Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/04/2016

Zoé

 

« Zoé : zoologie. Forme larvaire des crustacés décapodes qui succède au stade nauplius. » Dit Robert qui dit ce qu'il veut mais quand même. Ça calme, je trouve. (Et encore je vous épargne la définition de nauplius).

En fait moi bêtement je m'étais dit, je vais terminer mon abécédaire spinoziste par ce mot, puisque zôê en grec veut dire vie. Quel mot mieux adapté à Spinoza ?

 

Car Spinoza fut certes snobé par Frida Vanden Ende (cf WE à La Haye). Laquelle à son égard manqua scandaleusement de savoir-vivre, comme il m'est déjà arrivé de le laisser entendre il me semble.

Mais, belle consolation, il fut l'objet d'une faveur extraordinaire de la part de la vie elle-même, la grande et belle Zoé, la seule l'unique.

À lui elle se dévoila, à lui elle s'offrit sans retenue, lui donnant à contempler sa substance étendue comme sa substance pensante. Une révélation dont se saisit dans la joie son pénétrant esprit.

Cette rencontre avec Zoé la rayonnante lui fut l'occasion de formuler quelques propositions honnêtes autant qu'éthiques, sans compter corollaires et scolies, géométriques OK mais néanmoins réjouissants au plus haut degré.

 Et puis, en compagnie de Zoé, il a trouvé la force de résister à tous les invivables qui ne manquèrent pas de croiser sa route.

Pas mal de zombies de la superstition religieuse cherchant à le contaminer de leur stupide tristesse, à l'assigner à leur nuit de morts-vivants.

Nombre de zoïles, distingués ou pas, l'accablant de toutes sortes de pinaillages made in conformisme.

Zoïles ? « Critique injuste et envieux (du nom de Zôilos, détracteur d'Homère). »

Comme quoi je ne serai pas allée pour rien à la page Z de Robert, ni vous venus pour rien sur la page de ce blog. Nous aurons appris au moins un mot aujourd'hui.

Quoi vous le connaissiez déjà ? Oh ben zut alors !

 

Ah oui y a aussi ça : "zutiste : membre d'un cercle de poètes qui disaient 'zut' à tout, présidé par Charles Cros".

Cependant, malgré toutes les raisons qu'il aurait eues pour cela, Spinoza ne s'adonna jamais au zutisme. (Comme quoi pour lui l'éthique n'était pas que des mots).

Et tenez-vous bien.

"Remarque : on applique le mot à un cercle antérieur auquel participaient Verlaine, Rimbaud ... "

Rimbaud ! Quoi ? Comme on se retrouve ! ...

 

 

 

09:56 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)

21/04/2016

Xénophobie

 

La xénophobie n'est pas ce qu'on croit. Pas la peur haineuse de l'étranger qu'énonce au premier abord son étymologie.

Peur haineuse, certainement, mais de l'étranger il faut y regarder de plus près.

- Ach Ich conseille d'y regarder mit mein Konzept von « Unheimlich ».

- Mais votre Konzept, Sigmund, il prend les choses dans l'autre sens, non ? Le familier qui se fait étrange ...

- Ja ja, aber du coup forcément ça marche dans les deux sens, es gibt eine Reversibilität, vous le sehen bien quand même ?

- Ce qui peut inquiéter dans l'étranger ne serait pas qu'il soit radicalement autre, mais qu'au contraire il soit assez proche du heimlich, du familier, pour s'y insérer, mais avec une sorte de fêlure, de dissonance ?

- Richtig ! Et c'est ce qui amène le Mekanismus du narcissisme des petites différences.

- OK mais sans vous vexer pour l'instant je vais regarder le mécanisme tel que Spinoza le présente dans la partie 3 de l'Éthique.

Ja ja es ist pas du tout kontradiktoire.

 

Le premier rouage de la mécanique xénophobique se met en place avec une sorte de tic, de réflexe : l'imitation des affects.

« De ce que nous imaginons une chose semblable à nous, et que nous n'avons poursuivie d'aucun affect, affectée d'un certain affect, nous sommes par là même affectés d'un affect semblable.» (Éthique prop 27 Partie 3)

Beaucoup d'affect, hein ? C'est que Spinoza n'a pas peur des répétitions (logique quand on cherche juste le mot juste).

1) « Nous imaginons » = nous avons l'image, s'imposant à la conscience.

2) « que nous n'avons poursuivie d'aucun affect » = a priori indifférente.

L'image se présente donc sans motivation mais avec évidence : un flash d'affect, « rien d'autre que le Désir d'une certaine chose qu'engendre en nous le fait que nous imaginons que d'autres, semblables à nous, ont le même désir. » (scolie prop 27)

 

Deuxième rouage de la mécanique

« chacun aspire par nature à ce que les autres vivent selon son propre tempérament, et tous y aspirant de pair, ils se font obstacle de pair, et tous voulant être loués c'est à dire aimés de tous, ils se haïssent les uns les autres. » (scolie prop 31)

Le mot clé dans cette remarquable formulation de la rivalité mimétique est « pair ».

(Par en latin = égal, semblable)

 

Ce qui rend chacun passible de xénophobie n'est pas l'altérité de l'autre. Ce qui gêne dans l'étranger c'est bien au contraire qu'il joue dans la même catégorie.

Et si l'on cherche à le disqualifier, à l'exclure de la partie, ce sera dans l'exacte mesure et dans les domaines précis où l'on doute de soi-même.

 

 

10:51 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

19/04/2016

Week-end à La Haye

 

Spinoza était avant tout un bosseur. Ainsi que nous le rapporte Colerus (cf Araignée) il passait le plus clair de son temps enfermé dans sa chambre pour réfléchir, correspondre avec quelques penseurs de sa connaissance, écrire ses livres et polir ses lentilles.

Mais de temps en temps il savait prendre du bon temps, sacrifier à la détente et profiter de ses RTT (Ras l' bol Toutes c'Théories). Colerus, encore lui, nous le montre ainsi, le soir au coin du feu, fumant sa pipe et devisant avec ses logeurs. Mais il n'en dit pas plus.

Si bien que pour préciser cette essentielle question des loisirs spinozistes, je me suis plongée une fois encore dans la documentation compilée par Colera (cf Questionnaire d'embauche).

Elle apporte des informations déterminantes. Ainsi, dans les soirées au coin du feu, non content de fumer sa pipe, Spinoza sirotait un bon whisky envoyé de Londres par son ami Henry Oldenburg (cf sa correspondance avec lui).

Lequel en outre l'avait initié au whist. Et à son tour il s'employa à transmettre à ses logeurs bataves toutes les finesses de ce jeu anglo saxon. C'est ainsi qu'à l'époque des Lumières le savoir circulait, les différentes cultures se fécondaient mutuellement.

Côté écrans, il préférait celui de son ordinateur à celui de la télé ou du cinéma.

« L'humilité du Sage le conduit à éviter de faire son Ciné. De même il sait déceler l'attrape-conatus dans la Télé-Réalité, laquelle est à la Réalité ce qu'est le Sondage à la Vérité. » (L'autre vie de Spinoza par Colera, inédit).

Il circulait sur la grande toile du web avec un appétit d'araignée. Il appréciait de pouvoir y échanger avec ses amis de la République des Idées, leur communiquer si aisément ses découvertes et raisonnements en pièces jointes.

Et cela quasiment en même temps qu'il les pensait, c'est à dire peu ou prou à la vitesse de la lumière.

Colera a ainsi archivé une série de fichiers, parmi lesquels un des plus intéressants est le premier jet de l'Éthique sous forme de quelque deux-cents tweets.

Il explique apprécier cette forme pour sa concision, et y voir une « quintessence du mode géométrique » (cf Colera op. cit.). On voit que le projet final doit beaucoup à cette première intuition.

Mais ce qu'il préférait encore faire, c'était flâner en toute AISI dans le port d'Amsterdam avec à son bras Melle Vanden Ende, Frida. C'était le petit nom de la donzelle nous apprend Colera, qui ajoute qu'elle était belle comme un soleil et qu'elle l'aimait pareil que lui aimait Frida.

En réalité pas tout à fait pareil comme on sait (cf Bible). Cette douce joie ne lui fut donc donnée qu'un temps très bref. Cependant, à La Haye où il passa le reste de sa vie, elle ne cessa jamais d'illuminer son cœur et ses week-ends.

Car ces brefs instants d'amour s'étaient inscrits en lui sous un certain aspect d'éternité.

Du moins c'est ce que prétend Colera. Vous savez comment sont les femmes, à tout voir par le prisme du sentimentalisme.

 

 

09:39 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2)