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Blog - Page 181

  • Parti Z (sans Z)

    Finalement j'ai pris la carte du parti.

    Il y a longtemps que je les suis sur les réseaux, je like à mort, je suis trop toujours d'accord. Mais m'encarter, non je voulais pas.

    Les partis, les syndicats, que des trucs à vous récupérer. Et puis c'est trop organisé, et puis y a des chefs.

    Pas pour moi, ça : je suis un rebelle.

     

    Ce qui m'a décidé, c'est quand ma femme m'a dit : toi faut toujours que tu critiques, que tu fasses genre je suis un justicier. Mais en vrai tu fais quoi, tu es quoi ?

    Justicier, voilà, c'est ça.

    D'habitude je l'écoute guère, Josette. Si on se met à écouter les meufs, on va où ? Mais là je dois dire pour une fois elle a tapé dans le mille.

    Et du coup j'ai réalisé : le parti, son nom. Ça serait pas justement l'initiale d'un célèbre justicier masqué ? Je suis allé voir leurs statuts (vite fait, parce que c'est du boulot, je vous dis que ça, y avait au moins deux pages).

    Et bingo c'est bien l'idée. Devenir justicier. Si tu adhères, tu t'engages à ça : dès qu'on te signale un truc qui va pas, faut que tu balances un max de tweets.

    Mais gaffe, tu te dévoiles jamais. Ça marche mieux. Le masque. La ruse. Le renard. Tu suis ?

    Voilà ça c'est de l'action, de la vraie. Bien plus politique que les partis, bien plus sociale que les syndicats. Des fois on y va un peu fort, y en a on les rate pas. Mais on a le droit parce c'est une action citoyenne, qu'ils disent dans les statuts.

    On se dévoue pour le bien commun.

     

    En tous cas déjà ça me fait du bien à moi. On se marre bien.

    Josette, elle rit pas trop. (Les bonnes femmes, rigoler, ça sait pas). Mais je m'en fous, du moment qu'elle ose plus me traiter de loser.

    Elle sait qu'avec les copains ça passerait pas.

     

  • Perdrix grecques (sans Y)

    Me connaissant, chers collègues, vous vous doutez que si j'ai organisé ce colloque en toute urgence, c'est que j'avais à vous faire une communication d'importance. Je le dis solennellement : Messieurs, nous …

    - Et nous ? Vous savez quoi les filles, on n'aurait jamais dû tester cette potion d'invisibilité …

    - Euh oui pardon, Mesdames et chères collègues

    - Voilà, on préfère.

    - Je vous le dis solennellement, chères et chers collègues, Mesdames et Messieurs, nous sommes devant une découverte qui va révolutionner (et je pèse mes mots) notre spécialité, la paléontologie aviaire.

    - J'ignorais pour ma part que nous eussions encore des révolutions aviaires à faire. Il me semble que mes travaux sur les coquilles mouchetées lors des fouilles sur la rive ouest de l'Omo en 1950 ont suffisamment prouvé …

    - Vos travaux sur les coquilles mouchetées font toujours autorité, n'en doutez pas cher collègue, mais des investigations disons un peu plus récentes, conduisent à élargir le champ d'hypothèses de nos recherches au-delà du seul moucheté …

    - Un peu plus récentes ? Sous-entendriez-vous, cher collègue, que mes travaux qui ont fait date commencent à dater ?

    - Pas du tout, cher collègue ...

    - T'as vu comment il rame pour essayer de faire comprendre au vieux dindon qu'il faut qu'il raccroche ?

    - Oui je dirais même plus il marche sur des œufs.

    - Qu'est-ce qu'elles ont encore à caqueter, ces poulettes …

    - … Euh ... cher collègue, vous aurez reconnu nos jeunes et brillantes collègues Mesdames les professeurs Artémis et Armétis. Elles ont mené des explorations remarquées sur les gallinacées en Ionie inférieure à l'âge du bronze supérieur. Nous avons tous lu leurs études décisives qui ont enfin permis de résoudre l'énigme de l'apparition de la perdix hellenica …

    - Pas lu, moi.

    - Allez, vénéré collègue, cessez de jouer au vieux coq, et admettez de bonne grâce que la relève de la paléontologie aviaire a pris son envol, et que ses ailes sont aussi féminines.

    - Elle est nulle ta métaphore filée.

    - J'essaie de détendre l'ambiance, c'est tout.

    - Euh bref je propose d'en venir à la raison qui nous rassemble, et de vous communiquer sans plus tarder la euh ... communication que je souhaite vous euh … communiquer.

    - Bien sûr, cher collègue, nous brûlons de savoir quelle nouvelle coquille vous nous avez déterrée …

     

  • Elixor (sans X)

    Il avait la potion magique. Il avait le remède miracle, proclamait-il à temps, à contretemps.

    Et en prime time.

     

    Le doute n'était pas permis. Les autres erraient, lui savait où il allait. Il savait, tout court. Et il était le seul.

    Le seul à savoir aussi bien dire ce que l'on avait envie d'entendre.

     

    Il fut entendu de beaucoup.

    Pour beaucoup, des poils filasses au menton, des cheveux balayant un col de blouse, suffisaient à conférer un brevet de prophète en médecine.

    Dans leur avidité de croire, dans leur répugnance à penser, ils processionnaient pour gober les comprimés de sa panacée, telle une hostie, un viatique.

    Ils honnissaient la science austère et rébarbative, honoraient le sorcier à la barbe bavarde.

     

    D'ailleurs pour être sorcier il n'en était pas moins scientifique disait-on. Pour preuve on produisit force grimoires griffonnés de sa main, dûment paraphés par des revues de haut vol, force parchemins censés rapporter des expériences prouvant l'effet magique.

    Quelques sceptiques enquêtèrent, révélant que les revues étaient surtout de haut dol. Que les parchemins produits ne prouvaient rien.

     

    Allait-on se remettre à penser ? Retrouver un esprit critique ? Se souvenir que la vérité ne se décrète pas mais se vérifie ?

    Allait-on cesser de prendre ses désirs pour la réalité, les vessies pour des lanternes et les faussaires pour des messies  ?