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16/09/2016

Pas zélé

C'est quand même pas de la tarte le programme du concours. Ces histoires de temps, de paradoxes, de paradoxes temporels, ça commence à bien m'embrouiller. Pourtant je suis pas nul, j'ai le niveau.

À peu près. Oui OK ça dépend forcément de la barre, c'est ça un concours. Et la barre elle arrête pas de grimper, je sais. Je la frôle j'en suis sûr. Mais frôler suffit pas.

J'y arriverai pas sans aide.

Faut que je trouve quelqu'un. Joséphine, tiens, elle est vraiment balè … euh elle assure. Ça devrait pas être trop dur de la convaincre, elle me calcule grave, je l'ai senti, j'ai l'instinct pour ça.

Bon, j'y vais « Allô, Jo, ça va ? Devine c'est qui  » …

Comment qu'elle m'a jeté, c'est décevant. Franchement je la croyais sympa cette meuf, en vrai c'est de la graine de taspé. Grave. Enfin résultat des courses, va falloir que je me débrouille tout seul avec les présocratiques, avec le Schopenhauer qu'est pas facile à choper, l'Heidegger qui l'est guère non plus.

La philo, c'est pas le gai savoir tous les jours, c'est moi qui vous le dis.

« Comment définir la notion de limite temporelle à partir du rapprochement des deux affirmations suivantes ?

a) Il est de la nature de la raison de percevoir les choses sous un certain aspect d'éternité (sub quadam aeternitatis specie).

b) L'éternel sablier de l'existence est sans cesse renversé, et toi avec lui, poussière des poussières ! »

Comment ? Mais comment je le saurais, hein ? Franchement moi je dis ces profs c'est tous des sadiques. Ou des fous. Comme leurs philosophes. Non mais c'est vrai quoi.

Entre le mec fort en éthique avec son éternité qui en est pas une tout en étant autre chose (si je résume), et l'espèce d'allumé qui dit tout et son contraire, puis le contraire du contraire … C'est sûr lui le sablier il le renverse, il arrête pas.

Bon bref ça sert à rien de s'énerver j'ai pas vraiment le choix. Alors voyons elle est pour quand cette dissert ? Le quin ... ? Mais c'était hier ça … Merde ! Tant pis j'écris un truc vite fait, et je joins un mot d'excuse, oui voilà.

« Monsieur,

Ayant malencontreusement renversé mon sablier, je me suis cru hier alors que c'était déjà demain. Mais on peut raisonnablement penser, du point de vue de l'éternité, qu'il n'est jamais trop tard pour faire n'importe quoi. C'est pourquoi je vous adresse mon devoir ci-joint.

Avec mes respects,

Zénon »

 

 

09:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

14/09/2016

Bye bye lit grec

 

Salut à toi ô père Homère, ô mon créateur au calame alerte, ô mon Papounet grec. Moi Pénélope, ta fille, j'ai deux mots à te dire.

Voilà un sacré paquet de siècles que j'en ai gros sur l'amphore. Mais longtemps j'ai été retenue par le respect dû à ta tête couronnée de neige. Retenue surtout par l'habitude de filer doux.

Car j'ai beau être une des femmes au caractère le mieux trempé de la littérature mondiale, je sais pas comment t'as fait ton compte : la postérité ne voit en moi que la nunuche de service qui passe son temps à faire tapisserie en tenant les murs.

Pendant que son mec, lui, non seulement s'offre une croisière en Méditerranée aux rives d'or ensoleillées, mais en plus file le parfait amour avec toutes les bellasses aux charmes botoxés qu'il croise. On peut virer féministe radicale pour moins que ça.

J'ai pourtant passé l'éponge, une éponge comme il se doit arrachée par les plongeurs au domaine de Poséidon, aux profondeurs de la mer lie de vin.

La Sainte Nitouche chère au marin au rouge bonnet (au point qu'il donna son nom à sa nef dont la renommée aux cent bouches n'a pas oublié les exploits scientifiques), les Sirènes au chant casse-oreilles, sans compter tout ce qu'on sait pas (je parie que tu nous as pas tout dit, solidarité masculine oblige) : moi bonne fille, et surtout ta fille, longtemps j'ai fait genre je vois rien.

Mais figure-toi que pour meubler mes longues soirées solitaires, tandis que je détricotais mon Aubusson, une esclave à la diction luchinesque me lisait le bouquin d'une consoeur à toi, la philosophe au turban chic.

Et mine de rien, en deux fois dix ans, l'idée a fait son chemin.

Si bien que ce matin, à peine l'aurore avait-elle insinué, à travers la jalousie, l'un de ses doigts de rose, je me suis tournée vers le héros aux mille ruses qui partage ma couche.

Et j'ai dit à ce frimeur :

« Ô époux valeureux, ô héros de la guerre où périrent tant de braves Achéens, tel Achille aux bouillantes colères, tel …

- Abrège, ô mon épouse fidèle.

- Je te quitte. »

OK qu'il a dit. Vexant.

Mais bon c'est pas ta faute, Papa Homère. Seulement là où tu nous a fourrés dans de sales draps, c'est avec quoi ? Pas besoin d'être Cassandre pour le deviner, hein ?

Ta fameuse idée : le lit conjugal sculpté dans le tronc d'olivier, enraciné dans la chambre, au cœur du palais. Je dis pas, sur le papier ça fonctionne, métaphore géniale tout ça.

Mais quand faut se débrouiller dans la réalité, c'est pas du tout la même chanson.

Qui dit divorce dit partage du mobilier. Et toi tu nous as inventé le mobilier immobile. Alors le macho aux mille ruses : « Par Athéna au regard pers qui me protégea pendant la guerre de Troie, ce lit grec j'ai fait, ce lit grec je garde. »

Et ne faisant ni une ni deux, il a scié l'olivier au ras des racines.

« Ça me fait penser à nos créanciers du FMI » a dit mon ami Alexis, songeur.

 

08:48 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

12/09/2016

Un oryx récalcitrant

 

Armand était content. La scène à tourner aujourd'hui serait un vrai plaisir. Elle ne présentait aucune difficulté particulière. Un tournage en décors naturels ce n'est pas forcément évident, pourtant.

La seule contrainte serait le timing, pour profiter de la lumière parfaite, comme au moment des repérages. Mais sinon ces grands espaces, ce désert, ça donnait beaucoup de possibilités. Il faisait placer plusieurs caméras, il multiplierait les angles des prises de vue.

Et comme ça au montage, il ne se fermait aucune option de scénario. C'est ainsi qu'il avait construit ce que les critiques appelaient sa virtuosité à jouer avec les codes. La surprise, décevoir l'attente ... Sans oublier l'émotion bien sûr.

Mais ici ? Plutôt mélo ou plutôt happy end ? Ça dépendait du public visé. Il verrait avec le producteur.

Qui pour l'instant s'était montré enthousiaste (une fois n'est pas coutume).

« Super ton histoire, Armand ! La petite antilope, ou gazelle, enfin bref, arrachée à sa harde, qui devient la légende du désert. L'immensité, les grands espaces, le jeu de cache cache avec les chasseurs. Un mélange de Bambi et de Lawrence d'Arabie.

Sans compter le côté féministe (bonne idée la gazelle femelle), un soupçon de Thelma et Louise. Et puis bien sûr le thème écolo, espèce menacée tout ça, c'est un must maintenant. Bref hyper syncrétique, non, vraiment très malin, on va faire un carton. »

Bambi … Un peu humiliant, non ? Mais bon. Ce qui comptait c'est qu'on lui laissait carte blanche. Allons, profiter du plaisir de la scène d'aujourd'hui.

« Armand ! Ah te voilà ! Euh on a un petit souci. On a perdu l'animal.

- Comment ça ?

- L'antilope, l'impala, enfin le machin, là. Tu sais on avait prévu de la lâcher à la caméra 4, et puis de la suivre …On l'a lâchée. Mais on l'a perdue. En fait c'est elle qui nous a lâchés, on sait pas où elle est passée …

- L'impala est plus là ? Mais enfin elle peut pas être bien loin. Y a pas des tonnes de planques ici, c'est le désert, merde. Et puis d'abord pourquoi elle est partie, qu'est ce que vous avez fait ?

- Rien, voyons, on a fait comme les autres jours, mais tu sais c'est des bestioles assez capricieuses … Surtout celle-là avec son petit caractère.

- Bon tant pis. Le temps qu'elle revienne, on va tourner avec la doublure. On s'arrangera pour les raccords, on supprimera des gros plans enfin on verra …

- Ben c'est à dire la doublure ... L'autre impala est plus là non plus. Elles sont parties ensemble on dirait qu'elles se sont donné le mot.

- Quoi ! Non mais qu'est-ce que c'est que cette équipe de nazes ? Je vais m'expliquer avec le directeur du parc, moi. Bon ben allez on les cherche ! Tout le monde s'y met, là, et fissa ! »

Et voilà, on allait perdre un jour de tournage pour ces bestioles à la con ! Ces antilopes, toutes des ... Je t'en foutrai, moi, des Thelma et Louise ...

 

 

 

09:59 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)