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24/04/2015

Chienne de vie

Il y a eu paraît-il des critiques, le non sus-nommé ou d'autres, pour voir dans notre petit chien la figure de Cerbère. Un conseil à ce propos, quand vous lirez sur la porte des Enfers l'écriteau « chien méchant », même en l'absence de phobie des chiens, faites demi-tour dès que possible. D'après des sources bien informées Cerbère aurait trois têtes (donc 3 gueules chacune garnie de 4 canines, ce qui nous fait 12 impacts potentiels en cas de morsure – et encore c'est une estimation basse, je vous fais grâce des autres dents ainsi que des griffes). Son cou, toujours selon les mêmes sources, serait hérissé de serpents. Des particularités qui ne lui donnent pas un aboi, pardon un abord des plus avenants.

Et quand bien même l'écriteau serait du bluff, il est toujours préférable de ne pas s'aventurer du côté de la porte des Enfers. Conseil d'amie. Au-delà, plus aucun ticket n'est valable. Et pas plus votre carte bleue ou votre carte vitale.

 

Tout ceci pour dire Dieu me damne si je vois le rapport entre ce sale clébard de Cerbère et notre petit chien. Si vous voulez le fond de ma pensée, nous avons ici affaire à une sorte de réflexe pavlovien selon l'équation : mort + chien = Cerbère.

Mort : oui d'accord, même en l'absence de flair critique développé, ce tableau plein de vide aux nébulosités sombres nous met nécessairement sur la piste de la mort. On en reparlera. Mais réfléchissons. Si Goya avait voulu poser une référence mythologique à Cerbère, il me semble qu'il avait la solution simple de nommer ainsi son tableau. Il l'a bien fait pour Saturne. Et surtout, il l'aurait peint avec l'attribut incontournable des 3 têtes, non ? Ou au moins il l'aurait fait plus effrayant. Et surtout davantage chien de garde. Parce que je ne voudrais pas dire, mais avec un Cerbère de cet acabit, les Enfers on y entre comme dans un moulin, et pire on en sort itou. Ce qui n'est pas le concept, me suis-je laissé dire.

 

Question : pourquoi ce réflexe pavlovien des critiques ? C'est ici l'occasion de faire une rapide typologie des races critiques. (Sans me vanter j'y ai plus d'expertise que dans celle des races canines). Il y a deux sortes de critiques : ceux qui sont capables de vraiment regarder, écouter, lire une œuvre. Exactement comme elle se présente à eux, sans grille préconçue. Ils ne seront peut être pas plus objectifs, mais au moins ils seront sincères. Avec elle, avec eux-mêmes. Car ils seront présents.

Et puis il y a ceux qu'on peut nommer critiques à fiches. Ils regardent écoutent lisent en cochant des cases (pour cocher des cases?), et tirent des conclusions qui sont nécessairement déjà impliquées par leur choix de cases. (En fait ça ressemble beaucoup à un questionnaire de sondage, sauf que la case sans opinion n'existe jamais).

Seulement, pour le dire à la façon de ce bon vieux Pascal, on peut subodorer que la vraie critique se fiche des fiches, et que par conséquent ce petit chien n'est pas Cerbère. (A suivre).

09:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

21/04/2015

Le Chien

Dans les années 1820-23, Goya peint un tableau nommé « Le Chien ». Il a plus de 70 ans. Pas le chien, Goya. Ne me demandez pas à quoi correspond 70 ans en âge chien. Je sais qu'il y a plus ou moins une manip à faire avec le chiffre 7. Ou 6 ou 5 ? Mettons 7, mais faut-il multiplier ou diviser ? 70 divisé par 7 = 10. Multiplié par 7 = 490. Ça fait beaucoup quand même. Divisé donc.

Maintenant la question est de savoir si le chien que peint Goya sur ses 70 ans a le même âge que lui, donc disons 10 ans. J'incline à penser que oui, pour la bonne raison qu'il ne faut pas être grand critique d'art ni très fin psychologue pour deviner que ce chien fait office d'autoportrait.

Il eût été utile, direz-vous, que je misse l'image en question sur cette page ici-même, afin que vous pussiez suivre plus facilement mon petit laïus, qui sera n'en doutez pas fort éclairant. Mais à propos d'autoportrait, parmi mes (nombreuses) qualités figure en bonne place l'incompétence avec les ordinateurs. Peut être le nom et les associations qu'il induit pour moi ? Grand ordinateur, grand inquisiteur, grand gourou, chef en chef, maître des maîtres. Bref le chien de Goya il faut aller le voir par vos propres moyens (en tapant «Goya le chien» par exemple, c'est facile même moi j'y suis arrivée).

Pourquoi faire son autoportrait sous la forme d'un chien ? Goya n'est plus là pour nous le dire. En outre les artistes ne pensent pas, ils créent. La question du pourquoi n'est pas la leur, ils nous la laissent. Dont acte. Mais regardons d'abord l'œuvre de plus près. Le sujet, le chien en question, n'occupe en fait qu'un pourcentage réduit de la toile, seule sa petite tête noire en émerge.

La composition est en trois plans. Au premier plan une sorte de talus couleur terre de Sienne, le bord d'un chemin dirait-on, qui présente sur la moitié droite une brusque pente ascendante.

A l'arrière-plan un fond dans les couleurs ocres qui occupe les 4/5 du tableau. Ce n'est pas tout à fait un ciel plutôt une nébulosité. Vraiment plombé dans la partie supérieure, il s'éclaircit, s'illumine même, en descendant vers le talus. Là précisément où apparaît la tête de chien, située dans le plan intermédiaire entre le fond nébuleux et le talus de terre, un peu à gauche de la brusque montée du talus.

Le chien regarde vers la droite, vers la montée donc, truffe en l'air, oreille en train de se dresser, œil écarquillé. On dirait qu'il surgit de derrière ce talus répondant à un appel, ou attiré par un bruit, un mouvement.

Dans le bouquin où je regarde cette image, le commentaire d'un critique voit dans l'attitude du chien « crainte et résignation ». Je ne me pensais pas jusqu'ici grande spécialiste en comportement canin (vu que j'ai la phobie des chiens, Dieu me muselle je vous l'ai déjà dit, non ?) : eh bien j'ai trouvé plus nul que moi. Un chien résigné baisserait la tête et les oreilles, un chien qui a peur s'aplatirait, se préparerait à faire demi-tour, la queue entre les pattes.

Le chien de Goya, lui, est juste en arrêt. Et, on le devine à sa seule tête (bravo l'artiste), il est aux aguets, tout excité dans l'attente. Attente de quoi  ? Est-ce une attente angoissée ?

(A suivre)

09:16 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4)

17/04/2015

Dédicace

« Le chemin ça n'existe pas. » 

( Ainsi parlait Zarathoustra. L'esprit de pesanteur 2)

 

Les meilleures choses ont une fin. C'est ici que je vais arrêter la randonnée au pays de Zarathoustra, et plus généralement au pays de Nietzsche. (Du moins pour l'instant. Car il est des textes et des auteurs qui ne vous lâchent jamais une fois qu'on les a vraiment rencontrés, je ne vous l'apprends pas).

 

Cette phrase lapidaire est sans doute un des meilleurs résumés du parcours.

J'ai fait auprès de Zara ce que Zara dit avoir fait pour son propre compte : chercher son chemin. Et je l'ai fait à sa façon, qui me convient spontanément.

« C'est à contrecoeur que j'ai demandé mon chemin. Je préfère interroger les chemins eux-mêmes et les essayer. »

 

Tu te moquerais bien de moi, lecteur, si je te disais combien de fois je me suis égarée, j'ai tourné en rond dans une ville inconnue, par répugnance à demander mon chemin à un autre passant. Stupide, non ? Sans doute. Mais finalement tu sais quoi, je suis toujours arrivée quelque part. Pas là où je l'avais prévu, d'accord. Mais Dieu me dégépéesse, c'était pas forcément moins bien.

 

Dans la lecture des textes aussi, le chemin, le sens, plutôt que le demander (aux érudits par exemple cf note 24 février), c'est bien plus amusant de « l'essayer ». (Rigolo hein, de voir que Zarathoustra parle ici en Montaigne dans le texte ?) De toutes façons c'est de bien moindre conséquence. A errer perdue dans une forêt je pourrais mourir de faim de froid ou me faire attaquer par un loup (ou pire, par un chien …. ). Mais à errer dans les livres, à accumuler d'éventuelles erreurs de compréhension, d'interprétation, qu'est-ce que je risque ?

 

« Je ne connais pas d'autre manière d'avoir commerce avec les grandes tâches que le jeu ». (Ecce homo. Pourquoi je suis si avisé)

Confidence pour confidence, moi non plus. Cela dit, lire de la philo est un jeu c'est clair, mais est-ce une grande tâche ? Pas sûr, il y en a tant de plus urgentes et utiles. Mais, comme tout le monde, je fais ce que je peux selon ce que je suis. Voilà, stop. Me voici plus bavarde que Zarathoustra. Un comble.

Finissons plutôt sur cette dédicace de Nietzsche à tous ses lecteurs :

 

« A vous, que l'énigme enivre, que contente la pénombre, dont l'âme au son des flûtes se laisse dérouter par toute ouverture vers le non-sens (…) car là où l'énigme vous est possible, vous répugnez à la solution »

(Ainsi parlait Zarathoustra. De la vision et de l'énigme 1)

Oui : à nous !

10:04 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)