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20/02/2015

Avec des yeux qui voient

 

 

"Dites, où trouve-t-on la justice, qui est amour avec des yeux qui voient ?"

(Ainsi parlait Zarathoustra. De la morsure de la vipère)

 

Sur le schéma de quatre mariages et un enterrement, voici dans cette petite phrase quatre questions et une définition. Une question évidente et explicite, deux implicites, une bien cachée mais la seule qui vaille vraiment en fait. Et puis une définition qui ne pourra qu'amener d'autres questions. Tout ça ? Ben oui déjà c'est de la philo, en plus c'est Nietzsche, donc : amis de la prise de tête bonjour. Mais restons zen, avec lui se prendre la tête n'empêche pas de prendre son pied, au contraire (forcément : Nietzsche, danseur funambule, souplesse, joie de danser …).

 

1) Question évidente et explicite : où trouve-t-on la justice ? Interrogation sur un lieu. Pas trop compliqué a priori. Un lieu, réel ou symbolique, ça se trouve ou à défaut ça peut se construire.

 

2) Mais dès qu'on tente de le désigner, ce lieu, on constate que la question en implique une autre bien lourde, bien plombée, style tout mais pas ça à l'oral du bac : qu'est-ce que la justice ?

 

3) Vient alors la prétendue définition : qui est amour avec des yeux qui voient. Là, soulagé, on se dit : super ! Sauf que : yeux OK on voit. Mais yeux qui voient ? (sehenden Augen) déjà c'est moins clair. Cerise sur le gâteau, on est bien obligé de s'avouer que l'amour : euh voyons ... Eros, philia, agapê, voilà voilà. Lequel collerait mieux dans le contexte ? Une chose est sûre, l'amour avec des yeux qui voient prend le contre-pied de   "l'amour est aveugle " et vise donc le dieu Eros, cet amateur qui n'a pas l'idée de virer son bandeau pour balancer sa flèche. (J'vous jure, après on se demande pourquoi tant de divorces). La ci-devant définition de la justice amène donc la 3° question : qu'est-ce que l'amour ? Le candidat au bac non suicidaire l'évitera idem si possible. Sinon, zen, peace and love : 0 ou 20 qu'importe, quand on aime on compte pas.

 

4) L'expression Yeux qui voient désigne deux choses de mon point de vue. La clairvoyance, la lucidité, ces bonnes vieilles Lumières qui les pauvres en voient par les temps qui courent de toutes les couleurs. Mais aussi une certaine qualité qui consiste à regarder vraiment ce qui est réellement là, sans superposer inconsciemment un schéma, un fantasme, ou pire un idéal. La qualité qui fait le juste témoin, le scientifique, le chercheur de vérité et l'amant de réalité (pas toujours à la fois certes, sinon à part Spinoza ...)

 

5) Last but not least, quatrième question, essentielle, déterminante, mais bien cachée dans ce début qui joue la banalité : Dites.

Justice, amour, Lumières : où ? A vous de chercher votre réponse : dites ! 

10:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

18/02/2015

Culture bio

« C'est le pays de vos enfants que vous devez aimer ».

(Ainsi parlait Zarathoustra. Des vieilles et nouvelles tables n°12)

 

Évidemment ! Quoi d'autre ? Quoique. Imaginons. Des choses improbables, absurdes.

Imaginons un pays qu'on nommerait d'un vieux nom, une vieillerie exhumée des violences médiévales. Ce ne serait pas une blague, ne riez surtout pas. Ce ne serait pas non plus un moment de cinéma-nostalgie en costumes d'époque et tout et tout. Non, non, on y croirait dur comme fer. On l'aimerait tant qu'on lui sacrifierait comme à un Moloch ses enfants, des vrais enfants d'aujourd'hui, faits en vraie chair, en vrais désirs, en vraie vie.

 

Ailleurs encore, on en sacrifierait plein d'autres, d'enfants, au nom d'ancêtres vénérés, de bout de terre fétichisé. Ou même au nom des deux. Sans oublier le nom de quelque Dieu. Du côté de Donetsk, vers Gaza ou Jérusalem. Et puis ici et là en Afrique, en Asie.

On enrôlerait ses enfants dans les vieilles guerres. On leur donnerait pour guides des fantômes. On n'aimerait pas le pays de ses enfants, on aimerait le pays de ses morts. Parce que ce qu'on aimerait vraiment, ce serait la mort elle-même, d'un amour passionné, exclusif ...

Que de choses improbables, absurdes, n'est-ce pas ? Nous avons décidément trop d'imagination. Ou trop peu ?

 

« Je n'aimerai plus que le pays de mes enfants, l'île inconnue au cœur des mers lointaines ; c'est sur elle que je mettrai le cap, sans me lasser. » (Du pays de la culture)

 

Pays de la culture (on traduit aussi civilisation). Pays « adieu folie suicidaire bonjour raison ». Adieu raison d'état à tous les sens (surtout état de guerre), bonjour raison du devenir.

Pays de la raison de vivre.

 

Autant que l'ami Friedrich, papa Sigmund sait trouver les mots :

La culture est un procès particulier se déroulant à l'échelle de l'humanité (…) un procès au service d'Eros, qui veut regrouper des individus humains isolés (...) en une grande unité, l'humanité.(...) Mais à ce programme de la culture s'oppose la pulsion d'agression naturelle des hommes, l'hostilité d'un seul contre tous et de tous contre un seul. (…) Ce combat est le contenu essentiel de la vie en général et c'est pourquoi le développement de la culture doit être, sans plus de détours, qualifié de combat vital de l'espèce humaine.

Freud (Malaise dans la culture. 1929)

 

Bien dit. Cultivons- « nous ». La seule culture vraiment bio.

09:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

14/02/2015

Rebelles et bourrins

« Confits en honorabilité, vous vous tenez là, rigides, le dos droit, vous les sages illustres ! - ne vous poussent ni vent fort ni volonté forte. »

(Ainsi parlait Zarathoustra. Des sages illustres)

 

Les sages illustres en prennent bien pour leur grade dans ce discours. Zara les killbille-t-il pour leur sagesse ou leur illustritude ? Comme souvent il fait coup double. Les sages ne sont illustres que parce qu'ils se situent dans la fourchette d'une sagesse médiane. S'assurant ainsi un revenu bien au-dessus du revenu médian. Jalouse vous dites ? De leur revenu oui. Le médian, médiocre, quelque nom qu'on lui donne, est d'un bon rapport célébrité/pensée. Label du sage-illustre : le confort par le conformisme. Il retaillera à sa façon la sagesse-standard, comme on relooke la robe de banal prêt à porter (y a pas que Nietzsche dans la vie, et le magazine féminin c'est plus vite lu). Or pour relooker, demandez à n'importe quel Karl (Marx ou Lagerfeld) : rien de tel que l'accessoire.

« Vous tous les sages illustres, c'est le peuple que vous avez servi et la superstition du peuple, ! - et pas la vérité. Et c'est précisément pourquoi on vous payait une taxe de respect. »

Comme Zarathoustra, le sage illustre ne se prive pas de parler. Sauf que lui il cause en politically correct dans le texte. Et voilà pourquoi votre fille – Vérité en l'occurrence - est muette. Mais qu'est-ce que la vérité ? Question piège qui peut renvoyer à l'essentialisme et à l'intolérance. Nietzsche ne tombe pas dans le panneau. « Ne sois pas jaloux de ces intransigeants qui te pressent, toi qui aimes la vérité ! Jamais encore la vérité ne s'est accrochée au bras d'un intransigeant. » (Des mouches du marché)

Meilleure question : en quoi le désir du vrai modifie-t-il le sage, que produit-il dans sa vie concrète ? La vérité, ça fait quoi ?

« C'est au désert qu'ont habité depuis toujours les tenants de la vérité, les libres esprits, comme des seigneurs du désert ; mais dans les villes habitent les sages bien nourris, illustres – les bêtes de trait (…) Celui qui est haï du peuple, comme un loup l'est des chiens : c'est le libre esprit, l'ennemi des chaînes, le non-religieux, l'habitant des forêts. »

 

Le désir d'être vrai détermine une ligne de partage, telles les Pyrénées chez Pascal (pour la vérité justement). Ceux qu'on dit sauvages ou rebelles, parce qu'ils ne sont pas canailles, valets, domestiques, vivent au-delà de la frontière de vérité, ils en ont franchi la ligne comme un Rubicon. Au-delà de la ligne est le « désert », pays des non-conformes, où l'on est juste soi, pays où souffle un grand vent de liberté. « Pareille à la voile frémissante sous l'impétuosité de l'esprit, sur la mer elle va, ma sagesse – ma sagesse sauvage ! ».

 

Tandis qu'en deçà de la frontière, à l'enclos des faux-semblants pâturent les bourrins.

08:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)