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19/10/2016

Indémodable

 

« Le courtisan autrefois avait des cheveux, était en chausses et en pourpoint, portait de larges canons, et il était libertin. Cela ne sied plus : il porte une perruque, l'habit serré, le bas uni, et il est dévot : tout se règle par la mode. »

La Bruyère Les Caractères (De la mode 16)

 

Le courtisan de Loulou le Versaillais se conformait aux goûts supposés et injonctions avérées dudit pour en obtenir quelque privilège, au moins celui de pouvoir squatter la Cour et y continuer son petit business perso, à l'instar de ses frères ennemis en courtisanerie.

Le courtisan devait évidemment courtiser à plusieurs étages de la pyramide de la servitude volontaire. Cependant toutes les marches menaient forcément à Loulou car Loulou concentrait le pouvoir.

L'état c'est moi. Le pouvoir s'incarnait dans sa petite personne rehaussée de talons et de perruques.

La dévotion fut à la mode à la fin de son règne, pour cause d'influence de la Maintenon, hystérique convertie sur le tard à la psycho-rigidité.

Disent les historiens avec un tantinet de machisme.

Comme si Loulou Soleil, entrant dans les zones crépusculaires de sa vie, avait besoin de qui que ce soit pour s'autoriser à y vieuxschnockiser.

 

« Un dévot est celui qui sous un roi athée, serait athée. » ajoute Labru (De la mode 21)

Peut être, sauf que le gros souci c'est qu'on manque de rois athées. J'entends athées de toutes les religions, y compris celle du Marché Mondialisé, celle de la Nation Barricadée.

Qui d'ailleurs à l'occasion se combinent allègrement avec les religions homologuées.

Et ce qui est encore plus grave, c'est que ce n'est que superficiellement une affaire de mode. Car, comme le dit La Bruyère dans la sentence la plus déprimante de son livre :

« Les hommes en un sens ne sont point légers, ou ne le sont que dans les petites choses. Ils changent leurs habits, leur langage, les dehors, les bienséances ; ils gardent leurs mœurs toujours mauvaises, fermes et constants dans le mal, ou dans l'indifférence pour la vertu. » (De l'homme 2)

 

Nous voilà bien habillés pour l'hiver.

 

 

 

 

 

09:27 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

16/10/2016

ça cloche

 

« L'on demande pourquoi tous les hommes ensemble ne composent pas comme une seule nation, et n'ont point voulu parler une même langue, vivre sous les mêmes lois, convenir entre eux des mêmes usages et d'un même culte ;

et moi, pensant à la contrariété des esprits, des goûts et des sentiments, je suis étonné de voir jusqu'à sept ou huit personnes rassemblées sous un même toit, dans une même enceinte, et composer une seule famille. » La Bruyère Les Caractères (De l'homme 16)

Marseillaise de naissance, j'habite aujourd'hui un bled de l'Aude, dans la région désormais dite Occitanie. Nom simple, pas un de ces machins à rallonge, où faute d'unifier on a juxtaposé.

Quoique.

Figurez-vous que y a les Catalans eh ben y sont pas contents. Occitanie ça parlerait trop de Toulouse. Ville choisie en outre pour capitale régionale. À Montpellier j'imagine qu'ils sont pas trop contents non plus, mais j'ai pas eu vent de leurs sons de cloches.

Les Catalans, eux, y font des manifs, y saisissent le Conseil d'État. Qui n'a pas mieux à faire que gérer de pathétiques querelles de clochers, hein ?

Derrière cela, je ne suis pas naïve, sombres calculs touristico-économiques. Les régions, (et à chaque niveau les autres collectivités territoriales incluses en elles comme des poupées gigognes), sont des « marques » concurrentes sur le marché.

Y a aussi les vexations politiques. D'autant plus que la présidente de région est une femme, pensez. Mais on va pas avouer des choses si mesquines. Alors on parle d'Identité, de Tradition, de Terroir. Croyant que ça sera mieux vu.

Eh bien pas par moi. Voilà de méchants mots (dirait Labru). Je leur reproche quoi ?

De regarder dans le rétroviseur, d'être mots immobiles, mots qui assignent à résidence. Bon, la querelle de clochers entre Catalans et Occitans, ça reste folklo, ça fait juste rigoler. Mais ces histoires de Français de souche ...

Et ailleurs dans le monde, que de ravages du même narcissisme des petites différences, dit Freud dans Psychologie des foules et analyse du moi (1921)

« Presque tout rapport affectif intime de quelque durée entre deux personnes (conjugale, amicale, parentale et filiale) contient un fond de sentiments négatifs et hostiles (...) Cela est plus apparent chaque fois qu'un associé se querelle avec son collègue, qu'un subordonné grogne contre son supérieur (…)

De deux villes voisines, chacune devient la concurrente envieuse de l'autre ; le moindre petit canton jette sur l'autre un regard condescendant.

Des groupes ethniques étroitement apparentés se repoussent réciproquement, l'Allemand du Sud ne peut pas sentir l'Allemand du Nord, l'Anglais dit tout le mal possible de l'Ecossais, l'Espagnol méprise le Portugais.

Que de plus grandes différences aboutissent à une aversion plus grande à surmonter, celle du Gaulois contre le Germain, de l'Aryen contre le Sémite, du Blanc contre l'Homme de Couleur, cela a cessé de nous étonner. »

Mais pas de nous atterrer.

 

 

12:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

14/10/2016

Think different

 

« 'Il faut faire comme les autres' : maxime suspecte, qui signifie presque toujours : 'il faut mal faire', dès qu'on l'étend au-delà des choses purement extérieures, qui n'ont point de suite, qui dépendent de l'usage, de la mode ou des bienséances. » La Bruyère Les Caractères (Des jugements 10)

Bien vu. Depuis les gamins en cour de récré « c'est lui qui a commencé », jusqu'à la soumission aux régimes totalitaires « je ne suis qu'un rouage, et puis si ce n'est pas moi qui le fais, il s'en trouvera un autre pour le faire, et en y mettant moins d'humanité ». 

En passant par les plus ou moins grandes malhonnêtetés en tous genres, justifiées d'un « tout le monde prend sa part, je serais bien bête de pas faire pareil ».

La cour de récré je l'ai quittée depuis un certain temps. Le régime totalitaire pour l'instant j'ai eu la chance d'y échapper. Mais pour le reste …

Nous avons des exemples sous les yeux tous les jours. Tout en haut de la pyramide, chez les prétendues élites. Et dans la France d'en bas ?

On pourrait croire que lorsque les enjeux sont réduits et les gains escomptés somme toute négligeables, il est moins difficile d'assumer un minimum d'éthique, de développer un tant soit peu le sens du bien commun. 

Curieusement : non. Nous au village aussi on a de beaux assassinats, dit Brassens. Sans aller jusque là, on constate les mêmes accommodements avec la vérité, l'honnêteté, la parole donnée, on compte le même quota de tartuffes, de petits et gros malins, de tricheurs, dans la France d'en bas que dans celle d'en haut.

Déprimant, non ?

(Si bien que je dois l'avouer, toute vergogne bue : tant qu'à faire je préférerais avoir la chance de vivre mes agacements & indignations dans le haut de la pyramide sociale plutôt que dans le bas. Comme ce bon Labru, en fait  ...)

Mais mieux vaut en rire. C'est comme toujours la meilleure chose à faire.

(Peut être la seule ?)

Et à cette fin remarquons ceci. Quelle est la phrase qui vient généralement après Il faut faire comme les autres ?

Mais moi c'est pas pareil.

Impayable, non ?

 

 

 

 

10:08 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)