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11/03/2014

Là-bas

Là-bas s'oppose à ici.

 

Là-bas à Fukushima. Ici chez nous.

 

Là-bas à Fukushima et plus généralement au Japon existent des risques naturels tels que séismes, inondations, tsunamis.

Ici chez nous, en tout lieu du territoire français et plus spécialement le long de la vallée du Rhône ou aux abords de la commune de Fessenheim, de tels risques n'existent pas. Ou alors il y a longtemps, ou pas longtemps, ou rarement.

 

Là-bas à Fukushima ils ont construit une centrale nucléaire, et plus généralement d'autres centrales ailleurs au Japon, sans se poser la question des risques naturels. Ou alors il y a longtemps, ou pas longtemps, ou rarement.

Ici chez nous on a aussi construit des centrales, sans se poser la question des risques naturels. Jamais. Ce qui est raisonnable, puisque des risques naturels, il n'y en a pas. Et chez nous on est raisonnable, on est logique car on est le pays de Descartes.

 

Là-bas à Fukushima il y a un empereur, ce qui n'empêche pas le régime d'être démocratique. Ici chez nous on est le pays de la Révolution Française & des Droits de l'Homme, ce qui implique que nous sommes la démocratie-même, en tout, pour tout.

 

Là-bas à Fukushima au Japon il y a des lobbies.

Ici chez nous il n'y a pas de lobbies, mais des conseils en décision qui sont juge et partie. Nuance. Ici chez nous en France, au pays de l'esprit et de la finesse, tout est nuance.

 

Là-bas à Fukushima au Japon, pays de rudes samouraïs, les choix énergétiques se font de façon brutale, opaque, sans information et encore moins consultation des populations.

Chez nous ici en France, pays de Descartes, de la nuance, de la Démocratie et des Droits de l'Homme, les choix énergétiques se font dans une douce opacité cartésienne, démocratique et nuancée.

 

« Là-bas : vx Au-dessous, spécialement (1532) désignait l'enfer ».

 

Là-bas à Fukushima.

Là-bas à Fukushima ils tiennent bon.

Ici chez nous je pense à eux, je les salue.

 

 

12:13 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

08/03/2014

Kafkïen

Voilà un truc qui vous pose, avoir créé ou trouvé quelque chose à quoi désormais votre nom s'attache. Genre si vous transportez sur votre dos à travers les égouts de Paris votre futur gendre adoptif, si vous sonnez des cloches en criant « asile ! asile ! », on ne manquera pas de taxer votre comportement d'exagérément hugolien. Quand, faisant la poussière, vous lâcherez malencontreusement votre vase Ming, et qu'au lieu de rester suspendu en l'air le temps que vous réagissiez il ira bêtement s'écraser au sol, vous pesterez contre son conformisme newtonien. Quand vous embrasserez l'aube d'été du côté de Charleville-Mézières, on dira de deux choses l'une ou il fait un coming-out rimbaldien, ou il est un peu ivre. Quand vous vous prendrez la tête à propos d'être ou pas, de tuer ou pas Tonton qui a tué Papa (comme son fantôme est venu vous le révéler) avant d'épouser Maman, et que vous vous demanderez si toutes ces tergiversations ne sont pas l'indice d'un complexe d'Oedipe mal résolu, on se dira : « shakespearien ou freudien, das ist die Frage » (ces derniers mots prouvant qu'on a inconsciemment déjà opté pour l'un des termes de l'alternative).

Si une forme particulière d'agoraphobie vous touche lors d'un voyage intersidéral, il y a fort à parier que vous soyez pascalien. Si la disparition des dinosaures ne vous fait ni chaud ni froid, voyez-y l'expression de vos gènes darwiniens. Si la beauté vous a assailli sans crier gare un matin de votre enfance à l'écoute d'Une petite musique de nuit, vous serez mozartien jusqu'à votre requiem inclus et qui sait au-delà.

Quant à être kafkaïen, je ne vois pas comment on pourrait l'éviter dans notre monde, dont je n'entamerai pas le procès car les occasions de cafarder y sont déjà trop nombreuses, raison pour laquelle ce blog se place résolument dans une perspective de divertissement. D'où Kafka.

 

Vous ne voyez pas le rapport ? Figurez-vous que Kafka, on ne le sait pas assez, avait un certain sens de l'humour. Un humour certes personnel, subtil et pince sans rire autant que caricaturiste, naviguant entre l'absurde et la métaphysique. Pour illustrer le propos, sur l'échelle de Kafka de l'humour, graduée de 0 à 10K, Bigard serait disons à - 50K et Desproges à 9 ou 9,5K.

 

Kafka n'a pourtant pas mené à bien sa carrière comique, pour cause d'inaptitude à l'auto-promotion et de santé fragile, mais c'est bien dommage, à en juger par des trouvailles comme celle-ci. (Chaque fois que je relis cette phrase, j'y peux rien, je suis morte de rire).

 

Dans mon tiroir traînent de vieux papiers, que j'aurais jetés depuis longtemps si j'avais une corbeille à papiers. (Journal, 25-12-1910)

 

 

 

 

 

09:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

05/03/2014

Job

« n. m. répandu fin XIX° et surtout vers 1950. Anglicisme familier.

Travail rémunéré, qu'on ne considère généralement pas comme un véritable métier : étudiant qui cherche un job. »

Et qui trouvera plutôt (si je peux me permettre d'interrompre cette magistrale définition) un stage non rémunéré, malgré son niveau de qualification. Certes il est probable que Robert fasse ici allusion à un truc style « job d'été », mais même l'été on a besoin de fric pour vivre je sais pas s'il est au courant. En fait je me demande si ce ne sont pas les employeurs par hasard qui souvent pensent que l'étudiant qui cherche à bosser n'a pas à prétendre à « un véritable métier », quelle que soit la saison. Passe ton bac d'abord ! - C'est fait. Ah ? Alors ton DESS. - C'est fait aussi. Ah ? Euh … Va voir du côté de Pôle Emploi, j'ai vu une annonce pour un CDD de trois jours comme plongeur au restau du coin, avec ton doctorat en océanographie tu as tes chances.

« Tout travail, emploi rémunéré : il a un bon job. Changer de job. »

Entre nous moi si j'ai un conseil à lui donner au mec, s'il a un bon job qu'il le garde plutôt. Il est clair que Robert Petit, il a pas trop galéré à Pôle Emploi ...

 

« Rem. Ce mot est féminin au Canada : une job intéressante. »

N'y aurait-il pas dans cette remarque d'apparence linguistique un message subliminal ? Ici c'est mort les cocos, le courbe de la chômage étant rebelle à tout inversion, malgré de sérieux injonctions gouvernementaux et de splendides promesses patronaux, allez plutôt tenter votre chance dans la Belle Province, Tabernacle !

Tabernacle implique d'informer les curieux de l'histoire des mots que, comme souvent, par exemple dans la cas de poubelle ou vespasienne, c'est un nom propre qui est à l'origine du vocable. D'après les spécialistes, aurait vécu dans les temps bibliques et au Moyen Orient un dénommé Job qui, ayant perdu le sien perdit aussi femme et enfants, et se clochardisa sur un tas de fumier. Ce n'est qu'après de nombreux envois de CV auprès des plus hautes autorités que sa situation finit par s'améliorer, style tout est bien qui finit bien : Job, après cela, vit cent quarante ans. Il voit ses fils, les fils de ses fils, quatre générations. Et Job meurt vieux, rassasié de jours. (Jb 42,17)

Bref, ça prendra le temps que ça prendra mais on y arrivera, hommes de peu de foi !

Je dois cependant à la vérité de signaler que dans mon Robert, le mot « job » vient après « joaillier » et avant « jobard », ce qui vous en conviendrez ne rend pas optimiste sur l'évolution de la courbe du chômage.

Au fait, il y a dans Robert un deuxième « job » signalé comme loc.fam.vieilli (mais non, pas loqueteux famélique vieilli, faut pas avoir l'esprit mal tourné comme ça). « Monter le job à quelqu'un, lui monter la tête, l'abuser. »

 

Aucun rapport.

 

 

12:56 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)