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26/03/2016

Phtisie

 

Y a des moments Colerus il l'est un peu.

« On a fait tant de différents rapports, et si peu véritables, touchant la mort de Spinosa, qu'il est surprenant que des gens éclairés se soient mis en frais d'en informer le public sur des ouï dire, sans auparavant s'être mieux instruits eux-mêmes de ce qu'ils débitoient. »

Eh bien la rumeur ne passera pas par lui ! Il s'escrime à réfuter le tissu de fables et de mensonges qu'il trouve par ci par là. Exemple Spinoza serait mort de peur, suite à la menace d'être embastillé dans notre doulce France qui n'était pas encore celle des Droits de l'Homme. Loufoque, non ?

Heureusement que Colerus n'était pas du genre à mourir de rire, sinon y aurait eu du dégât collatéral dans l'air. Non lui ce qui l'ennuie vraiment c'est que courent deux rumeurs dans le port d'Amsterdam et les rades de la Haye :

1) « que (durant son agonie) ces propres paroles lui étaient sorties de la bouche une et même plusieurs fois 'O Dieu aye pitié de moi misérable pécheur' »

2 ) «qu'il tenait auprès de soi du suc de Mandragore tout prêt, dont il usa quand il sentit approcher la mort ». 

« De quoi de quoi ? Un homme écrit pis que pendre sur la religion (qu'il nomme superstition) et retire à Dieu son statut de tout puissant providentiel. Et puis il l'appellerait au secours devant la mort ? N'importe quoi ! »

Ça, c'est ce que dit en substance un autre biographe de Spinoza, un dénommé Lucas, qui lui tresse plein de louanges pour son dévouement à la cause de la vérité.

Colerus en reste au factuel : les gens qui étaient avec lui n'ont pas entendu ces mots. (Entre nous je pense que Spinoza aurait préféré cette démarche).

Mais il ajoute « il n'y a pas d'apparence non plus qu'elles soient sorties de sa bouche, puisqu'il ne croyait pas être si près de sa fin ». Sous entendu : « s'il s'était su à l'article de la mort, va savoir si le grand Spinoza n'aurait pas in extremis ratifié ma foi de Colerus ? »

C'est ce qui s'appelle se donner le bénéfice du doute.

Quant à l'histoire de la mandragore, il ne cherche pas non plus à argumenter sur le fond. Comme quoi précipiter sa fin, dans la perspective du conatus perseverare in suo esse c'est un peu limite. Ou pas ? En tout cas ça se discuterait.

Il se contente de mentionner le mémoire de l'apothicaire pour les médocs, Spinoza étant mort avant de régler la note. (Entre nous ça fait pas trop de pub audit apothicaire dont je tais le nom y a prescription quoique Colerus, lui, n'hésite pas à balancer).

« On n'y fait aucune mention ni d'Opium ni de Mandragore ». Si c'est pas une preuve, ça, hein ?

Bref, dit Colerus, voici ce qui est sûr. Spinoza la veille de sa mort, comme il ne se sentait pas très en forme, « après avoir fumé une pipe de tabac s'alla coucher de bonne heure ». 

(Comme Proust en quelque sorte. Sauf que Proust ne fumait pas mais faisait des fumigations contre son asthme).

Personne ne s'inquiéta outre mesure, ils avaient l'habitude de le voir en sale état, car il était d'une constitution très faible, malsain, maigre, & attaqué de phtisie depuis plus de vingt ans. Mais voilà le lendemain la phtisie a fini par le tuer. C'était le 21 février 1677, il avait 44 ans.

Pas si mal pour un phtisique à l'époque. À qui de surcroît, il faut bien le dire, un certain nombre de gens, distingués ou pas, s'étaient employés à pomper l'air.

 

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24/03/2016

Objet non identifié

 

Il ressort au moins une chose du concept de Dieu chez Spinoza : il  est clairement inepte (= adaptable à rien de connu) comme dirait Montaigne. Ce qui oblige à revoir notre logiciel comme disent les médias.

Un concept trop simple, trop cétévidentesque pour un amateur de byzantinismes adorant l'alibi métaphysique.

Concept au contraire trop subtil pour un fondamentaliste de toute marque. (NB Les fondamentalismes comme les marques de lessive c'est un même produit sous différents conditionnements).

On a reproché à Spinoza de se forger ce concept précisément à sa main. Comme Louis Soleil dit L'état c'est moi, lui dit en quelque sorte Dieu est ce que j'en dis.

Colerus en est tout chamboulé le pauvre homme. « Il se donne la liberté d'employer le nom de Dieu, et de le prendre dans un sens inconnu à ce qu'il y a jamais eu de Chrétiens. »

Mais là où ça coince vraiment, et pour bien d'autres que ce bon vieux Colerus, c'est que Spinoza établit une jonction hardie entre les deux concepts de liberté et de nécessité. Voici donc :

La minute nécessaire de Monsieur Spinoza

Minute c'est une façon de parler, en fait Spinoza dirait plutôt « un certain aspect d'éternité ». (Pas d'affolement on verra ça à Temps). 

« Est dite libre, la chose qui existe par la seule nécessité de sa nature et se détermine par soi seule à agir ». (déf 7 Partie 1)

Se détermine par soi seule à agir : les lois en fonction desquelles DSN évolue (en leur complexité de combinatoires ça va sans dire) ne lui sont pas extérieures (voir Ni ni). Il/elle est ces lois-mêmes. Tout en se constituant dans l'existence sous l'action de leur processus.

Bref donc nature « naturée » (versant nécessité) et nature « naturante » (versant liberté) sont la même chose, sous deux modalités simultanées.

« Cet Étant éternel et infini que nous appelons Dieu, autrement dit la Nature, agit avec la même nécessité par laquelle il existe. » (Préface Partie 4)

Spinoza a bien vu que sur ce coup-là tous les Colerus friseraient l'apoplexie.

« Je ne doute pas qu'il s'en trouve beaucoup pour rejeter cette proposition comme absurde pour la seule raison qu'ils ont l'habitude d'attribuer à Dieu une autre liberté, bien différente de celle que nous avons dite ; à savoir une volonté absolue. » (Partie 1, prop 33, scolie 2).

Entre nous ceux-là se simplifieraient la vie en admettant (à vrai dire en constatant) que DSN ne veut rien et se contente d'être. D'être juste ce qui se fait, selon le procès de l'espace-temps.

Dont participe chaque chose, dans la même libre nécessité. Vous, moi, Hulot, Einstein, Spinoza, Melle VE, les graminées, les araignées, l'arc-en-ciel.

Et toutes les organisations émergeant de l'activité de la nature. Et de celle des hommes. Mais là c'est une autre histoire, beaucoup plus problématique côté liberté comme nécessité.

 

 

 

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23/03/2016

Obligés

 

Ethique 

Partie 4 : De la servitude humaine, autrement dit de la force des affects, Appendice (chap 10 à 13)

 

« En tant que l'Envie ou un affect de Haine les porte les uns contre les autres, les hommes sont en cela contraires les uns aux autres, et par conséquent sont d'autant plus à redouter que leur puissance l'emporte sur celle des autres individus = composantes ) de la nature.

 

Les esprits cependant ne se vainquent pas par les armes, mais par l'Amour et la Générosité. (cf Générosité bien ordonnée)

 

Il est avant tout utile aux hommes de se joindre par des comportements communs, et de s'enchaîner mutuellement de liens par lesquels ils fassent d'eux tous un seul plus apte, et de se mettre, absolument, au service du renforcement des amitiés.

 

Mais il y faut de l'art et de la vigilance. Les hommes sont divers (car rares sont ceux qui vivent selon ce que la raison prescrit) et de fait la plupart sont envieux, et plus enclins à la vengeance qu'à la Miséricorde. Et donc avec chacun d'eux être soi-même et se retenir d'imiter leurs affects demande une singulière puissance de l'esprit.

Et ceux qui, au contraire s'entendent à déchirer les hommes, à réprouver les vices plutôt qu'à enseigner les vertus, et à briser les esprits des hommes au lieu de les affermir, ceux-là se pénalisent eux-mêmes et pénalisent les autres ;

et c'est ainsi que beaucoup, l'esprit débordé et dans un faux zèle de religion, préfèrent vivre parmi des brutes plutôt que parmi les hommes ;

on dirait des enfants ou des adolescents qui n'ayant pas le bon sens de supporter les réprimandes de leurs parents, voient un refuge dans une obéissance militaire, préfèrent les inconvénients de la guerre et la domination d'un tyran au confort d'un chez-soi et à l'éducation d'un père, et supportent qu'on leur impose n'importe quel fardeau, pourvu qu'ils se vengent de leurs parents. »

Baruch Spinoza

 

 

 

 

 

 

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