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27/11/2018

Relativiser

Néguentropie

Voilà un mot qui a de la gueule. Non content d'avoir la classe côté ciboulot, il se paye le luxe d'une élégance aussi personnelle que raffinée. Une alliance de sérieux et d'originalité, un je ne sais quoi de décalé (le genre qui porterait plutôt bien lavallière et araignée à la boutonnière).

Je trouve que ce serait un mot parfait pour tenter l'exercice inverse des célèbres bordées d'injures haddockiennes. Tiens c'est vrai direz-vous, ce serait sympa, ça, pourquoi on n'y a pas encore pensé ? Je crains que la réponse ne soit dans la question.

Pour ma part je l'avoue, je n'ai eu ces derniers temps que peu d'opportunités de couvrir d'éloges, de fleurs et de mots doux certains de ceux à qui j'ai eu affaire. Commerciaux de tout poil (et surtout de mauvais), opérateurs internet, fournisseurs d'énergie, et même agents d'administrations.

C'est pas que je sois parano, mais je les soupçonne d'être à la solde d'une vaste entreprise de conversion de la société à la misanthropie. (Mais peut être ne sais-je pas voir leurs bons côtés ?) (je dis ça histoire de ne pas passer définitivement pour une irrécupérable maussade) (et sarcastique invétérée).

Mais revenons à notre néguentropie. Mot que Robert date de 1964. C'est fou.

Quand j'étais enfant, tous les mots du dico étaient plus vieux que moi. Quoi de plus normal : les mots comme les parents nous précèdent en ce monde. Sauf que maintenant il y a beaucoup de mots plus jeunes que moi, même dans les vieux dico.

Perturbant, non ?

À propos de perturbant, j'ai lu récemment un livre sur le temps* auquel je n'ai pas tout compris (oui bon presque rien compris). Sinon que le temps et l'entropie sont indissociables. Y aurait pas d'entropie y aurait pas de temps figurez-vous.

Quand je dis figurez-vous c'est une image naturellement. Car notre bon vieux logiciel d'intuitions plus ou moins newtonien ne nous sert plus à grand chose depuis Einstein.

Et alors je vous raconte pas si on se plonge dans la soupe quantique de la physique contemporaine. Heureusement au niveau macroscopique où nous vivons, le principe d'Archimède tient le coup, ainsi que la plupart de nos repères.

J'ai au moins retenu ça du bouquin. Et aussi qu'il est déconseillé à qui est sujet au vertige de se placer du point de vue micro (où tout est relatif, élusif, incessamment mobile).

Néguentropie. DIDACT. Entropie négative ; augmentation du potentiel énergétique.

C'est ce qui est bien dans ce mot, il a l'air négatif mais en fait non. (Moins par moins égale plus comme on disait à l'école – avant 1964).

Augmentation du potentiel, franchement ça encourage. Merci Robert.

 

*L'ordre du temps (Carlo Rovelli. Flammarion 2018)

 

08:57 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

24/11/2018

Zéro absolu

Le principe de réalité est la continuation du principe de plaisir par d'autres moyens.

 

- Voilà, Sigmund, c'est à vous. Vous avez carte blanche.

- Oui je suis là. Présente !

- Quelle narcissique tu fais, ma pauvre Blanche.

- Mais tu m'as dit de dire présente !

- J'ai pas dit page blanche, mais carte blanche, chèque en blanc si tu veux.

- Ach so …

- C'est méchant ça. Tu dis chèque parce que ça rime avec échec et …

- Und so …

- Mais t'es parano décidément …

- Ach scheisse à la fin ! Es ist mein Tour ja oder nein ? Ich kann en plazieren Eine ?

- Oui pardon, allez-y.

- Le principe de plaisir ist l'équation de base von psycho-Energie. Elle dit que l'Arbeit psychique konsist à réduire autant que möglich les Perturbazionen. Jusqu'à null (zéro en französisch) si möglich.

- Oui mais voilà c'est impossible.

- Richtig ! Unmöglich. Und warum ?

- Because que la réalité c'est un truc perturbant par principe.

- Sauf pour Spinoza, non ?

- Il a jamais dit que la réalité était pas perturbante, Blanche. Au contraire, va voir la partie 3 de l'Éthique. Et justement la perturbation il a rien contre, il appelle ça désir et il dit ...

- Ach Ariane, es ist meine Page à Mich oder was ? Spinoza ras le bol, à la Ende !

- Oui pardon, allez-y.

- Donc la Räalität est semée d'embûches qui font Obstakel au plaisir, on n'arrive jamais à perturbation zéro.

- Sauf quand c'est encéphalogramme plat, quand on est mort quoi : là le principe de plaisir on y est, non ?

- Ouais on y est. On y reste surtout.

- Ah c'est rigolo ça, t'as retrouvé ton sens de l'humour, Blanche.

- Ach justement ! Le Mensch qui fonce tête baissée direkt au plaisir, il est vite mort. Pour continuer à rigolieren en attendant la Tod, faut passer par le Prinzip de réalité. Kontournieren, changieren de plan, trouvieren ein anderen Soluzion, passieren par ein moyen terme, acceptieren eine Frustazion temporaire.

- Pfff c'est pas drôle ...

- Ja aber c'est la vie, comme on sagt en français.

 

 

09:17 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

21/11/2018

Autrement dit

Par réalité et par perfection j'entends la même chose.

 

- Entre nous Ariane, je comprends pas la fixation que tu fais sur cette phrase.

- Fixation ?

- Ach ja, Blanche ist richtig, Sie ziten diese Phrase sehr souvent, Ariane. Ich sprecherais kasimentig de Radotage …

- N'importe quoi. Et puis chacun son tour, Sigmund, le vôtre sera la prochaine fois. D'ici là contentez-vous d'écouter, danke schön. Et toi Blanche, fixation je veux bien, mais toi dans le genre perfectionniste toujours à raturer, reprendre, corriger …

- "Le perfectionnisme c'est l'imperfection", dirait ton ami Lacan (et toc).

Mais pour en revenir à la phrase de Spinoza, je croyais que t'aimais pas le mot perfection, trop nirvanesque, religieux, platonicien, transcendant, absolu ...

- Parfaitement : un mot immobile, fermé, incompatible avec ma claustrophobie intellectuelle. C'est pourquoi son acception spinoziste me plaît.

Nous avons en effet montré, dans l'Appendice de la Première Partie, que la Nature n'agit pas en vue d'une fin ; car cet Étant éternel et infini que nous appelons Dieu, autrement dit la Nature, agit avec la même nécessité par laquelle il existe. (…) et c'est pour cette raison que j'ai dit plus haut que quant à moi, par réalité et par perfection, j'entends la même chose. »

(Éthique préface partie 4) C'est clair, non ?

- Euh … Enfin ça dépend à quoi on compare. Plus clair que Lacan c'est impossible, mais …

N'agit pas en vue d'une fin, Deus sive Natura, agir et exister par la même nécessité : si c'est pas s'inscrire en faux contre la notion de transcendance ou d'idéal, je sais pas ce qu'il te faut, Blanche.

- Mouais si je comprends en fait il joue sur le mot perfection genre si Lacan le fait pourquoi pas moi.

- Un jeu si ça peut te faire plaisir. Dans réalité il inclut à la fois le résultat (le réalisé) et l'acte de réalisation, par la même nécessité. La réalité est per-fecta, on ne peut rien faire au-delà, autrement. La réalité n'a pas d'ailleurs.

- C'est hyper motivant, ça ! Si la réalité est moche, injuste, invivable, inutile de se révolter, d'essayer de la changer ? Finalement c'est un réac, Spinoza.

- Tout dépend comment on voit le verre, à moitié vide ou à moitié plein. S'il n'y a pas d'ailleurs à la réalité, il faut cesser d'espérer l'au-delà ou le grand soir. Là où tout serait enfin parfait dans le meilleur des mondes ou des arrière-mondes (comme dit Nietzsche).

Alors reste une option : répondre présent (e) à la réalité. À partir de là tout devient possible.

 

(À propos de Nietzsche, ainsi parle-t-il de Zarathoustra dans Ecce homo : Comment celui qui a la vision la plus dure, la plus terrible de la réalité n'y trouve néanmoins aucune objection contre l'existence.)

09:07 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)