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01/09/2016

Sans cesse

 

J'ai pour métier l'horlogerie. Et j'aime tellement cela. Un métier vraiment magnifique, noble, grand. Qu'y a-t-il de comparable, en effet, à cette occupation qui m'accroche à la trame de la vie ?

Car oui, la vie on peut en percevoir (charnellement je veux dire) l'avancée, au rythme machinal et ininterrompu d'une montre, d'une pendule, d'une horloge. Tic tac tic tac. Et encore et encore.

Dans une douceur tellement enveloppante et calmante, comme l'écho du cœur qui me berçait dans le ventre maternel ...

Car inutile de le dire, l'horlogerie que je pratique exclut la montre à quartz, ou le machin numérique. Je fonctionne au mécanique uniquement.

Je n'ai de relation qu'à ce qui vit et vibre comme un petit animal grignoteur du jour, avaleur de la nuit. Un fidèle animal de compagnie, qui tout tranquillement mène à bien un travail de déglutition de l'éternité.

Mon métier je l'aime tellement pour tout ce qu'il révèle de la magique beauté de la dynamique, de la cinétique. Une beauté élaborée et brute tout autant.

Une beauté qui tient exactement à ceci : une même pâte permet de façonner le matériel et l'immatériel. Un même matériau, celui que je travaille, la durée, le cycle vital.

Tout cela peut paraître bien lyrique. Et pourtant nulle exagération, je l'affirme, quand j'exprime cette émotion.

Cependant "cycle, éternité, déglutition ininterrompue, nul arrêt" : il faut mettre un bémol. Oui forcément cela arrive, l'arrêt de l'horloge.

Comme un blanc dans le déroulement temporel, comme un mot qui achoppe et rompt la fluidité du texte, comme le trou du comédien qui tout à coup perdrait le fil du long monologue.

D'où mon métier. Un arrêt de la montre implique mon mouvement à moi. Remettre la pendule à l'heure. Et l'horloge et la montre. Remettre en route le tic tac, pratiquer le mouvement ad hoc, trouver le rythme adéquat.

Comme on fait, quand arrive un arrêt cardiaque, pour remettre en marche la pompe vitale. Et épargner la vie menacée.

La vie : rien d'autre qu'un rythme. Vie, rythme, déroulement temporel : on parle là de la même réalité Et au cœur de ce rythme j'ai placé ma demeure.

Ma petite grotte cachée où la joie m'accompagne, la joie de vivre au jour le jour, une minute, et une minute, et une autre, une autre, encore, encore ...

 

J'ai pour métier l'horlogerie. Et j'aime tellement cela. Un métier vraiment magnifique, noble, grand. Qu'y a-t-il de comparable, en effet, à cette occupation qui m'accroche à ...

 

 

 

 

10:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

30/08/2016

Au dispensaire

 

La maison médicale affichait, en guise de plages d'accueil des patients, bien peu de temps dans la semaine, une matinée ici, une matinée là.

« Mais ne soyons pas difficiles » se disait-il « déjà bien beau qu'il y ait ce pôle médical dans ce coin paumé ».

La maison accueillait maints spécialistes, sauf celui dont avait besoin sa femme. Elle, c'était dans la tête, le souci. Enfin dans la tête vite dit. C'était une question aussi de fonctionnement d'ensemble.

Sa façon avec la vie, globalement.

Elle avait comme un don. Le don de la négativité. On a les dons qu'on peut, oui. Mais n'empêche que souvent l'agacement le gagnait.

Ainsi en ce moment. Ils étaient en vacances, sans soucis, sans obligations. Bon, ce n'était pas Venise ici, mais c'était un petit village plein de séduction, avec un mini-canal, et un pont ancien. Un lieu où l'abandon au fil du temps était si simple, si on le voulait.

Mais elle, elle ne le voulait pas. Elle n'avait pas le sens de l'abandon, de la paix. Elle avait le gène de la gêne, se disait-il avec dépit et quelque méchanceté. Avec honte de sa méchanceté.

Elle en bavait aussi, il le savait bien. Elle se gâchait la vie avant tout à elle-même. Mais il n'avait plus le feeling SOS-mélancolie. Il avait tant écouté. Il avait tant consolé. Et maintenant, au bout du bout ?

À quoi bon toute l'affection dispensée sans cesse depuis ces années, cet attachement indéfectible qu'il lui avait donné.

Elle n'avait jamais cessé l'évocation (la menace) de son suicide. Soudain il se sentait usé. Il osait, en un coin caché de lui-même, l'aveu odieux : eh bien qu'elle le fasse, tant pis, si la vie (la vie avec moi) lui pèse à ce point …

Il chassa la pensée. En attendant, assis au seuil de la maison médicale, il jeta un coup d'œil à sa liste. Il ne fallait pas d'oubli. Il avait bien noté tous les noms des pilules et cachets, comme à chaque visite.

Elle avait ses habitudes. Sa potion destinée aux maux d'estomac, son baume ou quoi que ce soit qu'elle appliquait à ses aphtes. Son machin soignant l'hypotension. Et puis il y avait aussi un quelque chose bonifiant un peu le tonus des muscles.

Tout cela, ça va de soi, en plus de ses pilules anti-mélancolie.

Cette accumulation de médicaments semblait indispensable à sa consolation. Il ne se demandait plus si c'était bon, mauvais, la fameuse balance bénéfices/dommages, il ne s'affolait plus devant l'addiction où elle était enclose. Sa vie était ainsi.

Sa vie ...

Elle attendait debout à côté du banc, les yeux au sol, comme une gamine punie, paumée. À nouveau il se dit : eh bien si elle le faisait, si elle se suicidait, tant pis.

Et puis insensiblement vint la pensée : mais toute seule, c'est pas si facile, elle a besoin d'aide, en fait.

Il la contempla un instant, puis il dit : « Ne t'inquiète pas, je suis là ».

 

11:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

28/08/2016

Sans Cupidon

Il a dit 16h30, métro Denfert, devant l'entrée des catacombes. Il veut tout de même pas aller balader dans les catacombes ? Pour un premier rendez-vous, ce serait moyen comme ambiance. Mais bon il m'a pas demandé mon avis.

J'ai pas essayé de le donner non plus faut dire. C'est vrai j'aurais pu suggérer autre chose, faire une contre-proposition. Les copines vont encore me seriner : ça part mal, tu sais pas t'imposer et après tu te demandes la raison de tes échecs avec les mecs.

Je voudrais les y voir. L'exigence c'est pas un plan pour moi. Depuis mon inscription sur le site de rencontres, c'est le premier rendez-vous pas annulé au dernier moment. Je suis pas idiote je m'illusionne pas. C'est au moment où ils voient la photo. 

Comme me dit Maman : si tu étais Vénus ça se saurait. Maman, elle, elle a été Miss Guinguette 1967. Moi je tire plutôt du côté de mon père, elle m'a toujours dit. Je peux pas savoir je l'ai pas connu. 

Y a des gens, comme certains profs, par exemple Madame Minerve, elle était si gentille, ils me disaient : tu sais la beauté c'est très relatif, subjectif, y a des tas de façons d'être beau.

Le charme ça fait tout et ça n'a pas forcément à voir avec la régularité des traits du visage, ou l'harmonie de la silhouette. Et en plus l'amour c'est encore autre chose, une affaire d'atomes crochus, de correspondance des caractères, de centres d'intérêts communs, tout ça.

L'amour. Tout ça. 

Enfin bref je vais bien voir. On sait jamais ça peut marcher avec celui-là. Marcher, je veux pas dire seulement sortir ensemble, un plan cul si vous voulez. Il me faut aussi un truc un peu sympa.

Pas comme avec mon dernier flirt. Avec lui c'était pas drôle. Je l'ai vu tout de suite. Mais après c'était pas facile de partir. Il était violent. Pas tout le temps, d'accord, juste après avoir bu.

Il buvait souvent. Au bureau je gardais mes lunettes de soleil. Les collègues me disaient : oh là là cette frime ! Pas toutes, y en a elles comprenaient, j'ai bien vu.

Là si c'est ce genre je me barre tout de suite. Au fait y aura un peu de monde dans les catacombes avec nous j'espère. Oui y a toujours des touristes.

Bon alors il devrait pas tarder, c'est l'heure … Ah là, oui, ça doit être lui. Il a déplié un plan du métro, c'est le signe pour se reconnaître. Voyons le genre. Il a pas l'air commode, en même temps il a pas de raison de sourire il m'a pas vue encore, je vais sortir mon plan.

Il a pas l'air commode et en plus il est un peu vieux non ? Il a dit trente-huit, il fait dix de plus, à vue de nez. Encore un coup Cupidon s'en est foutu on dirait. C'est pas Apollon le gars. Un bon ventre, une vague bosse. Et cette moustache : vraiment pas terrible ...

Bon allez, une moustache ça se rase. C'est pas Apollon OK. Mais si j'étais Vénus ça se saurait.

Comme dit Maman.

 

 

13:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)