Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/09/2015

Dénombrement

Sans me vanter les chiffres ne manquent pas de charme, semblables à de jolis bibelots ou des animaux familiers dans notre quotidien. Laissons-les donc nous accompagner un peu dans ce blog.

Mais attention je dis bien les chiffres et non les nombres.

Car il faut d'abord régler ce problème. Nombre, chiffre : quelle différence ? Que vous vous soyez ou non posé la question, Dieu me calcule j'ai la réponse nécessaire et suffisante.

Le nombre dénombre, le chiffre déchiffre.

Le nombre adhère donc à l'idéologie marchande, raisonne en quantité et en accumulation, en gain ou en perte, en plus ou en moins. Porté sur la comparaison, la concurrence et le classement, il peut décréter un numerus clausus. Philosophiquement parlant, le nombre est dogmatique, pour ne pas dire platonicien. Il croit à la hiérarchie et s'incline devant la souveraineté du nombre d'or.

Quant au chiffre, Robert nous en livre le secret, la mystique peut être, grâce à une de ces mises au point étymologiques dont il est coutumier.

« Chiffre (1485) : du latin médéval cifra (= zéro) de l'arabe sifr = vide. »

Tandis que le nombre est avide, le chiffre est à vide. Une simple écriture. Un pur signifiant, il se donne, transparent, rien que présent. Prêt à se livrer à tous les jeux de la combinatoire mathématique. Comme la lettre est ouverte à l'infini des jeux de la signification. (cf notes du 28 et 31 mai)

Si le nombre est un marchand, le chiffre est donc un poète. Et si le nombre est platonicien, le chiffre est sceptique.

Quand le nombre dit combien, le chiffre garde le silence.

 

C'est bien beau tout ça me direz-vous, mais concrètement on parle des chiffres du chômage. Oui, mais il me semble avoir clairement démontré ci-dessus que (si les mots ont un sens) c'est un non-sens. Car en rigueur de termes on ne peut parler (si l'on tient à aborder des sujets aussi déprimants) que du nombre des chômeurs.

Cependant cet emploi fautif (du terme chiffre j'entends) ne laisse pas d'être riche de significations. Combien il révèle le respect religieux qui entoure le Marché dont les voies sont insondables malgré la multiplication des sondages ! On dit chiffres du chômage car le chômage est, et surtout doit rester indéchiffrable, énigmatique. Abstrait de la violente et sale réalité du pouvoir mercantile, de l'exploitation de l'homme par l'homme que ferait surgir à nos yeux l'évocation de la cohorte des chômeurs de chair et d'os, un à un dénombrés.

Chiffres du chômage, chômage indéchiffrable qui maintient le pouvoir des hommes calculateurs sur ceux qui ne comptent pas.

08:46 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

12/09/2015

Dernier atout

 

Le temps a joué contre toi

 

Le temps il est pas trop fair play

Il a tout bouffé ta monnaie

Le temps est un bandit manchot

 

C'est mal barré ton baccara

Compte pas sur la baraka

Tu feras pas sauter la banque

 

Le temps est un méchant bluffeur

La vie ta vie ça s'effiloche

Faut plus rêver de quinte flush

 

Le temps a joué contre toi

 

La partie elle est pas égale

Le temps il a sa martingale

En plus c'est lui qui bat les cartes

 

Il te sauvera pas la mise

Il te laissera que ton cœur

Et puis peut être ta chemise

Le temps est un mother fucker

 

Il fait tourner le revolver

Il sait nourrir un brin les vers

Il s'y connaît en requiem

 

Le temps gagnera contre toi

 

 

 - Oui mais qui c'est qu'a fait le poème

Hein ?

 

 

 

09:28 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

09/09/2015

A propos

Freud s'est fait vieux malgré son cancer, ses soucis et l'accession au pouvoir du parti nazi. Il avait la vie chevillée au corps, cet homme. Mais Spinoza, Montaigne, Nietzsche, n'ont jamais eu 60 ans, ne sont jamais arrivés à l'âge où je suis aujourd'hui. « D'accord, mais quel rapport avec l'âge du capitaine ? Que viennent faire tous ces gens-là dans ta galère ? » ne manquera pas de dire le lecteur. Eh bien il se trouve qu'ils se sont installés dans mon quotidien, peu à peu, l'un après l'autre, à la faveur (est-ce le mot) du vieillissement et de la mise sur la touche pré-retraitesque.

Les périodes de flottement et de vague à l'âme ont tendance à catalyser chez moi comme chez bien d'autres je l'ai constaté, un regain d'intérêt pour les Essais. Je me demande si le titre n'y est pas pour quelque chose. Dans un moment où l'espoir de succès n'est pas le feeling dominant, on se découvre une sympathie spontanée pour ce mot d'essai, corollaire de l'appétence instinctive pour la chose (et encore je ne tiens pas compte ici du pourcentage de la population pratiquant le rugby). Un mot et une chose qui laissent plein d'ouvertures sans pour autant mettre trop de pression. L'entrée en vieillesse étant un passage délicat (frisant l'impasse soyons clairs), elle ne peut que me faire revenir une fois de plus à Montaigne. C'est logique.

Théorème humaniste : La vie, l'essayer, c'est l'adopter.

 

D'autant plus que pour une fois les choses sont égales par ailleurs : Montaigne s'est lancé dans l'écriture des Essais à la faveur de la cessation d'activités contraintes. Ou en tous cas de l'espoir de cessation. Parce que ses contemporains (du moins certains d'entre eux comme des rois de France putatifs ou pas) eurent encore besoin de lui pour différentes fonctions (du style maire de Bordeaux, négociateur en guerres de religion). Alors que mes contemporains à moi, ont-ils besoin de moi ? Curieusement : non.

(Cela dit j'ai été pressentie par une liste dans mon village lors des dernières élections municipales, mais j'ai décliné. L'offre, j'entends. Mais je dois avouer que si on me proposait la mairie de Bordeaux j'étudierais la question je crois. Par sympathie pour Montaigne. Quoi d'autre ?)

Bref Montaigne n'a jamais eu 60 ans, mais il a parlé de la vieillesse mieux que personne, sachant y voir et vivre la combinaison paradoxale d'urgence et de patience qui en fait tout le sel. A propos vous pouvez lire le bouquin Montaigne antistress de Noëlle Guidon-Mollex (c'est moi) éd de l'Opportun.

 

Théorème opportuniste : on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

Scolie 1 : l'ennui c'est que je m'y mets tard.

Scolie 2 : euh non en fait je sais bien que le temps ne fait rien à l'affaire, le don de l'autopromotion on l'a ou on l'a pas.

Scolie 3 : ce qui le différencie de la bosse des math ou de l'aptitude à la philo.

Scolie 4 : vous savez quoi m'aurait fallu deux vies, une pour me servir l'autre pour savourer. Voilà c'est ça faudrait une deuxième vie.

07:51 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)