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13/08/2016

Orgie pour tous

« T'en as pas marre toi ?

- Oh là là m'en parle pas ! On se demande comment ils arrivent à ce niveau de décibels, on dirait qu'ils sont cinquante. Et le bordel qu'ils ont mis ! Vaut mieux pas penser à la chambre de Sophie façon champ de bataille ...

- Le boulot pour ranger après ...

- Les pires c'est les petits triplés, non les … enfin les deux, là, Sigismond et Sigisbert, y en a pas un pour rattraper l'autre !

- Soi-disant des hyperactifs elle a dit la mère. Tu parles, elle a bon dos l'hyperactivité. C'est rien que des sales gosses mal élevés, ou alors très très cons, c'est tout …

- Tu crois que c'est parce que c'est des garçons qu'on leur passe tout ? Qu'on encourage l'agressivité façon Obélix ? D'abord taper, réfléchir après ...

- Oh non, ce serait trop beau, on pourrait au moins compter sur les filles. Mais regarde la petite Regina, et Gisella, encore plus agitées si tu veux mon avis.

- Comment ils font leurs parents à tous ces mioches ? Ça c'est la question. Tu crois qu'ils sont pareils chez eux, ou c'est seulement ici, pour nous faire tourner en bourriques genre les mamies c'est là pour ça ?

- Crois pas. À mon avis ils sont comme ça tout le temps … Les parents ils sont débordés, mais ils le planquent, ils gèrent au quotidien comme ils peuvent, ils font genre c'est notre choix d'éducation. Mais en clair à l'arrivée ils maîtrisent rien.

- Oui mais alors ça veut pas dire que nous on aurait raté un truc à notre génération, dans l'éducation de nos enfants à nous, les parents hyperdébordés de ces hyperactifs ? On n'a pas été trop hypercool, nous ? Tu crois pas ? À voir le résultat, des fois on peut avoir des doutes …

- Mais non, on a fait ce qu'il fallait. On leur a ouvert l'esprit, on a évité de les culpabiliser, on leur a donné des valeurs en profondeur, on a favorisé leurs énergies. Globalement tout ça va bien évoluer tu verras. Les gamins agités qu'on se tape là en ce moment, c'est un épiphénomène, le contexte, tout ça. Et pour dire même plus, ça leur passera avant que ça nous reprenne, sûr.

- Ouais t'as raison en fait. Ils s'éclatent à l'anniversaire de leur copine, c'est un peu normal. La pagaille maxi, une orgie d'orgeat et de fraises tagada, c'est de leur âge après tout. Ils ont le temps d'être raisonnables.

- S'ils le deviennent finalement … Regarde, nous, on est vieilles, on est grand mères, mais adultes et raisonnables, tu crois qu'on le sera jamais ?

- T'as raison. Et tu sais quoi on s'en fout. Allez, on se fait un autre oinj ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

09:21 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

10/08/2016

Sophie

Elle ouvre chaque jour son journal, pour y noter ce que les adultes nomment ses états d'âme. Un mémo de ses malheurs comme de ses bonheurs.

Souvent les mots se font des sortes de stèles, consacrées à célébrer quelque chose : une rencontre joyeuse, des bras ouverts, une lecture, une chanson. Et surtout la beauté.

Celle de la nature, comme l'azur là-haut tellement profond qu'on se donne pour seul but de s'y perdre, une seconde, une heure, tout le temps qu'on pourra. Comme les bêtes, le sable, les rochers, les plantes.

Et la beauté des gens, leurs corps, leurs mouvements. Leurs faces, avec leurs yeux répondant à son propre regard.

Quant aux malheurs ? Beaucoup, forcément. « Avec mon nom, normal » s'amuse-t-elle. Les jours où elle est forte. Les jours où l'humour la console, en grand frère ouvrant la route.

Les malheurs, à supposer qu'on les compte, sont grosso modo en nombre égal aux bonheurs dans ses journées. Seulement plus âpres, plus prégnants, ôtant d'un seul coup toute clarté, comme un nuage d'orage étend son ombre sur la campagne.

Ronsard s'est trompé. Les roses en bouton savent la souffrance comme les fanées. Et en sont davantage blessées, n'ayant pas renoncé à la révolte.

Quelle souffrance, quelle révolte ? Comment les formuler ?

Toute chose trop semblable et trop autre, tellement proche et tellement fuyante. C'est pour cela les mots. Le journal, ça sert à ça.

Pour que le fuyant se rapproche, que le trop proche s'écarte. Pour que l'autre se fasse même, et le même autre.

Elle est poète sans doute, pour parler de cette façon, pour comprendre le monde à cette mode. Dans les poètes, pas que des adolescents. Dans les poètes on trouve des mûrs et des âgés, beaucoup.

Des fanés, des amers, ou dans l'autre sens, des sages à l'âme étale.

Dans les poètes, pas que des adolescents. Pourtant une chose est sûre : tous les adolescents sont poètes, peu ou prou. Pas forcément créateurs de vers, de textes et de mots. Créateurs, tout court.

Capables encore d'aller au fond du non connu pour trouver du nouveau. Des trouveurs, des explorateurs. Des gens prenant la route.

Sur la page de son journal, à travers les jours heureux et les jours sombres, elle trace sa route, Sophie.

 

 

09:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

06/08/2016

Apache

 

Elle déteste les westerns. Le cowboy cul vissé sur son canasson à longueur de pellicule, ça lui a toujours paru d'un ennui mortel. Y compris les films qui affectent la distanciation, s'efforcent à l'élaboration, proclament « genre revisité » dès le générique.

Si vous êtes allergique à Proust, la meilleure des madeleines pur beurre vous dégoûtera.

Elle n'aime pas davantage retrouver les poncifs du genre dans le descendant direct, le film de truands. Même beaucoup de simples polars en sont contaminés.

Équipes en miroir, cowboys/indiens ou flics/voyous, avec de part et d'autre le fou de guerre et le mesuré prêt au dialogue, avec le traître ou l'infiltré. Poursuite en auto vroumvroumant à travers des rues et des rues, ou traque en canasson crinière au vent slalomant entre des cactus et des cactus.

Tout ça c'est kif kif bourricot et ça suscite en elle le même réflexe de bâillement. Et pareil pour la plupart des fictions autour de l'espionnage, et jusqu'aux scénarios faisant atterrir des extraterrestres. Pas sa tasse de café.

Le plus agaçant est le traitement réservé aux femmes dans ces types d'aventures. Aucun rôle de premier plan, ou même au second plan de l'action.

Ou alors celui de la pute ou assimilée, avec l'option PV (pute victime) et sa variante PGT (pute gibier de tueur), ou encore l'option PS (pute salope).

Plus rarement traîne dans un coin de l'écran la Femme Admirable et Courageuse, une mère, une sœur du Premier Rôle, voire une épouse délaissée, épouse cocufiée, épouse ridiculisée, mais épouse fidèle sans moufter.

Il y a juste une différence entre le film de truands (et autres) et le western pur jus. Les truands (et assimilés), même vaincus en fin de film, ne perdent pas totalement la face.

Ils gardent souvent, quoique finalement ratatinés dans les derniers mètres des 120 minutes de pellicule, une certaine aura : ils ont un léger déficit côté morale, certes, mais ce sont, c'étaient, des durs, des malins. Ils ont su ce qu'ils voulaient, sont allés jusqu'au bout. Et cela même affaiblis par une enfance difficile ou la rencontre d'une PS.

Mais l'Indien : un loser né. Quoi d'autre ? Après, deux cas. Ou bien la lose le rend mauvais, il va déterrer son arme de guerre mais la production a prévu le coup et on la lui a faite en carton pâte.

Résultat il passe pour un con.

Ou bien il n'est pas si salaud, il a des valeurs, il fait des trucs bien. Mais des trucs bien de loser, genre où on ne frime pas, où on ne confond pas malin et manipulateur, tout ça. Du coup forcément c'est pas raccord avec l'attente de la production. Ou du public. Ou des deux.

Résultat il faut qu'il perde car au fond ça arrange tout le monde.

Elle déteste les westerns. Dans une autre vie elle a dû être apache.

 

 

09:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)