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03/03/2017

Ceinture et bretelles

« Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée »

 

Mais un peu de doré évite de se serrer la ceinture, non ?

 

Sans compter que la bonne renommée accompagne plus souvent le doré que le désargenté.

Car la renommée, comme tant de choses en ce bas monde, ça s'achète. Moyennant des conseillers en renommée.

Vous savez, ces gens qui associent la réussite d'une vie à une montre dorée.

« Montre dorée vaut ceinture de sécurité », répètent-ils à l'envi.

 

Brillance de la renommée, doré de la ceinture : n'est-ce pas la même logique de l'apparence, deux façons pas si différentes d'en mettre plein la vue ?

Oui d'accord, j'imagine que le proverbe entend sans doute bonne renommée dans un sens éthique.

Il ne s'agirait pas d'impressionner, mais juste d'être respecté.

 

Sauf que les proverbes après tout sont des paroles comme les autres : ils ne disent pas toujours (ou pas seulement) ce qu'ils pensent dire.

Comme dit un vieux dicton en Lacanie « l'inconscient est structuré comme un langage ».

 

Tiens, puisqu'on en parle, savez-vous que Lacan ne portait pas de ceinture, mais des bretelles ? La preuve :

« Je-Moi-Même Jacques a dit : Dans le cadre doré du Stade du Miroir, bonne renommée vaut mieux que bretelles remontées. » (Séminaire XXL)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

08:22 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

01/03/2017

TTC

« Abondance de biens ne nuit pas. »

 

Ici le bon sens est de bon aloi. Je dirais même plus il parle d'or.

Il parle cash. Ne se paye pas de mots. Dit les choses tout net.

 

« Oui mais gérer ses biens c'est de la prise de tête, envisager leur perte c'est de l'angoisse », dira le lecteur qui aime à se faire l'avocat du diable. Donc ici du riche.

Soit, je mets ce louable effort à son crédit. Mais c'est compter sans mon répondant. Car l'on peut ajouter bien des choses en somme.

Aux maux du riche les remèdes sont simples. Abondance de biens lui permet de payer quelqu'un pour se prendre la tête à sa place, et de souscrire les assurances qui le prémuniront de l'angoisse.

Abondance de biens ne nuit donc pas. Mais l'inverse ?

 

Manque de biens nuit. Clairement.

Je dirais même plus : manque de biens insomnie.

 

« Oui mais dans la fable du savetier et du financier, c'est quand il s'enrichit que le mec devient insomniaque », poursuivra le lecteur qui ne lâche pas si facilement le morceau.

« Ils sont trop verts et bons pour des goujats » ça vous dit quelque chose ?

La vérité coule de source : La Fontaine se paye de mots. (Magnifiquement écrits d'accord mais c'est pas la question).

On le comprend, c'est une bonne solution quand on n'accède pas à la fortune qu'on voudrait. « Pactole je ne boirai pas de ton eau. » Ça vous a un certain panaché … euh panache.

Savoir écrire et convertir ses maux en mots est un luxe qui n'est pas donné à tout le monde. Mais est-ce une raison, mon vieux La Fontaine, pour nous fourguer des morales en monnaie de singe ?

 

Donc oui : abondance de biens ne nuit pas. Je maintiens.

Bon, je peux aller jusqu'à : « Un peu de biens c'est déjà pas mal ».

Mais je vous le ferai pas à moins : j'ai mes frais figurez-vous.

 

 

 

 

11:31 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

26/02/2017

Au pied du lit

 

« Comme on fait son lit on se couche. »

Ce proverbe est-il à conseiller ou à déconseiller aux insomniaques ? Plus j'y pense et moins j'ai de réponse.

Et pourtant je rumine la chose depuis … euh attendez que je rallume ... ah oui quand même.

Il y a là-dedans quelque chose qui me chiffonne.

Qui dit insomnie dit incapacité de dormir sur ses deux oreilles du sommeil du juste. Autrement dit, l'insomniaque est par définition inquiet, scrupuleux, indéniablement doté d'une forte tendance à la culpabilisation. Vous pouvez mettre tout ça au féminin.

Je n'ai pas de statistiques, mais dans tout ce qui est scrupulositation, pente facile à la culpabilité, nous les femmes on a quelques dispositions à faire valoir. Et comme c'est un domaine où peu d'hommes réclament la parité, nous n'avons aucun mal à rester largement dominantes.

Bref tout ceci pour dire : il y a des chances que l'insomniaque qui se respecte s'applique plus que quiconque à faire son lit.

Chaque jour à la même heure.

Avec le même soin tatillon.

En lissant bien les draps, en tapotant les oreillers ni trop ni trop peu.

En rencognant le couvre-lit … Non sans se demander jour après jour si après tout ce ne serait pas mieux de le laisser retomber sur les bords …

Au moins en partie ?

On est donc devant une aporie : l'insomniaque faisant par définition parfaitement son lit, il devrait dormir comme un bébé (sevré).

 

Oui mais un lecteur peut être tatillon, lui aussi. (Et donc tout autant insomniaque, occupant ses nuits à lire ce blog – on peut rêver).

Y en a un, par exemple, je le vois venir. Et me dire qu'il faut entendre les proverbes au sens figuré.

« Ach. Es ist trop facile, Ariane, de jouer à nehmen la phrase au pied de la lettre. Ach ... Ich me frage même si par hasard y aurait nicht de l'évitement dans la Luft, hein ? »

Finalement je me demande si je préférerais pas un lecteur bourrin …

 

OK j'avoue ce proverbe me déprime. Il fait rien qu'à accuser rigoureusement les échecs, insuffisances, le manque de prévoyance dont j'ai su faire preuve avec une remarquable persévérance tout au long de ma vie.

C'était une idée stupide de choisir d'en parler. Fallait vraiment que je sois pas claire quand j'ai noté ça à 3h34 du matin.

Car soyons lucides : l'insomnie nuit.

 

 

 

 

10:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)