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Blog - Page 89

  • Nécessaire

    « n°290 : Une chose est nécessaire.

    (…) Une chose est nécessaire : que l'homme parvienne à être content de lui-même – fût-ce au moyen de telle ou telle poétisation et de tel et tel art. Celui qui est mécontent de lui-même est toujours prêt à s'en venger : nous autres deviendrons ses victimes ; ne serait-ce que pour avoir à toujours supporter la laideur de son aspect. Car la vision du laid rend mauvais et sombre. »

    (Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir Quatrième livre)

     

    Voici une des formulations d'un concept-clé de l'éthique nietzschéenne, le ressentiment.

    Très vite dans la vie, on en constate la pertinence. En soi et autour de soi.

    Se venger sur l'autre de la déception de n'être pas content de soi-même, c'est laid c'est vrai, et ça fait plus laide la vie.

    Donc la chose nécessaire, le premier travail éthique, est de se garantir contre la pente au ressentiment. Et pour cela de chercher son moyen propre (son art, comme dit Friedrich) d'être content de soi. Ou, disons mieux, de se contenter de soi.

    Car il ne s'agit pas de la suffisance du m'as-tu-vu, ni d'une mythomanie mégalomane. Il y a des critères simples pour ce juste rapport à autrui.

    Ce qui nous ramène au « catéchisme nietzschéen » (cf note le sceau de la liberté du 4 juin)

     

    Tu dois devenir celui que tu es.

    Quel est le sceau de l'acquisition de la liberté ? -Ne plus avoir honte de soi-même. 

    Qu'y a-t-il pour toi de plus humain ? -Épargner la honte à quelqu'un.

     

  • Une foule de nouveaux soleils

    « n°289 : Aux navires !

    Si l'on considère quel effet la justification philosophique globale de sa manière de vivre et de penser exerce sur chaque individu – à savoir celui d'un soleil qui réchauffe, bénit, féconde, rayonne spécialement pour lui, combien elle rend indépendant de la louange et du blâme, apte à se satisfaire de soi, riche, généreux en bonheur et en bienveillance, comme elle transforme sans cesse le mal en bien, fait éclore et mûrir toutes les forces et empêche de pousser la mauvaise herbe, petite ou grande, de l'affliction et de la contrariété : on finit par s'écrier transporté de désir : oh, si seulement on pouvait créer une foule de nouveaux soleils de ce genre !

    Le méchant aussi, le malheureux aussi, l'homme d'exception aussi doivent avoir leur philosophie, leur bon droit, leur soleil éclatant ! Ce n'est pas la pitié envers eux qui est nécessaire ! – nous devons désapprendre cette trouvaille de l'arrogance, si longuement que l'humanité l'ait apprise et s'y soit exercée jusqu'à présent – ce ne sont pas des confesseurs, des êtres qui exorcisent les âmes et remettent les péchés qu'il nous faut instituer pour eux ! Mais une nouvelle justice ! Et un nouveau mot d'ordre ! Et de nouveaux philosophes !

    La terre morale aussi est ronde ! La terre morale aussi a ses antipodes ! Les antipodes aussi ont droit à l'existence ! Il reste encore un autre monde à découvrir – et plus d'un !

    Aux navires, philosophes ! »

    (Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir Quatrième livre)

     

    Que dire d'un texte aussi parfait, aussi génial ?

     

    C'est beau et ça fait du bien, comme l'énergie insolente de Rimbaud, comme l'intelligence lumineuse de Spinoza, comme la liberté de Montaigne, comme la joie de Mozart et la sérénité de Bach (ou l'inverse).

     

    Certes oui, Friedrich, vous êtes, avec ceux-là (et d'autres, penseurs, artistes) le créateur d'une foule de nouveaux soleils.

     

  • Le sceptique qu'ils hébergent

    « n°284 : La foi en soi-même.

    Peu d'hommes possèdent de manière générale la foi en eux-mêmes : – et dans ce petit nombre, les uns la reçoivent en partage, comme un aveuglement utile ou une éclipse partielle de leur esprit – (que découvriraient-ils s'ils pouvaient se voir jusqu'au fond !), les autres doivent d'abord travailler à l'acquérir : tout ce qu'ils font de bien, de remarquable, de grand est avant tout un argument contre le sceptique qu'ils hébergent : il s'agit de convaincre et de persuader celui-ci, et il faut presque du génie pour cela. Ce sont les grands difficiles envers soi-même. »

    (Friedrich Nietzsche Le Gai Savoir Quatrième livre)

     

    Peu d'hommes : et alors je vous dis pas pour les femmes … Qui sont particulièrement sujettes au « complexe de l'imposteur ».

    Complexe dont ces lignes révèlent nettement la présence chez Friedrich. Comme quoi malgré toutes les bêtises qu'il a pu dire sur nous, les filles, il savait bien qu'en fait il était plutôt de notre côté, dans le genre humain.

    Quand on est en proie à ce complexe, c'est en effet un gros travail, je dirais presque une ascèse, que d'acquérir la confiance en soi. Un travail dont Nietzsche trouve la formulation parfaite : arriver à voir dans ses réalisations des arguments contre le sceptique que l'on héberge en soi. Et c'est pas si facile.

     

    Mais on voit aussi dans ce passage que malgré la difficulté, la souffrance parfois, d'être ainsi, Friedrich n'aurait pas pour autant aimé être de ceux qui possèdent d'emblée cette foi en soi. Aveuglement, éclipse partielle de l'esprit : ça sent pas la grande estime …

    Que découvriraient-ils s'ils pouvaient se voir jusqu'au fond ?

    Parfois (je ne dis pas toujours) devant certains de ces croyants d'eux-mêmes (je ne dis pas tous) on n'hésite pas pour la réponse : rien, peut être ? Ou disons le vide de leur vanité.

    Après, c'est vrai que cet aveuglement est utile pour bien se placer dans la société, voire susciter une sorte de culte en étant le prophète de soi-même.

    « Cette crédulité dans son propre mérite a bien quelques-uns des avantages de tous les cultes fondés sur une ferme croyance. »

    (G. de Staël De la vanité)