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11/02/2016

Baruch

 

Pourquoi Papa et Maman Spinoza ont-ils prénommé leur fiston ainsi ? On me dira que cette question n'est pas importante.

Pourtant chercher le prénom de l'enfant à venir est dire quelque chose d'un désir (ou d'un fantasme, ou d'une injonction, ou tout cela ensemble) quant à sa place dans le monde.

Anachronisme me rétorquera-t-on : à l'époque les prénoms se transmettaient de génération en génération selon des canons de piété familiale (comme cela se fait encore couramment ailleurs et parfois ici).

Baruch il fut nommé probablement parce que c'était le nom genre d'un grand père, d'un tonton, d'un frère mort en bas âge.

OK mais remarquons que chacun de ces exemples implique un climat de venue au monde bien différent. On ne peut donc éluder la question des motivations du choix même à l'intérieur d'un cadre contraint.

Exemple Vincent ou Théo ça changera des choses qui sait.

 

La biographie de Colerus commence bien sur cette question du prénom, mais non pour expliquer le choix des parents (qu'il ignorait comme vous et moi, et peut être eux-mêmes).

« Spinosa ce Philosophe, dont le nom fait tant de bruit dans le monde, était Juif d'origine. Ses parents, peu de temps après sa naissance, le nommèrent Baruch. Mais ayant dans la suite abandonné le Judaïsme, il changea lui-même son nom, & se donna celui de Benoît dans ses écrits & lettres qu'il signa. »

Il changea lui-même son nom. Son prénom plutôt, sa marque individuelle, sans s'extraire du cadre de sa lignée. D'ailleurs son patronyme avait tout pour lui convenir (en latin spinosus = épineux d'où pointu d'où au figuré subtil).

À l'inverse de changements plus étudiés (Labrunie devint de Nerval en misant sur la particule, de Crayencour étant plutôt femme de tête se fit Yourcenar, Smet Hallyday yeah yeah, & autres illustres auteurs), de Baruch à Benoît ce n'est qu'une traduction. (En fait Benedictus, Colerus traduit à son tour pour des lecteurs français).

Est-ce pour souligner l'abandon du judaïsme (en réalité c'est sa communauté locale qui l'a rejeté) ? Ou plutôt pour signifier relativité, contingence de toute appartenance autre que la seule adhésion qui valait pour lui : à la République des idées.

Elle était ce lieu symbolique où savants et penseurs de toute l'Europe dialoguaient. Et dialoguaient en latin, langue internationale. Donc langue choisie par Spinoza pour écrire ses livres et les signer Benedictus.

 

En outre cela me fait penser à un certain Szygmunt se renommant Sigmund (qu'on peut entendre sieg-mund = bouche de/pour victoire). Traduction du prénom, interprétation de soi.

En tous cas Baruch n'était certes pas béni oui oui, c'était un vrai rebelle. Mais à sa façon.

Une façon de rébellion dont le plus déterminant est peut être, paradoxalement, d'assumer de porter quelque chose comme une bénédiction universelle.

« Par réalité et perfection j'entends la même chose ». Signé Baruch.

 

 

09:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

09/02/2016

Asticot (drôle de)

« Lorsqu'il voulait se relâcher l'esprit un peu plus longtemps, il cherchait des araignées qu'il faisait battre ensemble, ou des mouches qu'il jetait dans la toile d'araignée, et regardait ensuite cette bataille avec tant de plaisir, qu'il en éclatait quelquefois de rire. » (Vie de Spinoza par Jean Colerus)

Qu'est-ce qu'il vient nous embrouiller avec cette histoire, Monsieur Colerus ? Il pouvait pas nous laisser avec la belle image d'Épinal sur faïence de Delft ? Pourquoi ce coup de patte à la réputation flatteuse du bonhomme ?

Jusqu'ici c'était quasiment les Fioretti, style François d'Assise murmurant à l'oreille des loups, dansant avec les ours, chantant avec les piafs.

Mais à voir Spinoza s'employer à asticoter une araignée pour suicider les mouches, Dieu me rédime là on est carrément dans Seven.

Comment interpréter

1) le fait en soi

2) que le pasteur Colerus ait jugé bon de cafarder à la postérité sur ce sujet somme toute de peu d'importance (deux trois faucheux, une épeire au pire, vu qu'on peut supposer que les mygales couraient pas les rues en Hollande durant le petit âge glaciaire).

1 a Spinoza était arachnophobe. N'importe quoi. Dans ce cas il ne serait pas allé les chercher. Car par Saint Sigmund qui dit phobie dit évitement (par exemple au hasard d'un chien).

(N.B. Je ne suis pas plus arachnophobe que Spinoza. Lui pour les chiens je sais pas, Colerus est muet sur ce point).

1 b Spinoza négligeait les affects arachnéens, les flottements d'âme muscatiens (mouchiens, mouchistes ?) Souscrivait-il pour autant sans réserve à la conception cartésienne des animaux-machine ?

Ne nous emberlificotons pas dans un tel débat. Nous risquerions de ne pas nous en dépêtrer de sitôt. Bornons-nous à remarquer qu'il se comportait avec nos sœurs mouches et araignées comme d'autres avec de vulgaires êtres humains.

2 a Colerus avait été approché par le LAS (lobby anti spinoziste) pour casser la réputation de notre philosophe chéri, et faire baisser le cours de ses écrits à la bourse d'Amsterdam.

(Ah bon les œuvres philosophiques n'étaient pas cotées en bourse en ces temps obscurs ? Heureusement que maintenant … Ah bon, non plus ? Mais oui c'est vrai où ai-je la tête, ce ne sont pas des valeurs. Au temps pour moi.)

2 b Colerus voulait avec ce petit fait montrer comment Spinoza affinait, lors d'expériences joignant l'utile scientifique à l'agréable divertissant, sa conception du conatus perseverare in suo esse.

Conatus ? Conatus ? Drôle de nom pour une araignée.

 

 

09:19 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

06/02/2016

Araignée

 

Annexée à mon édition de l'Éthique se trouve « La vie de B. de Spinosa tirée des écrits de ce fameux philosophe Et du témoignage de plusieurs personnes dignes de foi qui l'ont connu particulièrement. » par Jean Colerus, Ministre de l'Église luthérienne de La Haye (1706)

1) Spinoza étant mort en février 1677, le moins qu'on puisse dire c'est que sa vie par Colerus n'est pas un reportage en direct live.

2) Le hasard est farceur. Colerus sonne décalé, s'agissant du biographe d'un homme que ses écrits comme le témoignage de plusieurs personnes etc. font plutôt imaginer en parangon de longanimité.

Cela dit ce nom a-t-il rapport à l'idée de colère, par exemple à un ancêtre irascible dudit Colerus ? Pas sûr.

3) Spinoza était-il vraiment la crème d'homme que décrit Colerus (au plan du comportement, pour ses opinions il est moins hagiographique, on le verra) ?

Vaste question qui se pose aussi pour bien d'autres génies.

Question inutile à mon sens. Faute de témoignages directs ou d'impressions personnelles suite à la rencontre du Spinoza de chair et d'os, fions-nous à ses écrits.

Avoir donné l'Éthique c'est déjà pas mal dans le genre service rendu à l'humanité, non ?

4) Mais cela n'empêche pas la curiosité que vient opportunément satisfaire Colerus.

« Pendant qu'il restait au logis, il n'était incommode à personne. » Un bon point pour lui : il pratiquait de toute évidence le primum non nocere (cf 25 déc 2015) avec un certain succès.

« il y passait la meilleure partie de son temps tranquillement dans sa chambre. » Oui c'est sûr rester tout seul dans son coin ça aide à ne gêner personne.

Comme dit Pascal « tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »

(Perso j'ajouterais deux trois choses comme rivalité, pulsion de mort et tout ce qui s'ensuit, mais je dis ça je dis rien et puis ne nous égarons pas).

« Lorsqu'il lui arrivait de se trouver fatigué pour s'être trop attaché à ses méditations philosophiques, il descendait pour se délasser, et parlait à ceux du logis (…) même de bagatelles. »

Ça va sans dire, qui peut le plus peut le moins CQFD. Le mec qui vous écrit une définition de Dieu sans coup férir, qu'est-ce qui l'empêche de disserter sur les riens quotidiens, le prix du pain, le temps qui fraîchit.

Ou de raconter la dernière petite blague qui court en Hollandie (ben quoi La Haye c'est en Hollandie oui ou non ?), ajoutant son grain de sel avec une verve qu'il n'est pas interdit de lui supposer.

« Il se divertissait aussi quelquefois à fumer une pipe de tabac ». Mais ne pas déduire que c'est pour cela qu'il partait du poumon. « Quelquefois » exclut l'addiction grave.

La phtisie ou genre qui l'a tué mettons-la sur le compte des rigoureux hivers bataves durant le petit âge glaciaire.

En outre rappelons-nous combien on s'employa à étouffer sa liberté et qu'ils furent nombreux, admirateurs, jaloux, cons, méchants, à sérieusement lui pomper l'air.

Le rapport avec l'araignée ? Z'êtes pas patients, hein ? Vous voulez que je vous dise vous n'en auriez pas fait une bonne d'araignée. Bon allez à suivre.

 

 

09:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)