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21/03/2016

Ni ni

 

« Cet Étant éternel et infini que nous appelons Dieu, autrement dit la Nature »

(Préface Partie 4 de l'Éthique)

 

Le rapprochement Dieu/Nature a parfois suscité le réflexe lexico-pavlovien de coller l'étiquette « panthéisme » sur la pensée de Spinoza. Simpliste, non ?

Absurde, surtout. Spinoza était un type conséquent dans sa lucidité : il ne se serait pas escrimé à dissoudre l'image monothéiste pour diffracter ensuite le divin dans un kaléidoscope.

 

D'accord le panthéisme a ses atouts. C'est mimi et poétique, a priori plus inoffensif que le monothéisme (qui induit logiquement une pensée totalisante et exclusive).

Mais cela n'empêche qu'il participe du même tropisme de transcendance. Le panthéisme est transcendance camouflée, comme infusée à l'intérieur du réel.

 

Pour Spinoza c'est kif kif, auquel répond son ni ni. Ni Dieu-Maître, ni non plus « nixe nicette aux cheveux verts et naine ». (C'est d'Apollinaire : joli, non ?)

Sa nature à lui, estampillée DSN, est pure et simple, par-faite dit-il. Porteuse par elle-même et elle seule de la potentialité de se réaliser.

L'occasion de vous seriner une fois de plus ma citation-fétiche « Par réalité et perfection j'entends la même chose ». (P2 définition 6, reprise dans l'appendice P4).

DSN est donc sans « arrière-monde », comme dirait Nietzsche, qu'on situe ledit arrière-monde au-delà ou en dedans. Mais précisons encore.

 

La nature estampillée DSN n'est pas à identifier aux choses de la nature, fleurs, petits oiseaux, gros poissons, araignées, mammifères humains ou pas, graminées, volcans, fleuves. Ni même étoiles, trous noirs, cellules, atomes, quarks, voire boson de Higgs.

Elle inclut tout cela, incluant tout le réel réalisé. Mais le terme désigne aussi bien les lois physiques de la matière, du mouvement, de l'énergie.

C'est une « fonction nature-espace-temps », en permanente potentialité de réaliser du réel.

 

En conclusion je dirai que Spinoza ne voit pas d'incompatibilité entre les points de vue d'Albert Einstein et de Nicolas Hulot. (Ici pas de ni ni)

 

Remarquons cependant qu'il voit plutôt les choses à la façon d'Einstein.

Nobody's perfect.

 

 

 

 

 

10:11 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

19/03/2016

Nature

 

« Nous avons montré, dans l'Appendice de la Première Partie, que la Nature n'agit pas en vue d'une fin ; car cet Étant éternel et infini que nous appelons Dieu, autrement dit la Nature, agit avec la même nécessité par laquelle il existe. »

La préface de la partie 4 de l'Éthique est un grand moment du livre (tout comme l'Appendice P1 mentionné). Un grand moment de la philosophie, et un grand moment tout court.

On y est emporté par un raisonnement rapide et puissant comme le cours d'un grand fleuve. Un raisonnement tout simplement beau, de cette beauté fortement architecturée et subtilement ouvragée à la fois qui est celle de l'ouverture d'un opéra de Mozart. (Pour prendre un exemple raccord côté génie).

 

« Dieu autrement dit la Nature » Deus sive Natura : trois mots qui ont fait couler pas mal d'encre et de salive.

Déjà séparément chacun des deux poids-lourds, Dieu et Nature, a pu en compter des océans à son actif, dans plein de livres philosophiques ou pas. Dans plein de lieux, communs ou pas.

Des mots qui ont fait couler aussi d'autres liquides disons moins anodins, sueur, sang.

Mais dans l'Éthique c'est la collision des deux qui a suscité commentaires & interprétations. Le petit mot-cheville « sive » (= ou bien, autrement dit) y joue la vedette.

Rôle rare pour un mot de sa catégorie : conjonctions, prépositions et autres outils qu'on emploie sans y prêter grande attention. Et qui pourtant portent parfois, comme ici, l'essentiel du propos.

« Autrement dit » marque l'identité des deux notions, puisqu'elles peuvent être nommées par l'un ou l'autre mot indifféremment. Quoique.

Plutôt qu'identité qui considère un rapport entre essences, il s'agit d'identification. Car si DSN (deussivenatura) « agit par la même nécessité par laquelle il existe », cela signifie

1) DSN n'a d'existence que dans un processus, une dynamique. « L'existence de Dieu et son essence sont une seule même chose. » (Partie 1 prop 20)

2) Il s'agit d'un déploiement sans fin, aux deux sens. Comme Bayard est sans peur et sans reproche, DSN est sans terme et sans plan/projet préexistant.

3) Il n'y a donc personne aux commandes, un créateur, un démiurge ou quoi que ce soit, qui serait occupé à tout superviser ou providentialiser depuis un PC extérieur au réel. Rien d'autre n'est que ce qui est en réalisation dans le processus d'existence.

 

C'est ainsi que Spinoza dissout la distinction immanence/transcendance.

En d'autres termes, « Dieu » est soluble dans l'existant « Nature ». Ce qui est tout simplement l'expérience pratique.

Si on boit un café sucré, on ne boit pas sucre d'un côté et café de l'autre. Cela dit y a ceux qui sucrent et ceux qui sucrent pas.

Y en a aussi qui édulcorent à l'aspartame, ce qui complique la question je vous l'accorde. (Pour moi ni sucre ni sucrette mais du lait SVP).

 

09:23 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

17/03/2016

Main

 

« J'en viens maintenant à expliquer les choses qui durent nécessairement suivre de l'essence de Dieu, autrement dit de l'Étant éternel et infini.

Pas toutes, évidemment, car il dut en suivre une infinité d'une infinité de manières, nous l'avons démontré à la prop 16 part 1,

mais seulement celles qui peuvent nous conduire comme par la main à la connaissance de l'Esprit humain et à sa suprême béatitude. »

Introduction à la partie 2 de l'Éthique.

Dans un tel passage, tout Spinoza est là, ou du moins beaucoup de ses facettes. Un échantillon représentatif disons.

« J'en viens maintenant à expliquer ». Une AISI qui frise la provocation.

(AISI ? Faut suivre, hein : cf Humilité. Ça y est, vous l'avez ?)

« Bon les mecs sans me vanter j'ai expliqué Dieu sa vie son œuvre : ça, c'est fait. Pour le reste I can pareil dans la foulée. Alors on s'y met, parce que c'est pas tout ça j'ai des lentilles sur le feu, moi. »

 

« Nous l'avons démontré à la prop 16 part 1 ». Genre le prof qui veut pas perdre l'attention (qu'il sait si fluctuante) de sa classe, et multiplie les balises sur le parcours.

Une incise comme un repentir après le évidemment un peu trop vite lâché.

« Ouh là quand ils prennent ce regard vide, c'est qu'ils décrochent. Et en plus y en a pas un qui lèverait la main pour poser une question. C'est à se demander s'ils ont envie de comprendre. Bon. Allez. L'enseignement est l'art de la répétition.

Et l'éthique un art martial ».

 

« Nous conduire comme par la main ». Dieu me blinde : émouvant, non ? Sollicitude fraternelle, patermaternelle. Comme on tend la main à l'enfant qui commence à marcher.

Dans l'Éthique on a affaire à la froide rigueur du raisonnement abstrait. Parfois en corollaire à une certaine humeur due à la lenteur de comprenette (supposée à juste titre) des lecteurs.

Et puis, de temps en temps comme ici, affleure le cœur, le noyau lumineux et chaud au principe du texte. Dans toute sa générosité (cf ce mot) Spinoza convie ses co-humains à partager la béatitude qu'il a cherchée au prix de veilles et de deuils.

Et pourtant, (et on dirait que le texte le découvre en le formulant, là est son charme pour moi) c'est la vie elle-même qui nous y mène comme par la main.

Une béatitude, déplorons-le au passage, que stupidement rata Melle Vanden Ende, refusant à Baruch Spinoza sa main à elle.

 

Cela dit, ça ne vous aura pas échappé, il reste un léger détail dans la citation ci-dessus. « Dieu autrement dit l'Étant éternel et infini. »

Dieu me turlupine, dira le lecteur, je brûle de savoir 1) qui est « Dieu » au fond pour Spinoza, 2) comment cette pauvre Ariane va s'en dépêtrer.

Eh bien réjouis-toi lecteur, la prochaine fois tu iras d'illuminations en eurêkismes, quand notre abécédaire abordera le N comme … comme ?

(Trop fort le suspense !)

 

10:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)