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13/09/2014

Un rêve qu'il se donne ...

Qu'est-ce que dirait

La sinusoïde,

S'il lui fallait cogner

Au bas de chaque courbe

Et regrimper à pic après le choc reçu ? (Cycloïde, Euclidiennes suite)

En fait je m'aperçois que ce serait mieux que vous ayez les dessins de ces courbes, d'ailleurs Guillevic les place au début de chaque poème. J'ai donc essayé la fonction dessin du traitement de texte, mais Dieu me picassise, je crains de m'être emmêlé les pinceaux. Je me suis retrouvée avec un trait accroché à la souris et j'ai recopié du mieux que j'ai pu le dessin de cycloïde, telle Saint-Ex dessinant son mouton. Mais après, impossible de me défaire de ce putain de trait, d'où gribouillis informes sur la page. Je crains de n'avoir aucune autorité sur les traitements de textes. Communiquer avec un être humain, déjà c'est pas toujours facile, avec un autre vivant style animal pas gagné non plus, mais alors avec ces machins informatisés, Dieu me binarise, ça excède mes capacités. Bref j'ai fermé le fichier en n'enregistrant surtout rien de façon à désintégrer les gribouillis. Et maintenant va falloir que je me débrouille de vous décrire ces fichues courbes avec des mots. Cela dit c'est ce que fait Guillevic ...

Bref la différence qu'il fait entre sinusoïde et cycloïde c'est que celle-ci alterne hauts et bas de façon heurtée, genre le tracé du rebond d'une balle, alors que la sinusoïde est une ondulation harmonieuse comme les vagues d'une mer calme. D'où la réponse de la cycloïde aux plaintes de la sinusoïde sur le thème « ma pauvre fille si tu étais à ma place, être cycloïde c'est pas donné aux petits bras dans ton genre, alors écrase ».

Euclidiennes est ainsi très réussi sur le plan du montage, de l'enchaînement des poèmes/images. Autre exemple la séquence des triangles, enchaînement cinétique en anamorphose digne d'un dessin animé.

Triangle scalène

Bon pour danser/ Virevolter/ Sur ma base, sur mon sommet/ Sur mes côtés, mes autres angles./ C'est que je suis toujours/ Agité, tiraillé/ Par des angles, par des côtés/ Assemblés au hasard/ Et sans égalité.

Triangle isocèle

J'ai réussi à mettre/ Un peu d'ordre en moi-même./ J'ai tendance à me plaire.

Triangle équilatéral

Je suis allé trop loin/ Avec mon souci d'ordre./ Rien ne peut plus venir.

Et pour finir en beauté l'évocation d'Euclidiennes, ces vers de Pyramide :

Nous, figures, nous n'avons

Après tout qu'un vrai mérite

C'est de simplifier le monde

D'être un rêve qu'il se donne.

09:52 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

09/09/2014

C'est fatigant ...

C'est fatigant dans les montées,

C'est effrayant dans les descentes

 

Et les sommets ne donnent,

Aussi bien que les creux,

 

Que l'idée de l'arrêt,

La notion du repos.

 

Ceci est le poème Sinusoïde, extrait du recueil Euclidiennes de Guillevic. Sans me vanter, voilà quelqu'un qui a eu une sacrée bonne idée.

La poésie aime les images, la poésie est avant tout une contemplation. Contemplation de la nature souvent et c'est logique car la nature est un des plus courts chemins vers la perception de la vibration d'être (deus sive natura pour tout dire, c'est comme ça faut vous y faire dans ce blog échapper à Spinoza : même pas en rêve). Et c'est bien cette vibration-là qui nourrit l'écriture contemplative de la poésie, style J'ai embrassé l'aube d'été.

La poésie a aussi de tout temps contemplé les êtres humains, dans la poésie amoureuse mais pas seulement. Et aussi les réalisations humaines, par exemple pour rester avec Rimbaud le poème Villes des Illuminations.

 

La trouvaille de Guillevic c'est de contempler non seulement le réel (ce qu'il sait faire aussi génialement) mais les images du monde symbolique, en l'occurrence les figures euclidiennes. A vrai dire le jeune Arthur toujours lui avait quelque peu montré la route avec Voyelles. Mais ici c'est systématisé, et puis il y a le truc qui marche bien de donner la parole à ces figures, leur imaginant une vie, des pensées, considérant leur forme comme un corps vivant avec ses sensations. Et surtout je pense qu'Eugène s'est bien amusé en écrivant ces poèmes, car beaucoup d'entre eux sont assez drôles (du moins je trouve). Les lire nous remet avec lui dans l'esprit de l'enfant se racontant des histoires, reconstruisant le monde à sa mode à l'aide de ses cubes ou son meccano.

Euh bon c'était le quart d'heure de cours sur la poésie. Effet rentrée des classes j'imagine. Prof qui n'enseigne plus, il se peut que je sois comme ces coquillages enfouis au fin fond de l'océan, qui mystérieusement ressentent les mouvements de la surface et y réagissent.

 

 

Sinusoïde quant à elle ne cesse d'aspirer à un repos qui lui échappe toujours, embarquée la pauvre dans un mouvement alternatif qui m'évoque pour ma part, Dieu me psychanalyse, les affres de la bipolarité. Mais elle sait bien je pense que trouver ce repos, cet arrêt, serait du même coup cesser d'être ce qu'elle est. Elle est sinusoïde, c'est son destin, inutile qu'elle se rêve droite, cercle ou triangle rectangle.

08:58 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

05/09/2014

Je me laisse courir

Je ne croirai qu'en un dieu qui s'entendrait à danser. Et lorsque je vis mon diable, je le trouvai grave, minutieux, profond, solennel ; c'était l'esprit de pesanteur – par lui toutes choses tombent.

On ne tue pas par la colère, mais on tue par le rire. Allons, tuons l'esprit de pesanteur !

J'ai appris à marcher : depuis ce temps je me laisse courir. J'ai appris à voler : depuis je n'attends plus qu'on me pousse pour changer de place.

Maintenant je suis léger, maintenant je vole, maintenant je m'aperçois au-dessous de moi-même, maintenant un dieu danse en moi.

Nietzsche Ainsi parlait Zarathoustra (Discours Lire et écrire)

 

Cette citation ne doit rien au hasard, je le confirme. Je descends un instant de mon étagère pour m'asseoir au bureau où Zarathoustra est posé depuis qu'une phrase de Rimbaud l'a irrésistiblement appelé (cf Pas sérieux 13/08). Quel éblouissement ! Les auteurs vraiment créateurs, plus on les lit, plus on les trouve inépuisables.

C'est bien simple en lisant Zarathoustra on ne sait jamais où donner de l'enthousiasme. Intelligence, audace, écriture de philosophe poète qui fait vibrer les mots, danser les phrases. « Le mieux serait donc de t'abstenir de commentaires forcément superflus, non ? » (vous entends-je penser). Mais n'oublions pas ma graphomanie, je ne sais pas comment taire l'écho en moi de tels textes. Joann Sfar (vous savez Le Chat du rabbin) dit (dans son Journal de merde) que devant une image qui le touche ce que je vois, je le dessine avec mes yeux.

C'est ça, il est des textes, je ne peux les lire qu'en les parlant avec mes mots. Ainsi résonne en moi Zarathoustra :

1° La légèreté est rare, où la trouver ? La légèreté, pas l'inconsistance.

2° La légèreté est rare parce qu'elle est difficile.

3° Ce ne sont pas les mêmes choses qu'on tue par le rire ou la colère. Le rire apprend à tuer ce qui défait ou emprisonne, à condition qu'il s'agisse d'un vrai rire, dont ainsi parlait Spinoza : Le rire (rIsus), tout comme la plaisanterie (jocus, le jeu des mots disons) est pure joie (laetitia). (Ethique IVscolie du corollaire 2 prop 45). Il le différencie dans le même scolie de ce qu'il nomme moquerie (irrisio), disons le fait de tourner quelque chose en dérision. Ce rire-là, qui naît dans l'amertume, ne peut alléger.

J'ai appris à marcher depuis ce temps je me laisse courir n'est pas seulement une formule métaphoro-philosophico-prise de tête. Regardez un enfant qui commence à marcher : littéralement emporté par son élan, il court plus qu'il ne marche, tout son corps dansant, chorégraphiant un pas de deux entre la pesanteur et l'envol. (Gadins garantis avant d'atteindre le niveau Pina Bausch et qu'un dieu danse en soi, mais on est tous passés par là).

 

5° Y a-t-il, pour dire l'exultation d'être, un meilleur mot, un autre mot que Maintenant 

09:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)