vraiment désireux de soigner leur prochain, pour son bien et non leur profit (ou celui des labos qui les corrompent).

En outre le médecin se sait de même nature que ses patients, participant lui aussi de la fragilité humaine.

De même le juriste est conscient de la méchanceté des hommes, de leur tropisme vers la perversion, qui leur fait utiliser la loi comme un instrument à leur profit exclusif, la déniant à l'autre.

Mais son but est là encore d'y remédier. Construire des remparts législatifs pour que s'y loge la possibilité de civilisation.

Fournir au faible protection contre le fort, ajuster au mieux, au moins mal possible, les besoins et les revendications des parties en conflit.

Mais le théologien ? En posant que la sottise humaine est son domaine, Schopenhauer l'enferme dans un dilemme.

a) Ou bien le théologien cherche, par charité chrétienne ou quoi que ce soit, à aider son frère humain à devenir moins sot. Et alors il scie la branche sur laquelle il est assis.

Car l'homme qui apprend à raisonner et à discerner ne pourra manquer de faire le tri dans les affirmations du théologien. Bref il ne croira plus les yeux fermés, et par conséquent n'obéira plus itou.

b) Ou bien il le confine dans sa sottise pour en profiter, au détriment de l'affichage éthique qui est de mise dans les religions. Ce qui ne peut manquer de le confronter à moult cas de conscience.

À moins que par bonheur il n'en ait pas.

La seule échappatoire serait donc, pour le théologien, sa propre sottise, l'empêchant de poser ce dilemme.

Expédient providentiel utilisé par les plus dévots d'entre eux.

 

Et pour le reste ?

Le savant voit l'homme dans toute son ignorance, l'éducateur dans toute son indocilité, l'esthète dans toute sa laideur, le créateur dans tout son conformisme, le généreux dans toute sa petitesse, le délicat dans toute sa vulgarité.

« Si seulement je pouvais me débarrasser de l'illusion de regarder les crapauds et les vipères comme mes égaux ! Cela me rendrait de grands services. »

(Parerga et paralipomena)

 

Pas à dire : côté langue de vipère, il assure, Arthur.

 

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27/01/2017

Prétentions

Le monde comme volonté et comme représentation est un titre qui évoque disons la philosophie de dissertation : une scolastique abstraite et vaine, pourtant honnie de Schopenhauer.

On admettra certes que c'est un titre plus accrocheur que La maladie à la mort de ce joyeux drille de Kierkegaard. Mais on avouera qu'avec Le gai savoir y a pas photo.

Preuve s'il en fallait que le pauvre Arthur n'avait pas grand talent pour la communication. Si sa pensée a fini par trouver de l'écho, c'est que des lecteurs de bonne volonté (du moins il faut se les représenter tels) ont suivi son conseil :

« Qui veut se familiariser avec ma philosophie doit lire jusqu'à la moindre ligne de moi. J'ai cette prétention. Car je ne suis pas un écrivailleur, un fabricant de manuels, un griffonneur à gages ; je ne suis pas un homme qui, par ses écrits, recherche l'approbation d'un ministre, un homme enfin dont la plume obéisse à des visées personnelles : je ne fais effort que vers la vérité, et j'écris, comme écrivaient les anciens, dans l'unique intention de transmettre mes pensées à la postérité, pour le profit futur de ceux qui sauront les méditer et les apprécier. » (Le monde comme volonté et comme représentation)

Perso ce qui m'accroche ici n'est pas le mot vérité : tous les philosophes parlent super bien de vérité. Comme les politiciens d'unité et de probité ou les religieux d'amour universel.

Après, en philo et ailleurs, entre dire et faire …

Mais griffonneur à gages faut avouer que c'est bien trouvé. Bon, les visées personnelles de la plume ça fait un peu jeu de fléchettes (avec pour cible Hegel qui d'autre ? J'imagine qu'il l'avait aussi en version poupée vaudou).

J'ai cette prétention : ça, c'est irrésistible. La véritable humilité se moque de l'humilité. Voilà qui annonce Nietzsche une fois de plus.

Bref on peut se plonger dans le monde de Schopenhauer sans crainte : ça se lit sans peine et parfois avec plaisir. Ça ne va pas aussi loin que Nietzsche, forcément. Injustice de la chronologie : Nietzsche a pu se nourrir de Schopenhauer, mais pas l'inverse. C'est comme Descartes avec Spinoza.

« À propos de Spinoza, laisse-moi te dire, Arthur, que tu ne l'apprécies pas à sa juste valeur. Tu dis qu'il n'y a pas de progrès dans la pensée philosophique entre Kant et toi. Eh bien moi je trouve que toi et Nietzsche vous êtes déjà dans Spinoza (qu'est-ce qui n'est pas dans Spinoza ?) Et je pourrais le démontrer. J'ai cette prétention ...»

Ah ah vous avez eu peur, hein ? Rassurez-vous je ne suis pas philosophe de dissertation. Quoique.

Si on me demandait gentiment de griffonner (à condition que ce soit à gages, naturellement, après tout Ariane peut valoir Pénélope, non ?), va savoir ...

Aussi bien je serais prête à écrire même sur …

-Hegel ?

-Restons sérieux, quand même !

 

 

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