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17/05/2017

Magis

 

Mais n'est pas sans parenté avec quoique. C'en est un cousin.

Mais un cousin plutôt discret. Il n'investit pas la phrase bille en tête en faisant claquer un son heurté, il s'y glisse dans un minimum articulatoire flirtant avec le murmure.

Discret mais d'autant plus efficace. S'insinuant dans l'esprit de l'auditeur sans le mettre sur ses gardes.

Si l'on s'en tient à l'étymologie (mais vient de magis = plus), son apparition dans le discours ne devrait pas conduire à polémiquer mais à construire.

Mais intervient pour apporter une pierre de plus, un élément supplémentaire au débat, un regard augmenté sur la situation.

Élément supplémentaire, mais à tendance clairement complémentaire.

Il s'agit de chercher un équilibrage. Mais est un modérateur.

Ce verre est à moitié vide. Mais n'est-il pas à moitié plein ?

 

Nonobstant ce caractère modérateur, il n'est cependant pas rare qu'on l'utilise à des fins d'opposition tranchée.

Voire à des fins de défense (depuis la tranchée).

Non mais ! Vous me prenez pour qui ?

Ah mais non ! Non et non ! Pas du tout ! Ça me ferait mal !

 

Quant à la minimalité sceptique de Oui Mais non ou de Non Mais oui elle a toute ma faveur, ayant de fortes chances de nous embarquer dans une cascade de quoique.

Que dis-je une cascade : un buffet d'eau, une cataracte.

Un Niagara de quoique.

Buffet d'eau je l'ai trouvé dans mon dico des synonymes. Ça en jette, hein ?

Une métaphore pour un style grandes orgues hugoliennes plutôt que petite musique durassienne.

Mais bon y a des moments faut oser, faut y aller.

Des moments où se sent obligé de se mettre au diapason de la traversée de la cour du Louvre sur l'Hymne à la joie.

 

 

 

09:35 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

13/05/2017

En même temps

 

Pourquoi est un mot double face.

Il y a le pourquoi face ténèbres.

Un pourquoi désespéré, désenchanté, révolté.

Un pourquoi qui sait en réalité ne pas obtenir de réponse, qui est seulement une plainte devant l'injustice du sort, la souffrance, le non-sens.

Plainte tantôt violente et ulcérée, tantôt infiniment lasse. Le pourquoi qui crie et le pourquoi qui exhale un soupir, parfois le dernier.

Le pourquoi de ténèbres est une parole sans auditeur, lancée dans le vide.

Le pourquoi de ténèbres est une parole dont le locuteur lui-même tend peut être vers le vide.

Le pourquoi de ténèbres trouve une de ses plus radicales formulations dans le livre de Job : « Pourquoi donne-t-il la vie aux êtres amers ? »

 

Et puis il y a l'autre face du pourquoi, la face de lumière.

La face de Lumières faudrait-il plutôt dire.

Le pourquoi des sens ouverts, de l'intelligence aux aguets.

Le pourquoi des enfants qui découvrent le monde.

Le pourquoi des scientifiques et des philosophes, qui se déplie en hypothèses, se complexifiant au fur et à mesure des vérifications ou invalidations.

Le pourquoi qui creuse les fondations pour l'édifice du savoir. Et le savoir posera ensuite patiemment une à une toutes les pierres des "comment". 

 

Le pourquoi aussi des utopistes, des traceurs de route qui osent l'écrire en deux mots.

 

Quant aux sages qui savent comme dit Montaigne vivre à propos, ils n'en manqueront pas, d'à propos, pour compléter tout pourquoi d'un pourquoi pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

09:03 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

10/05/2017

Je pense donc je quoique

 

J'aime le mot quoique. Mais pourquoi que ?

Quand on dit quoique c'est qu'y a un couac.

Que se signale une dissonance subtile. Ou pas. Mais subtile c'est plus intéressant.

Quoique : peut-on, en rigueur de termes, dire qu'une dissonance est subtile ou pas subtile ? Une dissonance dissone, c'est tout. 0/1.

La musique est une science dure, comme la cybernétique. Un art dont la beauté et la séduction reposent sur la rigueur. Paradoxal, non ?

Quoique ?

Bref ce qui peut être subtil est la manière de rendre compte de la dissonance, de l'interpréter.

Quoique : n'est-ce pas la perception-même de la dissonance qui est nécessairement associée à la subtilité ?

Car s'il y a une chose que l'exposition à une dose non négligeable de bourrinitude au quotidien (limite létale parfois) peut nous apprendre, c'est que le bourrin n'a pas l'oreille absolue côté perception de la dissonance.

Le test en est l'aptitude à décoder l'humour.

Voire la déconnade.

Le bourrin, dit Montaigne, croira que je die à droit ce que je dis à feinte.

Une des choses caractérisant le plus sûrement l'humour, c'est d'être un système à quoique intégré.

Que le quoique soit explicité comme savait si bien le faire le grand Desproges (ou le gros Devos), ou qu'il reste implicite (et d'autant plus inaccessible à la bourrinitude ordinaire).

Quoique est un bon outil de décalage humoristique.

 

Et par là de déplacement intellectuel.

Un quoique, outre perturber l'oreille éprise d'harmonie, vient déboussoler le partisan de la ligne droite, inquiéter l'assoiffé d'unanimité.

Et par là réveiller le conformiste assoupi, l'auditeur passif.

Le quoique est éveilleur de conscience.

Le quoique accompagne le chercheur de vérité.

Le crible du quoique est un solide adjuvant de vérification scientifique, logique, éthique.

 

Je pense donc je quoique.

Et ça ne s'arrête jamais, un quoique en appelant un autre, dans un mouvement pendulaire.

Et ainsi il faut imaginer Sisyphe heureux certes, mais surtout quoiquant.

Heureux de quoiquer peut être ?

 

 

10:17 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)